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Analyse

Coronavirus: la mort clinique de l'A380

Un A380 stationné sur le tarmac de l'aéroport de San Francisco, aux États-Unis.
Un A380 stationné sur le tarmac de l'aéroport de San Francisco, aux États-Unis. RFI/Philippe Lecaplain
Texte par : Philippe Lecaplain
4 mn

La crise du Covid-19 cloue au sol un très grand nombre d’avions dans le monde. Eux aussi sont en « confinement », avec des mesures de préservation et de maintenance régulière afin de les tenir en état de vol pour le jour où le trafic reprendra. Mais il y a un avion dont le sort est quasiment scellé : l’A380.

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L’Airbus A380 est le plus gros avion civil du monde, celui que préfèrent les pilotes et qui a les faveurs des passagers qui apprécient son silence à bord. En attendant des jours meilleurs, il aurait pu être stationné sur un tarmac des aéroports de Roissy ou de Londres.

Au lieu de cela, la quasi-totalité des A380 de British Airways sont alignés sur l'aérodrome de Châteauroux qui possède de grands parkings. Mais c’est aussi là, dans le centre de la France, que certains avions sont déconstruits.

Autre mauvais signe, des A380 d'Air France commencent à se poser dans le désert espagnol de Teruel. Dans cet endroit sec, les avions peuvent être conservés sans trop de dommage grâce à une « mise sous cocon » opérée par les techniciens de Tarmac Aerosave qui, par ailleurs, ont mené l’an passé le premier chantier de déconstruction du « paquebot des airs ».

Or, alors qu’un avion de ligne a une durée de vie estimée entre trente et quarante ans, l’A380 n’a que treize ans. Seulement 252 exemplaires sont sortis des chaînes d’assemblage d’Airbus. Le pari du constructeur européen avait été de miser sur une explosion du trafic. Si ce phénomène s’est avéré, la pratique commerciale a plutôt consisté en une multiplication des liaisons aériennes en utilisant des avions de moindre capacité.

« L’A380 n’a donc jamais véritablement trouvé son créneau, explique Michel Polacco, chroniqueur du site aeromorning.com. Seules des compagnies comme Emirates, British Airways, Singapore Airlines et Qantas en ont tiré une exploitation optimale. » Pour ce spécialiste de l’aéronautique, « le Covid-19 a achevé de tuer la commercialisation et l’avenir commercial du gros Airbus ».

Décoller avec la moitié des passagers ?

Le constructeur en avait arrêté la production. Air France avait déjà avancé la date du retrait de ses A380 à 2022. Il y a fort à parier qu’à cause du coronavirus, elle ne les fera pas redécoller.

D’autres compagnies attendront peut-être encore un peu avant de lui donner le coup de grâce. Emirates en a immobilisé 38 mais continue d’en exploiter une centaine d’autres, pour le moment. « [British Airways] devrait continuer à le faire voler pour compenser le peu de « slots » disponibles à Londres, explique Michel Polacco, car l’importante capacité d’emport de passagers permet de compenser la difficulté à disposer de créneaux de décollages et d’atterrissages ».

Certains transporteurs pourraient trouver dans l’A380 le moyen de reprendre leur programme de vol en respectant les mesures de distanciation sociale. Décoller avec la moitié des passagers pourrait permettre d’assurer une rentabilité minimum, mais rien n’est moins sûr. Récemment, Alexandre de Juniac qui préside l’IATA rassemblant 290 compagnies aériennes, estimait qu’il ne sert à rien de faire voler un avion avec moins de passagers si cela est à fonds perdus. 

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