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Coronavirus: le Fida crée un fonds pour éviter une crise alimentaire en milieu rural

Suite aux mesures de confinement pour prévenir la propagation du virus, plusieurs petits agriculteurs ne peuvent pas accéder aux marchés pour y vendre leurs produits ou y acheter (image: le marché de Treichville, à Abidjan, en février 2014).
Suite aux mesures de confinement pour prévenir la propagation du virus, plusieurs petits agriculteurs ne peuvent pas accéder aux marchés pour y vendre leurs produits ou y acheter (image: le marché de Treichville, à Abidjan, en février 2014). RFI / Matthieu Millecamps
Texte par : Jean-Baptiste Sourou
5 mn

Le Fonds international pour le développement agricole (Fida) s’inquiète des conséquences de la pandémie du Covid-19 sur le bien-être, les moyens d’existence et la sécurité alimentaire des ruraux pauvres. Aussi l'agence onusienne vient de mettre sur pied un mécanisme de prévention et compte lever quelque 200 millions de dollars d’ici au 4 mai 2020.

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Selon le Fida, la crise sanitaire actuelle risque d’anéantir les avancées réalisées dans le monde en matière de recul de la pauvreté rurale et d’aggraver l’insécurité alimentaire. Pour tenter de l'empêcher, cette agence de l'ONU lance un fonds appelé « Mécanisme Covid-19 de relance en faveur des populations rurales pauvres ». Il s’inscrit dans le cadre de la réponse socio-économique apportée par le système des Nations unies face à la crise sanitaire actuelle.

► À lire aussi : Albert Zeufack (Banque mondiale): «Une crise alimentaire pourrait s’ajouter à la récession en Afrique» 

Selon le président du Fida, Gilbert Houngbo, les ruraux « pourraient être davantage encore plongés dans la pauvreté, la faim et le désespoir, ce qui constituerait une véritable menace pour la prospérité et la stabilité mondiales ».

Pour éviter un tel scénario, « il faut, précise-t-il, prendre des mesures immédiates et donner aux populations rurales les moyens de s’adapter et de se relever plus rapidement, de façon à éviter une crise humanitaire de plus grande ampleur ».

L'impact direct des mesures de confinement

En effet, suite aux mesures de confinement imposées par les États pour prévenir la propagation du virus, certains petits agriculteurs ne peuvent plus accéder aux marchés pour y vendre leurs produits ou y acheter des intrants : semences, fertilisants, engrais, petits équipements et autres. Par ailleurs, la fermeture des grands axes routiers et les interdictions pesant sur les exportations nuisent à la vente des produits et à l’accès aux liquidités.

Abdoul Barry, sous-directeur du Fida en Afrique de l’Ouest et du Centre – Pays côtiers (qui compte 9 pays, de la Sierra Leone au Nigeria avec le Niger et le Burkina Faso) et représentant de l’agence en Côte d’Ivoire, déplore que la filière mangues est déjà bien affectée, elle qui permet à la Côte d’Ivoire d’exporter quelque 32 000 tonnes de ce fruit par an vers l’Europe et profite au moins à 120 000 ménages.

« J’ai discuté, dit-il, avec certains exportateurs qui avaient des commandes fermes, mais ils ne peuvent pas les honorer parce que les marchés sont fermés. Les mouvements de biens devenant difficiles, les gros exportateurs sont fermés. Les importateurs ne peuvent, eux non plus, honorer leurs engagements. Il y a beaucoup de contrats qui ont été annulés et du coup les exportateurs ouest-africains, en particulier ceux de la Côte d’Ivoire, qui est le premier pays exportateur de mangues en Afrique de l’Ouest, voire en Afrique, se retrouvent avec leurs produits invendus, parce que les importateurs n’ont plus les moyens et en plus les marchés physiques n’existent plus. Ici il y a un autre problème aussi avec le confinement très certainement, les déplacements sont un peu difficiles. Donc il y a tout le conditionnement qu’il faut faire, transporter de l’intérieur au port et après du port. Tout ceci c’est une logistique qui ne fonctionne plus. La campagne mangue a débuté le 12 avril et doit durer trois mois, mais tout le circuit ne fonctionne plus et il y a à craindre qu’on va se retrouver avec beaucoup de mangues qui ne seront pas vendues par bateaux par exemple ». Et il en est de même pour plusieurs autres filières de productions agricoles dont dépendent les ruraux dans le monde.

Une flambée du chômage en vue

Ces dysfonctionnements à plusieurs niveaux, estime-t-on au Fida, entraînent la flambée du chômage, notamment chez les travailleurs journaliers, les petites entreprises et tous ceux qui interviennent dans le secteur informel, en l’occurrence les jeunes et les femmes.

Aux 820 millions de personnes dans le monde qui ne mangeaient déjà pas à leur faim avant la pandémie pourraient s’ajouter un demi-milliard de personnes supplémentaires. « Nous devons agir dès maintenant pour éviter que cette crise sanitaire ne devienne une crise alimentaire », a déclaré Gilbert Houngbo lors du lancement du Mécanisme.

Pour le moment, il y a 21,2 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et du Centre qui sont dans une situation d’insécurité alimentaire vraiment grave

Georges Fominyen, porte-parole du PAM pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

Articulé en 4 points, le Mécanisme de relance voulu par le Fida doit permettre :

  • de fournir aux petits exploitants des intrants pour la production agricole, l’élevage et la pêche
  • de leur apporter un appui logistique et des moyens de stockage pour palier aux restrictions de la liberté de circulation
  • de mettre à leur disposition des liquidités suffisantes grâce à des fonds ciblés destinés aux services ruraux et de faciliter les remboursements d’emprunts à court terme afin de maintenir les services, les marchés et les emplois des ruraux pauvres
  • Enfin les fonds levés doivent permettre de garantir la diffusion des informations importantes sur les conditions météorologiques, les services financiers et les marchés par voie numérique.

Le Fida a mis dans le panier une somme de 40 millions de dollars et compte lever 200 millions supplémentaires auprès des États membres, de fondations et de privés pour éviter que la crise sanitaire actuelle ne devienne une crise alimentaire. Car si le milieu rural en souffrirait en premier lieu, beaucoup d’agglomérations urbaines en subiraient également les effets, surtout dans les pays en développement où elles dépendent de la production vivrière des campagnes.

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