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Coronavirus: les travailleurs en 1ère ligne veulent «reconnaissance et salaire digne»

Portraits de soignants réalisés à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris.
Portraits de soignants réalisés à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris. JOEL SAGET / AFP
Texte par : David Baché
7 mn

Le 1er mai, c'est la fête du travail et des travailleurs dans le monde entier. Cette année, certains sont plus sollicités que d’autres : les personnels soignants sont au front depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus. D’autres, nombreux et moins visibles, sont également très exposés : caissières, vigiles, routiers. Le monde leur est redevable. En France, le président Emmanuel Macron, lui-même, a reconnu qu’ils n’étaient pourtant pas traités à leur juste valeur.

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Elle a tellement côtoyé le virus, et ceux qui en étaient atteints, qu’elle a elle-même été contaminée. Heureusement, Emmanuelle Seris s’en est bien remise. Cheffe du service des urgences à l’hôpital de Sarreguemines, dans le Grand-Est - l’une des régions les plus durement frappée par le coronavirus - et déléguée pour la région de l’Association des médecins urgentistes de France, elle espère que le dévouement des soignants ne servira pas à cacher les problèmes de l’hôpital.« Ça a été des sacrifices, reconnaît-elle, parce que nous avons été exposés à un agent viral très méconnu, et que les moyens de protection ne sont toujours pas arrivés à ce jour, en tout cas pour l’hôpital où j’exerce. Nous avons pu nous protéger en partie grâce à la solidarité des citoyens qui nous ont porté secours et se sont mis à imprimer des visières de protection, ou à celle d’entreprises qui nous ont donné leurs stocks de masques. »

Logique comptable à l’hôpital

De cette mobilisation générale, qui a permis de redoubler d’efficacité dans la délivrance des soins, le Dr. Emmanuelle Seris tire cette analyse : « un hôpital, c’est fait pour soigner. Quand on veut trop faire de l’économie, on n’arrive même plus à avoir un système performant. On parle de logique comptable, mais ce n’est même pas rentable finalement. Pour pouvoir faire de la qualité, il faut un minimum de moyens humains. » Cela fait plusieurs années que le personnel hospitalier porte en vain les mêmes revendications, pour que l’hôpital reste un service public, sans impératif de rentabilité.

Derrière les soignants, il y a tous ceux que l’on désigne, depuis le début de cette crise sanitaire, comme « la deuxième ligne ». Tous ceux qui continuent de travailler, qui continuent de sortir pour permettre aux autres de rester confinés. Par exemple les routiers, comme Yves Borée : « Là je suis à Waregem, en Belgique, pour un chargement », précise-t-il en décrochant son téléphone. Il accepte de profiter d’une petite pause, dans son camion, pour expliquer son sentiment. « C’est un peu nous envoyer à la guerre sans fusil, assène-t-il dans un rire sans enthousiasme. Nous sommes en contact avec les gens mais nous n’avons pas de masque de protection. Nous avons des gants, du gel hydro-alcoolique, de quoi désinfecter nos camions, mais pas de masques. Aujourd’hui encore je n’en ai pas, du coup je travaille avec la boule au ventre. Et je ne suis pas le seul à avoir peur. »

Reconnaissance et salaire digne

Pour autant, ce chauffeur de camions de marchandises, syndiqué à la CFDT, n’est pas spécialement fier de lui. « Je fais mon travail, point barre. Il faut bien alimenter le pays, on est quand même obligés de travailler ! Par contre, ce que j’aimerais bien voir changer après la crise, c’est la reconnaissance. Un salaire digne, un treizième mois, arrêter de faire douze heures par jour pour faire un salaire correct. J’espère que les gens, nos employeurs, le gouvernement, vont en prendre conscience ! »

« L’utilité de ceux qui travaillent dans l’ombre »

Sébastien Gillard aussi sort chaque jour. Lui, il ramasse les poubelles de Saint-Brieuc, en Bretagne, exactement comme avant, enfin presque : « Depuis le début du confinement, on trouve des petites marques d’affection sur les poubelles, témoigne-t-il, les enfants font beaucoup de dessins, on a aussi des petits mots de sympathie, on nous écrit que nous sommes courageux… Si les gens s’en rendent compte, tant mieux pour notre profession ! Ils comprendront peut-être mieux l’utilité de notre travail, de ceux qui travaillent dans l’ombre. » De fait, sans à aucun moment jouer les héros, Sébastien Gillard ne mésestime pas sa contribution : « j’ai totalement l’impression de participer à l’effort ! C’est notre mission et c’est notre devoir. J’espère que les politiques vont en tirer des leçons »

« Valoriser le travail humain »

Lors de sa dernière allocution, le président Emmanuel Macron l’a lui-même rappelé : « Notre pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. » Redha Longard est vendeur dans un supermarché Carrefour de Vitrolles, près de Marseille. Il espère que les mots du président français ne se limiteront pas à un hommage télévisé. « On aurait pu ne pas le faire, mais on l’a fait parce que c’était ça ou ne pas répondre aux besoins de la population ! Les personnes qui étaient en face des gens, ce n’était pas des robots, c’était des êtres humains. » Une précision à laquelle le vendeur, resté fidèle au poste et à son rayon, tient fermement. Et pour cause : «  il faut savoir que les investissements dans la robotisation et la digitalisation sont au centre des intérêts de Carrefour, rappelle le salarié, également militant syndical à la CGT. Aujourd’hui, ceux qui sont présents sur le terrain pour servir la population et maintenir l’entreprise, ce sont des femmes et des hommes. Donc la première leçon c’est ça, valoriser le travail humain. Après, nous attendons bien sûr une partie rémunération, et on trouve justifié que cette récompense perdure dans le temps. »

Médecins ou aides-soignants, caissiers ou vigiles...depuis le début de la crise sanitaire, ce sont eux qui maintiennent en vie, ce sont eux qui maintiennent l’économie. Ce sont eux, et il faudra s’en rappeler, les premiers de cordée.

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