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    Tirailleurs

    Le personnage du tirailleur dans la littérature africaine

    media © ECPAD

    Que ce soit dans les romans, les nouvelles ou la poésie, le tirailleur est un personnage récurrent de la littérature africaine. Dans le cadre d'un projet pour un travail interdisciplinaire sur l'histoire de l'Afrique à travers la littérature africaine, Perrine Simon, enseignante en Lettres Histoire, a dressé une typologie des textes où il figure.

    En France, que ce soit dans l’histoire enseignée, dans les commémorations des deux guerres mondiales ou dans l’attribution des pensions des anciens combattants d’Afrique,  la reconnaissance du rôle des tirailleurs est récente. Ce thème intéresse l’histoire coloniale non seulement par la façon dont les autorités ont recruté pour les guerres, mais aussi parce que les tirailleurs constituent un point névralgique de la relation coloniale dans les différentes fonctions qui leur ont été attribuées.

    Qui a écrit sur les combattants ?

    Les écrivains qui évoquent les tirailleurs font partie des «lettrés», des «évolués» formés à l'école française et parfois ensuite dans les universités. Certains de ces auteurs comme Sembène Ousmane et Ahmadou Kourouma ont combattu comme tirailleurs hors d'Afrique.

    Il n’y a que quelques rares témoignages écrits édités de tirailleurs relatant leur participation aux guerres mondiales : Force-Bonté de Bakary Diallo, récit candide de la France coloniale et témoignage de la guerre de 14-18, est paru en 1930. Son écriture avait été encouragée par Lucie Cousturier, artiste voisine du camp de Fréjus, «marraine» de tirailleurs. Souvenirs de guerre d'un «tirailleur sénégalais» du Burkinabè Joseph Issoufou Conombo, publié dans les années 70, raconte sa participation à la Seconde Guerre mondiale en tant que cadre infirmier dans un régiment de tirailleurs.

    Dans la plupart des romans de la première génération (1950-1960), l'espace du récit est africain. Il s'agit de l'action ou de l'attitude des tirailleurs en Afrique et non en Europe, de leur place particulière dans l'Afrique colonisée. Dans ces oeuvres, on peut se demander si l'auteur a été témoin direct ou indirect des faits, s'il écrit à partir de souvenirs personnels, d'une documentation historique ou d'une mémoire transmise. En 1973, l'écrivain malien Amadou Hampate Ba publie l'histoire d'un interprète qu'il a longuement fréquenté et écouté: Wangrin.  Il récidive avec un récit autobiographique en deux tomes, Amkoullel, l’enfant peul et Oui mon Commandant, publié après sa mort. Il raconte son enfance et sa jeunesse entre 1900 et 1933 dans la boucle du Niger et décrit avec le même humour et la même verve que dans Wangrin, les diverses personnalités de l’administration coloniale dans toutes sortes de situations relationnelles.

    « L'étrange destin de Wangrin ou les roueries d'un interprète africain », de Amadou Hampate Ba

    Ce roman présente l’histoire d’un personnage haut en couleurs qui a réellement existé. Après une très bonne scolarité à l’école des otages (fils de chef), Wangrin va mettre sa grande intelligence et ses connaissances au service de la cupidité, de l’escroquerie. Il profite du poste d’interprète qu’il occupe pour gruger l’administration coloniale et ses auxiliaires africains. Il amasse une fortune considérable en multipliant les tromperies, les détournements, avec une inventivité toujours renouvelée pendant de nombreuses années. Il sait aussi être généreux avec les pauvres, leur faire profiter de sa richesse. Mais il finit par sombrer dans la déchéance.
    Ce roman présente une large palette de personnages de la colonisation. Il y est question du travail forcé, de la mise à disposition de main d’œuvre pour l’administration, des réquisitions en hommes et en matériel pour la guerre de 14-18, des campagnes pour les produits de cueillette. Le récit est soutenu par des chansons, des poèmes de louanges de griots, des proverbes, etc.

     
    Le personnage du tirailleur est présent dans tous les genres de la littérature. En poésie, les Hosties noires de Léopold Sédar Senghor est une partition majeure en hommage aux tirailleurs : Aux tirailleurs sénégalais morts pour la France (1938), Prière pour les tirailleurs sénégalais (1940), Poème liminaire (1940) ou Thiaroye (1944).

