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Article publié le : jeudi 25 novembre 2010 à 20:05 - Dernière modification le : vendredi 26 novembre 2010 à 11:43

Lieutenant-colonel Gora Mbaye, commandant du prytanée militaire de Saint-Louis

Gora Mbaye, commandant du prytanée militaire Charles N'Tchoréré de Saint-Louis (Sénégal).
Gora Mbaye, commandant du prytanée militaire Charles N'Tchoréré de Saint-Louis (Sénégal).
© Bineta Diagne

Par Bineta Diagne

Le lieutenant-colonel Gora Mbaye, commandant du prytanée militaire Charles N'Tchoréré de Saint-Louis, 49 ans, est un homme du sérail, promotion 1974. Toutefois, il ne préside à la destinée de la prestigieuse école que depuis 2009.

RFI : Combien d'élèves y-a-t-il actuellement au prytanée ?
Lieutenant-colonel Gora Mbaye : Nous avons réalisé un effectif de 457 élèves. Chaque année, nous recrutons 75 élèves, 50 Sénégalais et 25 venant de pays amis comme la Guinée, le Mali, le Bénin, le Niger, la Centrafrique et même de la France ou de l'Italie. En général, nous acceptons 2 élèves originaires du même pays. L'année dernière, nous étions à 14 nationalités.

RFI : Quel est le profil des élèves ?
G.M. : Ce sont tous d'excellents élèves du CM2, maîtrisant le français, les mathématiques, dotés d'une bonne mémoire et qui peuvent être calmes. Au concours d'entrée, nous mettons cette qualité en évidence parce qu'on donne des sujets un peu difficiles, qui comportent des pièges. Si l'enfant n'est pas posé, n'est pas calme, il peut être désemparé par exemple, confronté à des mots difficiles dans une dictée.

RFI : À l'heure actuelle, l'école n'est ouverte qu'aux garçons mais les filles pourront bientôt intégrer l'établissement ?
G.M. : Oui. C'est une question qui a été soulevée avant ma prise de fonction à l'école. À l'heure actuelle, ce n'est plus qu'une question d'aménagement des infrastructures et de trouver un personnel qualifié pour encadrer les jeunes filles. La féminisation des élèves apportera un "plus" à l'école. Quand il y a mixité, les filles dament le pion aux hommes !

(DR)
Djibril Sangaré
 

Né le 1er novembre 1973 à Thiès. Après des études au Prytanée (1985-1992), il a entamé des études à l’Ecole nationale des Douanes et travaille aujourd'hui comme agent de cette administration. Son meilleur souvenir du prytanée Charles Ntchoréré ? La fanfare.

25/11/2010
par Bineta Diagne
 
 

RFI : Que deviennent les élèves après le prytanée ? Se destinent-ils tous à une carrière militaire ?
G.M. : Pour être bref, je dirais qu'ils font ce qu'ils veulent. Les élèves recoivent une formation qui les prédestine à la carrière militaire. Ils ont la même base d'enseignement que les autres lycéens qui sont disposés à faire les concours pour entrer dans des écoles ou prétendre à des bourses. Ils peuvent faire tout ce qu'un élève de terminale peut prétendre  faire selon ses capacités. Mais il faut reconnaître qu'il y a un bon nombre d'élèves sortis de cette école qui sont devenus des militaires. Je n'ai pas de statistiques mais par exemple sur une promotion de 60 élèves, il y a facilement une dizaine d'entre eux qui deviennent militaires. Les autres débouchés sont la médecine, les écoles d'ingénieur, les écoles d'économie...

RFI : Comment recrutez-vous le personnel d'encadrement ?

G.M. : L'encadrement est militaire. Le premier cycle est appelé la première brigade, c'est de la 6e à la troisième et tout ce beau monde est commandé par un lieutenant. À partir de la seconde jusqu'à la terminale, c'est la deuxième brigade. Elle est commandée par un lieutenant ou un capitaine. Ces lieutenants ont sous leur commandement des sous-officiers, sergents ou sergents-chefs qui sont des chefs de classe. Chaque classe d'une vingtaine d'élèves est commandée par un sous-officier. Ils sont choisis dans les forces armées sénégalaises. On essaie de faire venir des gens qui ont le profil pour encadrer des enfants et quand ils viennent à l'école aussi, on essaie d'organiser des ateliers pour leur expliquer que bon, avoir une classe d'adolescents, 4e, 3e, seconde ou terminale, ce n'est pas la même chose que d'avoir un groupe de combats dans les unités élémentaires normales. Il faut qu'ils soient pétris de bonne qualité de militaire, il faut qu'ils soient des gens de bonne présentation, disciplinés, rigoureux mais bien sûr aussi paternels !

Militaire, médecin ou économiste ?
© Bineta Diagne

RFI : Ils sont aussi enseignants ?
G.M.: L'encadrement militaire se limite à ce que je viens de vous expliquer, c'est-à-dire à bien encadrer les enfants. Au réveil, le petit sport matinal, le rassemblement pour aller prendre le café, le rassemblement pour faire monter les couleurs, le drapeau et l'acheminement jusqu'en classe. Une fois dans les classes, le chef de classe [le sous-officier, NDLR] met les enfants à la disposition du professeur. Nous avons donc des professeurs qui sont des personnels du ministère de l'Éducation nationale, affectés au prytanée. L'Éducation nationale a toujours essayé d'envoyer ses meilleurs professeurs au prytanée pour maintenir le niveau d'excellence.

RFI : Y-a-t-il d'autres écoles qui ont le même niveau que le prytanée militaire dans la sous-région ?
G.M.: Oui, bien sûr. Nous avons dans les pays amis des prytanées qui ont le même niveau, qui ont cette même étiquette d'excellence. Je peux citer le prytanée de Kadiogo* au Burkina Faso, l'École militaire préparatoire de Bingerville, le prytanée de Kati au Mali, de Niamey au Niger, de Bembèrèkè au Bénin et le prytanée militaire de Libreville qui va bientôt fêter ses 10 ans. Et l'année dernière, nos amis mauritaniens ont créé le lycée militaire de Sebkha. Ces écoles sont des écoles d'excellence comme le prytanée de Saint-Louis.

RFI : Avez-vous des projets de développement de l'école?
G.M.: Avec les camarades de l'association des anciens enfants de troupe , nous sommes en train de réfléchir comment faciliter davantage l'insertion des élèves sortis du prytanée dans le monde universitaire. C'est-à-dire créer une école préparatoire. Cela demande des moyens, des infrastructures supplémentaires. Les élèves resteraient après le baccalauréat, sous le régime de l'internat, et pourraient suivre les études à l'université Gaston Berger, par exemple.
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* Thomas Sankara a étudié au prytanée militaire de Kadiogo à Ouagadougou.

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