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    Tirailleurs

    L'équipement des tirailleurs

    media DR
    • La tenue modèle 1914

    Cette tenue, composée des « effets spéciaux aux militaires sénégalais de l’Afrique du Nord », comprend un paletot croisé et une culotte en molleton bleu foncé, un collet à capuchon du modèle des zouaves en drap gris de fer bleuté et une paire de bandes molletières en laine bleu foncé.

    L’ancre prend la place des lettres TS sur le collet chevalière. La chéchia, la ceinture de laine écarlate et les équipements de cuir noir, avec notamment le ceinturon modèle 1870 à boucle à un ardillon propre aux troupes coloniales, sont conservés de l’ancienne tenue. Le paletot est ici dépourvu de la tresse jonquille qui borde le collet et dessine les parements en pointe.

    Avec leur arrivée en métropole, les tirailleurs abandonnent les sandales pour porter les brodequins. La tenue bleu marine est encore portée en 1915, notamment aux Dardanelles.

    • Le bleu horizon

    Adopté à la fin de l’année 1914, le bleu horizon fait son apparition dans les unités des troupes coloniales au printemps 1915. Marsouins et tirailleurs reçoivent leurs uniformes bleu horizon en même temps. Chacun reste fidèle à une tenue qui l’identifie : le marsouin garde son paletot à col droit, le tirailleur un paletot à col rabattu. La principale différence est indiquée par l’emploi de la couleur écarlate pour l’un et de la couleur jonquille pour l’autre. En tenue de combat, l’équipement et l’armement sont les mêmes.

    Avec cette tenue, l’adoption de la capote par les tirailleurs, de fait portée depuis l’automne 1914, est rendue officielle. Ce vêtement chaud est confectionné indifféremment en drap bleu horizon et en drap kaki.

     

    • La chéchia des tirailleurs

    Le premier uniforme donné aux tirailleurs sénégalais en 1857 lors de la création du corps est une tenue à l'orientale comme en portent alors les zouaves et les tirailleurs algériens. La coiffure qui l'accompagne est une chéchia et un turban. La chéchia est conservée par les Sénégalais pendant un siècle et portée avec les différentes tenues qu'ils revêtent tout au long de la période.

    Cette coiffure est devenue emblématique des tirailleurs. Quand en 1915 la société Banania substitue un tirailleur à l'Antillaise sur ses boîtes de cacao, elle l'habille de la tenue orientale mais le coiffe de la chéchia ; peu à peu elle resserre l'image sur le visage coiffé du tirailleur puis sur sa seule chéchia. De même, Paul Colin ne montre-t-il que la chéchia surmontant les yeux du tirailleur quand il dessine une affiche pour les troupes noires en 1940.

    Cette coiffure, « l’un des symboles les plus visibles de l’islam coutumier, couvre la tête, partie noble chez le musulman »*. Portée par le soldat, la chéchia prend valeur de symbole du pouvoir en place. Elle est rouge, c'est-à-dire de l'une des couleurs prisées par le pro­phète Mahomet. Elle ne comporte pas de visière pour permettre au croyant de se prosterner jusqu'au sol lors de la prière.

    Pendant la Première Guerre mondiale, la chéchia portée au combat est parfois recouverte d'un man­chon en toile kaki clair, puis confectionnée en drap bleu foncé dès la fin de 1914 ou le début de 1915, puis en drap bleu clair et enfin kaki en 1916. Après cette date, le casque écarte la chéchia du champ de bataille ; elle peut alors reprendre sa couleur d'origine. Le port de cette coiffure est abandonné après la Seconde Guerre mondiale.

    • Le barda

    Pour la vie en campagne, les tirailleurs utilisent le barda sénégalais, fait d’une toile de tente enveloppant le paquetage et porté aux épaules. Un sac ou une musette fantoches (modèles particuliers de confection non réglementaire) se substituent parfois à l’ancien barda.

    • Fusil double de marine, modèle 1861 de tirailleurs sénégalais

    Arme à deux canons calibrés à 18 mm utilisant des balles Minié. Canons en acier monobloc forés en même temps et rayés ensuite. Dernière arme réglementaire à chargement par la bouche. Marquée TS sur la plaque de couche. Ancre sur la plaque de couche, à la croisée de la baïonnette et sur le fourreau.

