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Article publié le : mardi 17 septembre 2013 à 22:22 - Dernière modification le : jeudi 19 septembre 2013 à 23:33

Affaire Karim Achoui : «un ex-avocat à abattre»

L'ex-avocat Karim Achoui, entouré de ses avocats, à son arrivée au palais de justice. Paris, le 17 septembre 2013.
L'ex-avocat Karim Achoui, entouré de ses avocats, à son arrivée au palais de justice. Paris, le 17 septembre 2013.
AFP PHOTO MARTIN BUREAU

Par Franck Alexandre

Des truands fichés au grand banditisme, un tueur à gages ancien indic de la police… Au total, six hommes comparaissent à partir de ce mardi 17 septembre devant la cour d’assises de Paris pour la tentative d’assassinat en 2007 de l’ex-avocat du « milieu », Karim Achoui.

Sur le banc des parties civiles, il porte beau Karim Achoui. Comme à son habitude, il est tiré à quatre épingles : costume « Smalto » parfaitement ajusté et montre de prix ostensiblement accrochée au poignet.

Une allure qui tranche nettement avec le profil des six accusés qui lui font face. Des truands notoires au profil de lutteurs, des voyous bien connus des services de police. Parmi eux, Djamel Hakkar, présenté par l’accusation comme étant le commanditaire de la tentative d’assassinat. Il y a aussi Rudy Terranova, tueur à gages présumé ou encore Jacques Haddad, une figure du « milieu ».

Deux balles dans la peau

Pour les services de police, ces six-là ont bien cherché à éliminer Karim Achoui. Le 22 juin 2007, alors qu’il quitte son cabinet parisien du boulevard Raspail, celui qui était encore avocat, aperçoit à hauteur de son véhicule un individu casqué. Lorsqu’il s’approche, le motard sort d’une sacoche un pistolet automatique. Maître Achoui prend la fuite, mais le tueur fait feu à trois reprises.

Deux balles atteignent Karim Achoui, l’une à épaule, l’autre à la cuisse. Du gros calibre, du 11,43, le calibre de la pègre. Par chance l’arme s’enraye et le tireur s’éclipse. Lorsque Karim Achoui est conduit à l’hôpital Georges-Pompidou, il est dans un état critique, l’avocat vient de frôler la mort.

Aux enquêteurs, Karim Achoui va donner des pistes. Au moins cinq, tous des anciens clients, tous des voyous. Car la grande truanderie, c’est le fonds de commerce du cabinet Achoui, un monde qui, de son propre aveu, le fascine. (L’avocat frôlera même à plusieurs reprises la ligne blanche, jusqu’à sa radiation du barreau en 2012 pour manquements à la déontologie.) Mais ces pistes ayant pour mobile un adultère ou une dette vont se révéler infructueuses.

C’est finalement un renseignement émanant de la police judiciaire de Versailles qui va faire avancer l’enquête. L’essentiel de la bande a été identifié à partir de renseignements anonymes parvenus au commissaire Stéphane Lapeyre. La localisation de leurs téléphones et divers témoignages ont ensuite permis aux enquêteurs parisiens d’étayer ces premières informations.

La théorie du complot

Pour Karim Achoui, l’enquête judiciaire est loin d’avoir répondu aux questions posées. Dans son ouvrage L’Avocat à abattre, il assure qu’il ne connaissait nullement Hakkar, le commanditaire du crime présumé : « Je ne connaissais pas non plus les autres gaillards impliqués dans le dossier et je reste donc dans le noir quant à la motivation de la tentative d’assassinat ».

Karim Achoui va développer une autre thèse, celle du complot policier. Un complot ourdi par des policiers exaspérés par ses succès judiciaires dans la défense des grands truands. Il s’étonne ainsi des liens unissant Ruddy Terranova, un ancien indic de la police, au commissaire Stéphane Lapeyre de la police judiciaire de Versailles.

Scandale à l’audience

Karim Achoui compte donc bien profiter de ce procès pour régler ses comptes avec la police. « Non je ne passerai pas sous le portique de sécurité ! Les gendarmes, il ne me touchent pas ! », hurle Karim Achoui à la reprise de l’audience mardi après-midi. L’ex-robe noire refuse de se plier aux mesures de sécurité de la cour d’assises de Paris. Rouge de colère, il ajoute : « Les forces de l’ordre ont plus de considération pour les voyous que pour moi, la victime ». En coulisse, ses avocats tentent de calmer le jeu. Mais l’ambiance est tendue, à tout moment tout semble pouvoir déraper. Jeudi, le commissaire Lapeyre doit venir témoigner, le face à face avec la victime Achoui promet d’être explosif.

tags: criminalité - France - Justice
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