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    Ignace Leverrier: Damas va «reporter indéfiniment la réponse» sur les armes chimiques

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    L’offre russe de contrôle international de l’arsenal chimique syrien est une manœuvre politique aux yeux de l’opposition syrienne, qui dénonce des atermoiements inutiles. Mais l'accueil est bienveillant, pour une bonne partie de la communauté internationale. Intérêt et prudence, disait ce mardi matin le chef de la diplomatie française. Entretien avec Ignace Leverrier, diplomate en poste pendant 7 ans en Syrie, chercheur et animateur du site Un œil sur la Syrie.

    RFI : Une proposition de Moscou acceptée par les Syriens, une résolution française à venir aujourd’hui aux Nations unies. Qui reprend la main aujourd’hui sur ce dossier syrien ?

    Ignace Leverrier : Il semble qu’on voudrait dire que les Russes reprennent la main parce qu’ils ont mis sur la table une proposition qui permettrait, peut-être, d’arriver à un certain résultat concernant les armes chimiques. De fait, la proposition russe est intéressante dans la mesure où elle reporte - il n’est pas dit qu’elle annule définitivement - les frappes qui auraient été évidemment porteuses de victimes pour les Syriens

    Moscou a annoncé en début d’après-midi, ce mardi, que Damas acceptait de placer son arsenal chimique sous contrôle international. Qu'est-ce cela va changer ?

    Le gouvernement syrien accepte la proposition russe, c’est très bien. Maintenant, comme le souligne Laurent Fabius, il faut aller vite, parce que même lorsqu’ils ont donné leur accord à une commission qui vient chez eux pour examiner, observer et faire des rapports, les Syriens ont l'habitude de gêner son travail afin de reporter indéfiniment les résultats. On a la commission Hariri qui s’est complètement embourbée dans les sables. Puis plus récemment, la Commission des experts de la Ligue arabe au début de l’année 2012, puis celle de l’ONU.

    Donc les Syriens ont cette habitude. Ils n’ont évidemment pas intérêt à trouver une solution au problème, mais à reporter indéfiniment la réponse à ces problèmes de manière à gagner du temps et à gagner en survie. Donc, il ne faut pas s’attendre à ce que ce processus, qui sera extrêmement complexe comme le soulignent tous les spécialistes, soit facilité en quoi que ce soit par les Syriens.

    Le Conseil de sécurité ne revient-il pas directement dans le jeu ?

    Tout à fait. On peut s’attendre avec cette résolution - que nous souhaitons rapide et ferme, mais aussi très précise avec un calendrier qui permettra de vérifier que les Syriens, cette fois-ci, s’en tiennent à leurs engagements - à ce que les Russes et les Chinois déploient tous leurs efforts pour, encore une fois, servir les intérêts de leurs amis syriens.

    La Russie se met à la fois en avant et en difficulté, parce que si, justement, Damas ne se prête pas au jeu, la Russie ne sera-t-elle pas d’une certaine manière mal à l’aise par rapport à son alliance ?

    Oui, c’est exact. Sachant que le processus sera extrêmement lent et difficile, parce que la Syrie est en guerre civile. Comment faire pour remettre des stocks ? Comment faire pour déplacer de tels produits extrêmement sensibles ? La chose sera extrêmement complexe. Il faudra du temps. Les Russes, effectivement, prennent une part de responsabilité. D’ailleurs, ils en ont pris une en reconnaissant que la Syrie détenait des quantités d’armes chimiques et qu’il fallait qu’elle s’en défasse, tout en oubliant, si on peut dire, de mentionner que l’opposition détenait de tels stocks. Ce qui prouve, à mon sens, qu’en fait, elle n’en détient pas. Donc, les Russes n’y ont pas fait allusion, parce que cela n’existe pas, alors même que les Russes avaient accusé l’opposition ou les rebelles d’en détenir et de s’en être servi.

    En tout cas, l'annonce bouleverse la donne pour Barack Obama, qui doit parler à la nation américaine ce mardi soir. On imagine que le texte qu’il va prononcer a été largement remanié...

    Vraisemblablement. Est-ce que les Américains vont renoncer définitivement à des frappes-sanction ? C’est possible, surtout qu’Obama n’avait pas une majorité pour partir dans de telles opérations. Mais pour l’opposition syrienne, dont il faut entendre la voix, il est clair, comme le général Salim Idriss l’a rappelé hier soir (lundi 9 septembre, ndlr), que lorsque quelqu’un a commis un crime, il ne peut pas, pour solde de tout compte, remettre l’arme dont il s’est servi en disant : « Bon, tout est terminé, voilà l’arme avec laquelle j’ai tué ». Donc, ce serait un peu trop facile pour les responsables syriens de dire : « Ok, on remet notre stock d’armes chimiques et on repart à zéro ». Parce que l'opposition se rend bien compte que ça ne résout rien. Le régime a encore d’autres moyens de s’en prendre à sa population, de continuer à tuer et à reporter indéfiniment un processus politique dont on pouvait espérer, d’après les frappes, il pouvait être amorcé.

    En tout cas, ne reviendrait-on pas sur cette fameuse « ligne rouge » ?

    Oui. La « ligne rouge » n’existerait plus, puisque théoriquement les Syriens n’auraient plus d’armes chimiques. Mais vraisemblablement, il y aura un autre moment où on sera bien obligé d’intervenir pour leur dire « cessez ». On ne peut pas laisser le peuple syrien se faire massacrer, que ce soit avec des armes chimiques, que ce soit avec des barils de TNT que des hélicoptères leur jettent sur la tête, que ce soit avec des scuds qui vont tuer des populations civiles à des centaines de kilomètres à forte distance des lieux où se trouve l’armée syrienne. Il faudra bien faire quelque chose pour protéger la population comme celle-ci nous le demande, en vain, depuis deux ans et demi maintenant.

    On garde bien sûr en mémoire les dissimulations par rapport à ce genre de contrôle, ce genre de procédure. En Irak, il y avait eu le feuilleton des inspections de l’ONU sous Saddam Hussein. Puis en ce moment, toujours, l’arsenal atomique iranien : ce n’est pas parce qu’un Etat offre à des inspecteurs de venir sur son territoire que cela offre une garantie de transparence pour autant...

    Oui, tout à fait. Particulièrement s’agissant des Syriens dont on connaît à la fois les capacités manœuvrières et les capacités aussi corruptrices. On l’avait vu avec la commission Hariri, qui a complètement été paralysée parce que d’une part, elle n'a pas pu faire son travail et ceux qui avaient accepté de parler ont disparu. Pensez au général Ghazi Kanaan qui s’est suicidé en octobre 2005. La Syrie avait corrompu tellement de membres de la commission en créant de faux témoins et même en achetant un certain nombre de gens qui faisaient partie de la commission, qu’aujourd’hui elle est paralysée.

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    Ignace Leverrier, diplomate, est animateur du site Un œil sur la Syrie. Il collabore également à la revue Mondes émergents - Afrique du Nord. Son dernier article: « 2012 en Syrie, l’année de l’épouvantail »

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