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Laurent Fabius: «Agir pour le climat, pour et avec les femmes»

media Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères. © Ministère des Affaires étrangères/Frédéric de La Mure

La France présidera la 21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques  (COP21/CMP11) qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Dans ce contexte, le chef de la diplomatie française publie une tribune sur le site internet de RFI. Laurent Fabius rappelle que les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique et que lutter contre ce changement, c'est défendre leurs droits. Ci-dessous, les explications du ministre.

L’année 2015 sera décisive pour notre planète : en décembre à Paris, l’objectif de la COP 21 sera de conclure un accord universel permettant de limiter le réchauffement climatique à deux degrés. A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, je veux insister sur un point important : la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes peut contribuer au succès de cette négociation - inversement, un succès de la COP 21 contribuerait à réduire ces inégalités.

Pourquoi ? D’abord, les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique, car les populations en situation de pauvreté, qui sont les plus vulnérables, supportent l’essentiel des conséquences. Or les femmes constituent 70% de la population pauvre au plan mondial. Elles sont et seront donc les premières touchées.

Selon l’ONU, quand une catastrophe naturelle frappe une région, le risque de décès est 14 fois plus élevé pour les femmes, principalement parce qu’elles ne sont pas ciblées en priorité par les programmes d'alerte et de prévention de ces catastrophes.

Le dérèglement climatique multiplie aussi les contraintes pour les femmes, auxquelles revient dans de nombreuses régions la tâche de fournir vivres, eau et combustible à leur famille. Les effets du dérèglement sur la fertilité des sols, sur la disponibilité des ressources en eau, et donc sur la sécurité alimentaire des pays en développement, exercent une pression plus forte sur les femmes. Autre élément inquiétant : ces contraintes provoquent une surcharge de travail pour les ménages, qui aboutit souvent à une déscolarisation des jeunes filles. La conclusion est simple : lutter contre le dérèglement climatique, c’est également lutter pour les droits des femmes.

Premières victimes de ce dérèglement, les femmes représentent aussi souvent les principales porteuses de solutions. Les spécialistes du développement le soulignent : un programme conçu sans prise en compte des femmes est moins efficace que le même programme planifié avec elles. Une logique identique vaut pour les actions de lutte contre le dérèglement climatique - qui constituent des programmes de développement. Au Rwanda, le programme mis en place par ONU Femmes depuis cinq ans, qui vise à favoriser la participation des femmes dans quinze coopératives de la région de Kirehe, a permis d’accroître sensiblement les rendements agricoles et la diffusion de techniques de production particulièrement « climato-protectrices ».

Autre exemple concret : la campagne de reboisement du Kenya qu’avait lancée, avec le soutien des habitantes de son pays, Wangari Maathai - première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix -, a montré l’importance du rôle des femmes dans la transition vers un développement plus durable.

De tout cela, je tire une certitude : les femmes doivent être placées au cœur des stratégies nationales et locales de lutte contre le dérèglement climatique ainsi qu’au cœur des négociations internationales sur ce sujet.

En tant que futur président de la COP 21 de Paris, j’y veillerai. La bataille pour le climat est un combat à mener pour et avec les femmes.

Laurent FABIUS
Ministre des Affaires étrangères
et du Développement international

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