    Parmi les recueils de nouvelles, on peut citer Sarzan, extraite des Contes d’Amadou Koumaba, de Birago Diop, écrits en 1961 : Sarzan, le sergent Keita, démobilisé après la guerre du Rif, n'ayant pu être embauché comme interprète ou garde-cercle, retourne dans son village natal avec le projet de civiliser la population. À force de s'attaquer aux traditions et au culte des ancêtres, il en perd la raison. La folie de Mamadou Tassouma, extraite de Les Jambes du Fils de Dieu, de Bernard Dadié évoque le brigadier Mamadou Tassouman, qui est pris d'un accès de folie, un 14-juillet alors qu'il a appris la veille, qu'il n'aurait plus le droit d'employer la chicote contre les indigènes; et Ancien combattant, tirée de Tribaliques, de Henri Lopès met en scène le narrateur, qui s'est battu contre les fellaghas en Algérie. Ministre de la Défense mis sur la touche, il est envoyé comme ambassadeur dans ce pays où son passé le rattrape.

    Le roman exutoire du traumatisme du retour

    Mais c’est surtout dans les romans qu’apparaît le tirailleur, tour à tour agent de répression, oublié de la République, schizophrène ou meneur politique. Dans Les Bouts de bois de Dieu, de Sembène Ousmane, une troupe de tirailleurs chargent les grévistes du chemin de fer, à Thies (Sénégal). La mention tient en quelques lignes. Mais d'autres romans placent le tirailleur et ses désarrois au centre de l'histoire.

    « Le lieutenant de Kouta », de Massa Makan Diabate

    Dans les années 50, de retour au pays après un service de 15 ans dans la « coloniale », le lieutenant Siriman Keita, tente maladroitement de régenter le bourg où il s’est installé. Après avoir été reçu en héros dans une célébration patriotique à la gloire de la France, il cherche à faire régner un ordre dont il est nostalgique, (il va jusqu’à organiser une expédition punitive contre un village voisin acquis aux idées de l’indépendance). Mais il accumule les échecs, les humiliations dans une série de situations cocasses, qui font cheminer ce fidèle de la République vers une conversion à l’islam.
    On croise dans ce récit toutes les fonctions représentées dans la société coloniale dans les années 50: le commandant de cercle, les plantons, l’instituteur, l’imam, le médecin français, le chef de canton, les prisonniers, les jeunes indépendantistes.

    « Le vieux nègre et la médaille », de Ferdinand Oyono

    Le vieux Meka quitte son village pour se rendre en ville à l’invitation du commandant. Il doit recevoir le 14 juillet une médaille des mains du gouverneur pour récompenser sa générosité envers l’Eglise, et le sacrifice à la France de deux de ses fils. C’est la fierté dans le village. Le jour de la cérémonie, Meka est décoré après une interminable et douloureuse attente. L’alcool du vin d’honneur pousse Meka à l’euphorie : il pense être devenu l’ami des blancs et le déclare publiquement. Mais après la tornade qui s’abat sur le lieu des festivités, égaré, il est arrêté, emprisonné, subit des violences policières . Il n’est plus question alors de joie et de fierté . C’est désormais la déconvenue et une profonde amertume à l’égard des blancs qui envahissent l’esprit du vieux Meka.
    Ce roman présente des scènes très visuelles concernant le fossé entre les 2 sociétés : la préparation et la cérémonie de la remise de médaille.
    Dans les passages situés au village, Meka est le héros entouré du chœur de ses amis et parents. L’écriture y restitue l’oralité, et la circulation de la parole…

    L’étude du thème des tirailleurs dans la littérature présente ainsi, comme grossies à la loupe, quelques caractéristiques de la relation coloniale. C’est le mépris qu’ils ont subi, l’absence de reconnaissance pour leur participation aux guerres, mais c’est aussi la violence dont ils ont été les vecteurs, comme force utilisée par les autorités coloniales, comme la face la plus rude de tous les types de relations de collaboration. Enfin, sur le plan culturel, pour l’immense majorité, ce sont des déracinés, ceux qui ont la plus grande perte de repères culturels.

