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Le secteur de la presse française en crise

Un kiosque à journaux ouvert devant le magasin du Bon Marché fermé. Photo prise le 16 mars 2020.
Un kiosque à journaux ouvert devant le magasin du Bon Marché fermé. Photo prise le 16 mars 2020. © Siegfried Forster / RFI
Texte par : Patricia Lecompte
5 mn

Les annonces de suppressions d'emplois se multiplient dans les grands quotidiens nationaux et régionaux : L'Équipe, Le Parisien, Paris Normandie mais aussi dans les médias télés. Plusieurs plans sociaux post-confinement s'annoncent dans les médias français.

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Aujourd'hui les médias appartiennent à de grands groupes dont les activités sont multiples. Quand un secteur va mal on s'en débarrasse ou on en réduit la voilure. C'est le cas d'Altice, le groupe de Patrick Drahi, dont sa filiale NextRadioTv, maison-mère de BFM-TV et de RMC vient d'annoncer ce jeudi matin la suppression de 330 à 380 postes en CDI et de 200 pigistes et intermittents. Le groupe justifie ces coupes par la perte importante de ses recettes publicitaires suite à la crise sanitaire. Même si la direction affirme vouloir protéger les emplois en CDI et poursuivre « son excellence éditioriale »,  ce plan social prouve le virage stratégique opéré par le groupe qui réduit son activité dans la presse au profit du numérique avec le replay et les podcasts, plus lucratifs.

Une crise aggravée par le confinement

La presse écrite est également en souffrance, deux grands journaux nationaux l'Équipe et le Parisien prévoient des restructurations. Il y a deux jours, la direction du Parisien, propriété du groupe LVMH, a annoncé une réorganisation de sa rédaction, avec le départ volontaire de 30 personnes sur les 435 journalistes qu'elle compte. La direction veut abandonner ses neuf éditions départementales au profit d'un cahier unique d'informations locales. Le journal qui veut augmenter sa présence dans le numérique, vise 200 000 abonnés d'ici à cinq ans. Selon la direction, ce plan est indispensable à la survie du journal, mais les syndicats refusent le projet, ils exigent le maintien de tous les postes y compris des pigistes et le rétablissement des pages locales et départementales.

Les journalistes du quotidien l'Équipe affrontent également un plan social. Le journal sportif qui a déjà connu plusieurs plans sociaux, annonce que 2020 sera sa pire année. Sa direction prévoit un déficit de plus de 16 millions d'euros. Avec l'arrêt des compétitions sportives jusqu'en août en France, les perspectives économiques du journal sont très mauvaises. Ses comptes risquent de rester dans le rouge jusqu'en 2022. Avec la crise du Covid-19, l'Équipe a perdu plus de 60% de ses ventes et 70% de ses recettes publicitaires. Pour redresser la barre, la direction propose de baisser les salaires de 10%, de diminuer les congés RTT de 22 à 6 jours, d'intensifier le télétravail et d'encourager les départs à la retraite. Les salariés qui rappellent avoir fait déjà beaucoup de sacrifices refusent ce nouveau tour de vis.

La presse régionale est également dans la tourmente, c'est le cas du quotidien régional Paris-Normandie qui a traversé plusieurs crises avant d'être placé en liquidation judiciaire le 21 avril. La reprise du journal par la Voix du Nord, propriété du groupe de presse Rossel, est un soulagement pour les salariés, mais elle ne va pas se faire sans casse. 60 postes sur les 240 que compte le journal vont être supprimés, c'est un quart des effectifs. Le groupe Rossel qui possède une réelle maîtrise de la presse régionale, a déjà fait preuve de ses capacités à redresser les journaux en difficulté, avec précédemment le Courrier Picard, et l'Union de Reims.

La baisse des ventes du papier

Les difficultés que connaît la presse actuellement ont un lien direct avec la crise provoquée par le Covid-19, mais il y a aussi d'autres raisons. La presse papier est probablement la plus en danger. Les lecteurs se tournent de plus en plus vers les formats numériques. On assiste à une réelle érosion des volumes de ventes de la presse écrite papier. Cette érosion s'est aggravée avec le confinement, mais la lame de fond était déjà là. Et puis il y a la crise chez Presstalis qui s'ajoute aux difficultés de la presse papier. Depuis vendredi, Presstalis, la principale messagerie de presse, est en redressement judiciaire, et ses filiales régionales ont été liquidées sans poursuite d’activité.

De nombreux journaux se voient contraints de lancer des plans de transformation pour pallier la baisse de leurs ventes papier et renforcer leur présence dans le numérique. Le phénomène est mondial, de plus en plus de lecteurs s'abonnent aux offres numériques des médias. La progression va continuer, il est donc important que les médias français se réinventent s'ils ne veulent pas mourir.

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