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Wirecard: un scandale financier aux multiples ramifications 

La justice allemande a mené, mercredi 1er juillet, des perquisitions dans le pays et en Autriche, visant d'anciens dirigeants de la société allemande de paiements en ligne Wirecard.
La justice allemande a mené, mercredi 1er juillet, des perquisitions dans le pays et en Autriche, visant d'anciens dirigeants de la société allemande de paiements en ligne Wirecard. REUTERS/Lisi Niesner
Texte par : Agnieszka Kumor
5 mn

Alors que l’enquête continue, avec notamment des perquisitions menées le 1er juillet en Allemagne et en Autriche, des millions d’utilisateurs de Wirecard, une société de paiement en ligne, se posent des questions sur ce qui pourrait devenir le scandale financier de la décennie.  

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L’étau se resserre autour de Wirecard. Mais malgré la demande de mise en faillite, ses activités se poursuivent, affirme le groupe allemand. Ainsi, les paiements de sa branche bancaire allemande, Wirecard Bank AG, proposés aux commerçants « continueront d’être traités sans restrictions », peut-on lire dans un communiqué. Pour des centaines de millions d’utilisateurs de paiement électronique, c’est une bonne nouvelle. Mais pour combien de temps ?

Parmi les commerçants utilisant les solutions Wirecard, on retrouve la compagnie aérienne britannique à bas coût EasyJet, une banque en ligne française, Orange Bank ou encore les fameuses « fintech », des sociétés de technologie financière. 

Un intermédiaire dans le paiement électronique 

Fournisseur de services financiers, Wirecard est un maillon important dans l’univers du paiement électronique. « Quand on effectue un paiement en ligne ou avec son smartphone, il y a un intermédiaire du type de Wirecard. Il gère le transfert des sommes payées entre le marchand chez qui nous faisons un achat et le réseau de paiement, tout en prenant une commission sur sa prestation », explique Laurens Lafont, rédacteur en chef de Propos Utiles, un journal de conseils boursiers en ligne, sur Boursorama.

Le problème, c’est quand votre prestataire triche. Or, Wirecard est soupçonnée de fraude, de manipulation de marché et de falsification de comptes après la découverte d’un trou de 1,9 milliard d’euros dans ses comptes gonflés pour l’occasion, et qui laissent ses créanciers face à une dette de 3,5 milliards d’euros. 

Récupérer son argent 

Mais les commerçants, principaux clients du groupe allemand chargé de collecter le produit de leurs ventes, ne sont pas sûrs de récupérer leur argent. Bien qu’une partie des sommes qui leur sont dues soit encore dans un compte de « cantonnement ».

L’argent issu des ventes est placé sur ce compte dans l’attente d’un virement effectif au bénéfice du vendeur qui intervient normalement dans un délai d’un à dix jours. Actuellement, quelques centaines de millions d’euros seraient sur le compte de cantonnement de Wirecard, des sommes dont les commerçants risquent d’être privés par le dépôt de bilan du groupe allemand. 

Les cartes qui ne marchent plus 

Les particuliers aussi se posent des questions. En premier lieu les clients allemands de Wirecard Bank AG, qui fournit des cartes de crédit ou de débit. En Allemagne, où les cartes Visa ou Mastecard ne sont pas toujours acceptées, le groupe propose un service « Prepaid Trio », un compte bancaire allemand avec deux cartes de paiement, une Visa et une autre adossée au réseau bancaire allemand (Girocard).  

Les clients de Wirecard Card Solutions Ltd, une filiale de Wirecard au Royaume-Uni, ont eu des sueurs froides après que cette entité s'est vu interdire de procéder aux paiements, la semaine dernière, par la Financial Conduct Authority (gendarme financier britannique, FCA). Wirecard Card Solutions Ltd basée à Newcastle est indépendante de sa sœur allemande, mais son rôle est capital : elle assure l’émission de cartes pour des « fintech » comme Curve, Pockit ou encore Payoneer dont la plupart permettent d’effectuer les paiements avec son smartphone.

Après l’éclatement du « Wirecardgate », les clients de ces sociétés de technologie financière ne pouvaient plus faire fonctionner leurs cartes. La situation est revenue à la normale après la levée de l’interdiction par la FCA, lundi 30 juin à minuit. Tous ces acteurs - « fintech », néobanques ou autres commerçants - auront intérêt à changer au plus vite de prestataire de services de paiement. Mais cela pourrait s’avérer difficile. 

Les « fintech » inquiètes 

Ce nouveau scandale est un coup dur pour les sociétés de technologies financières, car il pourrait jeter le discrédit sur tout un milieu qui, selon certains, n’a rien à se reprocher. Le risque est que la défiance s’installe chez les utilisateurs comme chez les investisseurs qui pourraient devenir plus frileux à financer sans fin ces « fintech ».  

Or l’enjeu est de taille. Nées au lendemain de la crise financière de 2008, basées un peu partout dans le monde, les « fintech » ont le vent en poupe. En 2018, les investissements dans ce secteur ont atteint 55,3 milliards de dollars. Pas sûr que la manne continue à affluer. Et on pourrait s’attendre à la faillite de plusieurs de ces entreprises.  

Du coup les « fintech » multiplient les déclarations rassurantes. Comme Curve qui revendique plus de 1,3 million de clients dans le monde. La société britannique, née en 2015, propose via son application mobile de nombreux services bancaires. Or la faillite de Wirecard, qui lui fournissait ses cartes de crédit, a entraîné leur désactivation temporaire. Membre du réseau Mastercard, la société dit travailler avec son réseau pour remédier à ce problème. 

Pour sa part Orange Bank assure que « les solutions techniques continuent de fonctionner ». La filiale bancaire de l’opérateur télécom aurait de longue date prévu de remplacer Wirecard comme fournisseur dans les paiements mobiles qu’elle propose à ses clients.  

Et les régulateurs dans tout cela ? 

L’été sera chaud pour ces nouveaux acteurs du secteur financier. Mais pas uniquement pour eux. L’affaire éclabousse au passage la BaFin, l'autorité fédérale allemande de supervision financière, qui a confié la validation des comptes au cabinet d’audit EY. C’est EY qui devait vérifier si les fonds déclarés par Wirecard existaient bien aux Philippines. Avec le résultat que l’on connaît.

EY pourrait y laisser des plumes. Ses dirigeants ont sans doute en mémoire l’affaire Enron, un autre scandale de fraude et de manipulation financière. La faillite de cette entreprise américaine en 2001 entraîna dans son sillage la disparition d’Arthur Andersen, le cabinet qui auditait ses comptes. 

Après Wirecard, le comportement des régulateurs de la finance pourrait changer. Ils pourraient se montrer plus pointilleux et exiger plus de pouvoirs afin de faire des vérifications directement au lieu de céder cette tâche aux autres. Pas sûr que les « fintech » apprécient ce nouveau comportement.  

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