    Ces morceaux de réalité historique nous parviennent à travers des écritures variées, parfois très imprégnées de l’oralité, de la culture littéraire précoloniale, la diversité d’influences culturelles entraînant chez ces auteurs une grande richesse créative. Il est intéressant de noter que cette thématique reste présente dans les œuvres de la nouvelle génération d’auteurs de la diaspora, comme un élément important de la mémoire.

    Paru en 1987, Le Feu des origines du Congolais Emmanuel Dongala est une fresque de l'histoire du Congo des années 20 à l'Indépendance à travers l'itinéraire de Mankunku, un enfant différent, doué dans divers domaines de connaissance  : la guérison par les plantes, la chasse et l'art de forger. Le personnage est d'une grande force grâce à son ancrage culturel et surtout à sa curiosité d'esprit, sa quête permanente. Le roman dénonce les violences de la colonisation au Congo. Mankunku devenu mécanicien sur le chemin de fer, assiste à la mobilisation puis au retour des soldats de la Seconde Guerre mondiale.

    Le Nègre Potemkine (1988) de Blaise N'Djehoya, de nationalité camerounaise mais né à Bangui (Centrafrique), fait se rencontrer des anciens combattants de l'Afrique de l'Ouest et des étudiants chercheurs sur l'histoire des tirailleurs à Paris, le 14 juillet 1985. Le roman aborde le thème de l'occultation de la mémoire. Le texte est truffé de calembours, de jeux de mots et de références musicales et littéraires de la diaspora.

    Ahmadou Kourouma est, avec Sembène Ousmane, un acteur direct de l'histoire des tirailleurs africains. Né en pays malinké, en Côte d'Ivoire, Ahmadou Kourouma est appelé sous les drapeaux à 23 ans alors qu'il vient de se faire expulser de l'École technique de Bamako pour agitation. Refusant de participer à la répression d'une manifestation du Rassemblement démocratique africain (RDA), il est transféré dans les troupes de l’armée coloniale en Indochine. À son retour, en France, il travaille dans les assurances. Sa carrière d'écrivain débute à 44 ans avec Le Soleil des Indépendances, refusé d'abord par les éditeurs français (C'est la maison d'édition de l'université de Montréal qui le publie en1968). Monnè, Outrages et Défis est une épopée qui retrace la collaboration de Djigui Keita, roi de Soba avec le pouvoir colonial. Il évoque le recrutement et la mobilisation des tirailleurs pour la Guerre de 14-18 et leur retour douloureux. C'est un récit de légende calqué sur la parole malinké, rédigé dans une écriture somptueuse (Cahier spécial Ahmadou Kourouma : l'héritage. Notre Librairie juillet/décembre 2004).

    Nour, 1947 du Malgache Jean-Luc Rahamarinana est un roman polyphonique dans lequel intervient Benja qui a «servi» la France comme tirailleur. En mars 1947, Madagascar se soulève contre les colonisateurs français. Benja fait partie des insurgés. Il n'est pas le seul ancien combattant  à avoir rejoint la rébellion. En effet, la Seconde Guerre mondiale est une étape de la prise de conscience nationale et anticolonialiste. Sa compagne Nour, et nombre de camarades de Benja vont être assassinés par l'armée de «pacification» française parmi lesquels on trouve ... des tirailleurs «sénégalais». Écrit sur un mode très poétique, le récit s'accompagne de questionnements d'une grande force sur la violence coloniale et sur les mythes de l'histoire malgache, questionnements aussi sur l'utilisation des tirailleurs par les pétainistes.

    ______________________

    Sources :
    Histoire et littérature africaine. Propositions pour un travail interdisciplinaire sur l'histoire de l'Afrique à travers la littérature africaine. Les combattants tirailleurs. Perrine Simon. CRDP. Académie de Paris.
    Soldats de France. Revue Hommes et Migrations n°1276 nov. Déc. 2008
    Illustrations de l'article, extraites de Instruction sommaire par l'image des tirailleurs sénégalais et malgaches.1er régiment mixte de Madagascar. (ECPAD).

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