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Scandale de harcèlement chez Ubisoft:«Tant que cela ne se sait pas, on ferme les yeux»

Le logo de l'éditeur de jeux Ubisoft lors de la Paris Games Week, en novembre 2017.
Le logo de l'éditeur de jeux Ubisoft lors de la Paris Games Week, en novembre 2017. AP Photo/Kamil Zihnioglu
Texte par : Agnieszka Kumor
3 mn

L'éditeur de jeux vidéo français Ubisoft, au cœur d'un scandale d'agressions et de harcèlement, s'est séparé d'une partie de son équipe dirigeante. Le PDG promet des changements dans la culture d'entreprise. Cette nouvelle affaire révèle la fragilité du monde du travail. Trois questions à Marie-France Hirigoyen, psychiatre, auteure de Le harcèlement moral au travail (PUF, 2013).

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RFI : Que vous inspire ce nouveau scandale au sein d’une entreprise ?

Marie-France Hirigoyen : Je n’ai pas été surprise qu’une affaire comme celle-là ressorte. Une grande partie de ces plaintes ont été dénoncées anonymement sur les réseaux sociaux. Cela montre que c’est toujours difficile de dénoncer du harcèlement sexuel. Forcément, il y a eu des personnes qui étaient au courant. Au courant mais d’une façon vague, de sorte que tant que cela ne se sait pas, on ferme les yeux. 

A lire aussi : Face à des accusations d’agressions et de harcèlement, Ubisoft remanie sa direction

Il y a des secteurs de pointe, et l’édition de jeux vidéo en est un, où l'on se sent un peu au-dessus des autres. Et quand on a un poste important, on s’autorise un certain nombre de choses. Le monde du travail est peuplé de Narcisse qui se mettent toujours au premier plan. Ils aiment manipuler les autres, jouent avec des règles et se mettent à la limite de ce qui acceptable ou pas. On a l’impression que l’on les laisse déraper du moment où les résultats sont bons. 

Quels progrès ont été faits en France ces vingt dernières années en matière d’agressions sexuelles et de harcèlement moral dans le monde du travail ?

En France, il y a des textes de loi qui sont théoriquement très protecteurs. Il existe une obligation de prévention et, depuis un an ou deux, une obligation pour l’entreprise de désigner un référent en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Théoriquement, il y a tout ce qu’il faut pour se défendre, mais dans la réalité, ce n’est pas aussi simple, parce que ce sont des agissements subtils, parce que l’ambiance qui règne en entreprise y est aussi pour quelque chose.

Il est clair que le management moderne valorise de fortes personnalités qui n’ont pas d’états d’âme. Ce que l’on leur demande, c’est d’être prêt à tout pour avancer et pour faire du chiffre. Mais ce n’est qu’en sanctionnant réellement les dérapages que l’on obligera à une vigilance de la part des dirigeants.

Quel impact aura la crise du Covid-19 sur le monde du travail ?

Je ne suis pas sûre que cette expérience douloureuse qu’était la crise du coronavirus vienne changer le management des entreprises. Je crains malheureusement qu’un certain nombre d’entreprises en difficulté et qui ont été rattrapées par l’effondrement du chiffre d’affaires mettent encore plus la pression sur les salariés. En revanche, pour un certain nombre de salariés, en particulier pour des cadres qui avaient beaucoup la pression sur leur lieu de travail, le fait de se retrouver soit en chômage partiel soit en télétravail les a fait amener à se dire qu’ils ne veulent plus accepter la pression quotidienne qu’on leur fait subir.

Ce n’est pas partout, il y a beaucoup de gens qui adorent leur travail et qui avaient très envie de le reprendre d’une façon normale. Mais c’est une raison de plus pour être vigilant. Toutes ces questions de harcèlement moral ou de harcèlement sexuel devraient, je le répète, être prises beaucoup plus au sérieux par les dirigeants des entreprises.

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