    Longueur sans baïonnette : 1,130 m
    Poids : 4,180 kg
    Calibre 17,8 mm
    Canons juxtaposés, monobloc, longueur 0,70 m, acier fondu (premiers canons en acier). Rayures du fusil d'infanterie. Fixés à la monture par une tirette et deux crochets à bascule. Cheminées « de guerre ». Directrice pour baïonnette. 2 porte-baguettes dont un, dit « à tonnelet », portant le battant. Mis « à la couleur d'eau ». Platines spéciales du type « en arrière » fixées par deux grandes vis. Deux détentes. Monture analogue à celle des fusils de chasse. Battant sur la crosse. Garniture en fer. La fabrication de premiers fusils doubles remonte à 1848 et 1850 pour les voltigeurs corses. Arme des tirailleurs sénégalais jusqu'à l'adoption du Kropatschek vers 1880, ce fusil n'a pas été employé à bord des bâtiments de la flotte mais uniquement au Sénégal ou dans les territoires ressortissant au ministère de la Marine et des Colonies.

    • Voiture Lefebvre

    C'est en février 1883 que le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes entre à Bamako (Soudan devenu Mali), à la tête d'une colonne de 542 combattants, dont 237 Africains et 769 non-combattants (dont 19 spécialistes européens). Gallieni y a campé trois années auparavant, mais n'est venu qu'en négociateur. Onze coups de canons tirés avec les pièces de 4 sont salués par cette phrase du colonel : « Le bruit que font nos petites bouches à feu ne dépassera pas les montagnes voisines et cependant, soyez-en convaincus, on en entendra l'écho bien au-delà du Sénégal ». En effet, l'installation des Français à Bamako marque le début de la conquête des pays du Sahel, qui est achevée le 22 avril 1900, à Kousseri, sur les bords du Chari. C'est le capitaine Archinard qui est chargé d'édifier le fort.

    À la pose de la première pierre, le pavillon national est hissé : il a été offert par Madame Lefebvre, épouse de l'inventeur de la voiturette qui améliore considérablement les conditions de transport dans les convois. Métalliques (fer ou aluminium) et démontables, les voitures Lefebvre sont de plusieurs types : à couvercle, à ridelles, à plate-forme, téléphonique, à réservoir ou à bascules. La voiture type comprend un coffre métallique étanche (et flottant, ce qui permettait de s’en servir pour le franchissement des cours d’eau) reposant par un fer en U sur un essieu coudé munie de roues métalliques ; une limonière mobile s’adapte au coffre. D’un poids de 270 kilos, attelée à un mulet, elle pouvait transporter 500 kilos en terrain plat. Au Soudan, elles furent employées en grand nombre pour les convois des lignes de ravitaillement. 60 voitures Lefebvre furent utilisées pendant la campagne du Dahomey et plus de 5 000 pour l’expédition de Madagascar.

    • Casque Adrian

    En 1916, les bataillons de tirailleurs sénégalais sont équipés du casque du modèle 1915. D’abord de couleur bleu horizon et porté avec un couvre-casque rapidement abandonné, il est ensuite peint en kaki pour s’harmoniser avec la tenue moutarde. Le casque est orné d’un attribut propre aux troupes coloniales constitué d’une grenade sur une ancre.
    Le modèle présenté ici est une fabrication pour officier avec une jugulaire de fantaisie et une ancre non réglementaire.

    • Coupe-coupe ou sabre d’abattis de tirailleur sénégalais

    Le coupe-coupe ou sabre d'abattis est un outil réglementaire des tirailleurs. Son utilisation en 1914-1918 au cours des plus durs affrontements à l'arme blanche contribue à établir la réputation combative des troupes noires. Elle leur a valu aux heures sombres de 1940 d'être souvent odieusement massacrés par les Allemands.

    « À Esservillers en juillet 1916, une compagnie du 69e bataillon de tirailleurs sénégalais se replie légèrement sous la poussée d’une contre-attaque boche, le tirailleur Mansa Mano s’aperçoit au bout d’un moment qu’il a perdu son coupe-coupe. Il n’hésite pas, il retourne à l’ancien emplacement de la compagnie et se fait tuer en engageant la lutte avec un groupe d’Allemands. » (extrait d’un historique)

     

     

    *Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans. Rites, mystique et civilisation. Pa­ris, Albin Michel, 1995.

    Article rédigé en 2010 à l'occasion du cinquantenaire des indépendances africaines.

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