Après le Covid-19, la nécessaire lutte contre les inégalités

Dans le centre-ville d'Athènes, le 1er mai 2020.
Dans le centre-ville d'Athènes, le 1er mai 2020. Aris MESSINIS / AFP

Jusqu’au dimanche 10 mai, RFI se mobilise pour tenter de comprendre ce que la pandémie de coronavirus va changer dans nos modes de vie. Alors que cette crise sanitaire a jeté une lumière crue sur les inégalités sociales, les États seront-ils capables d’en tirer les conséquences ?

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Cinq mois après l'apparition des premiers cas de Covid-19 en Chine, à l'heure où le monde se déconfine progressivement, la crise du coronavirus livre ses premiers enseignements. « Pour la première fois au niveau mondial, les gouvernants et les sociétés ont fait le choix de privilégier la vie », constate le médecin, anthropologue et sociologue Didier Fassin sur RFI.

Alors que certaines projections tablaient sur 40 millions de morts à travers le monde si aucune mesure n'était prise pour contenir la pandémie, plus de la moitié des États ont ordonné le confinement de leurs populations, privilégiant ainsi les questions sanitaires à toute autre considération, qu’il s’agisse des libertés publiques et individuelles ou des conséquences économiques. « On peut opposer à ce moment la vie biologique qu'on essaie de sauver à la vie biographique qu'on est en train de mettre à l'épreuve », poursuit Didier Fassin.

« Mais toutes les vies n'auront pas eu la même valeur dans ce moment », tempère-t-il. Et de citer les sans-abris qui n'ont nulle part où se confiner, les détenus, enfermés dans des prisons surpeuplées, ou les migrants bloqués dans des camps aux conditions de vie désastreuses. Plus généralement, la crise du coronavirus a mis en lumière les inégalités qui sévissent dans le monde, allant même jusqu'à les creuser. Elle a montré que si la maladie frappe indistinctement, la capacité à s'en prémunir varie selon les pays et les groupes sociaux.

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Les plus modestes davantage exposés

Obligés de braver les mesures de confinement pour travailler et vivant souvent dans une promiscuité forcée, les plus modestes sont ainsi davantage exposés aux risques de contamination. Ces disparités, en partie gommées par le système de protection sociale offert par les pays d'Europe, sont particulièrement criantes dans ceux où il est inexistant. « Le seul point de comparaison qu'on a sur une crise sanitaire de cette ampleur, c'est la grippe espagnole de 1918-1919 qui a fait 50 millions de morts et dont on sait maintenant qu'elle a frappé davantage les groupes sociaux les plus modestes et les pays du Sud avec des taux de mortalité avoisinant les 5%, alors qu'il était inférieur à 1% en Europe et en Amérique du Nord », observe sur RFI l'économiste Thomas Piketty.

Impossible pour l'heure de tirer un bilan global de la crise actuelle. Mais à Rio de Janeiro, au Brésil, le taux de létalité – rapport entre le nombre de cas confirmés et le nombre de décès – est bien plus important dans les quartiers pauvres : il s'élève à 30,8% à Maré, ensemble de favelas du nord de la ville, contre 2,4% à Leblon, le quartier le plus chic de la zone sud, en bord de mer, indique l'AFP.

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Les inégalités raciales y sont également plus frappantes. Dans l'État de Sao Paulo, le plus peuplé et le plus touché du pays, le risque de mourir du Covid-19 est ainsi 62% plus élevé pour les personnes de couleur, rapporte encore l'AFP. Au niveau national, si 36,4% des malades transférés à l'hôpital pour syndrome respiratoire aigu sévère sont des Noirs, ils y représentent en revanche 45,3% des décès du Covid-19. Conclusion : les Blancs ont plus de chances de sortir guéris de l'hôpital. Le constat est le même aux États-Unis. Début avril, les Noirs représentaient 42% des décès dus au coronavirus dans l'Illinois, alors qu'ils constituent 14% de la population. À Chicago, c'étaient 72% des morts, alors qu'ils représentent moins d'un tiers des habitants

Autre leçon apportée par cette crise : la nécessité de renforcer les systèmes de santé. C'est notamment le cas en France ou en Italie, où les hôpitaux se sont rapidement retrouvés submergés par l'afflux de malades. Mais aussi en Côte d'Ivoire, comme l'affirment plusieurs habitants d'Abidjan interrogés par notre correspondant Sidy Yansané.

« Cette crise nécessite une relance de l'État social dans les pays qui ont déjà développé un système de sécurité sociale. Et dans tous les pays où il n'existe pas, c'est l'occasion de le créer », plaide l'économiste Thomas Piketty sur RFI. « Ce qui a permis la croissance et le développement au cours du XXe siècle, c'est la réduction des inégalités, la mise en place de systèmes de protection sociale, d'accès à la santé, à l'éducation, bien plus que la course en avant vers la concentration de la fortune et du pouvoir économique. »

Pour Thomas Piketty, va ressortir de cette crise une demande d'une plus grande redistribution des richesses et d'équité. « Je pense que cette crise devrait contribuer à repenser la façon dont on pense notre système économique dans un sens plus équitable et plus durable », insiste-t-il.

Edition spéciale, 1ère partie

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