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Une «urgence éducative mondiale»: l'Unicef et l'Unesco tirent la sonnette d’alarme

24 millions d'enfants risquent de ne jamais retourner à l'école après la crise sanitaire.
24 millions d'enfants risquent de ne jamais retourner à l'école après la crise sanitaire. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
6 mn

Alors que l’épidémie de Covid a plongé 150 millions d’enfants supplémentaires dans la pauvreté, un rapport récent de l’Unesco alerte sur le risque de déscolarisation à grande échelle. Cette situation particulièrement problématique remet en question les progrès obtenus ces dernières années, et l’avenir des enfants concernés.

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« La plus importante perturbation de l’éducation de l’histoire ». Un rapport de l’Unesco estime que près d’1,6 milliard d’enfants et d’adolescents ont été privés d’enseignement scolaire, dans 190 pays différents, en raison de l’épidémie de coronavirus. Et parmi eux, beaucoup risquent de ne jamais pouvoir retourner à l’école. Une conséquence de la crise sanitaire particulièrement problématique, quand on sait à quel point déscolarisation et pauvreté sont liées.

« La crise du coronavirus risque d’anéantir 20 ans d’efforts et de progrès continus dans le domaine de l'éducation, déplore Julien Beauhaire, porte-parole de l’ONG Plan International, spécialisée dans la protection de l’enfance et en particulier des petites filles. Depuis 1995, 327 millions d’enfants supplémentaires, dont 55 % de filles, ont pu être scolarisés. Mais la crise sanitaire remet tout en cause. »

Neuf mois après le début de l’épidémie, 850 millions d’enfants sont en effet toujours privés d’école à travers le monde, soit la moitié des effectifs à l'échelle mondiale. 53 pays n’ont pas rouvert leurs établissements scolaires. En Afrique de l'Ouest et du Centre, seul un pays sur trois est prêt à accueillir les élèves en toute sécurité. L’Unicef estime de plus que sur cette population, près de 463 millions d’enfants ne peuvent bénéficier d’enseignement à distance. Près d’un tiers des écoliers du monde sont donc totalement privés d’éducation durant leur confinement.

Un risque de déscolarisation massive

« Nous savons, grâce à la crise Ebola, que plus les enfants restent longtemps en dehors de l’école, moins ils ont de chances d’y retourner, explique Farah Malek-Bakouche, chargée de plaidoyer international à Unicef France. Au moins 24 millions d’enfants devraient abandonner complètement l’école. Et les enfants ayant un faible niveau d’éducation sont les plus exposés au risque de pauvreté tout au long de leur vie. Ils ont également une espérance de vie plus courte et de moins bons résultats en matière de santé. » C'est plus du double des prévisions élaborées en juillet 2020 par l'ONG Save The Children.

L’arrêt définitif de la scolarité a des conséquences néfastes, bien au-delà du seul aspect pédagogique. L’Unicef rappelle que l'école est non seulement un lieu de socialisation et de protection mais qu'il s'agit aussi souvent de l'endroit où les enfants peuvent avoir accès à un repas, aux vaccins et à des services de santé. Les risques de violence, de travail, de mariages et de grossesses précoces augmentent donc considérablement à partir du moment où un enfant est déscolarisé.

Un rapport récent corédigé par l'Organisation internationale du travail (OIT) et de l’Unicef alerte sur le risque d’augmentation du travail des enfants suite à la crise économique engendrée par l’épidémie de coronavirus et la fermeture des écoles. Alors que le nombre d’enfants au travail a diminué de près de 94 millions en 20 ans, ils pourraient être des millions à devoir se mettre à travailler dans les mois à venir, une première depuis l'an 2000.

Les jeunes filles particulièrement vulnérables

Les jeunes femmes ne sont pas non plus épargnées. La fermeture des écoles est pour beaucoup synonyme d’un accroissement des tâches domestiques. Originaire du Mozambique, Ana, 17 ans, confiait ainsi à Plan International en septembre : « Je n'ai plus le temps d'étudier, car il y a beaucoup à faire dans la journée. Je me lève tôt pour chercher de l'eau afin de pouvoir cuisiner, me laver et nettoyer. Depuis le coronavirus, c'est ma priorité, je n'ai donc plus le temps d'ouvrir des livres. »

Enceinte de 5 mois, elle ne pourra de toute façon pas retourner à l’école après avoir accouché. « Avec la pandémie de Covid-19, s’alarme Julien Beauhaire, c’est 13 millions de jeunes filles supplémentaires qui pourraient être mariées avant leur majorité. Cela représente un potentiel de 7 millions de naissances non désirées dans les dix prochaines années. »

Et les grossesses précoces sont souvent synonymes de pauvreté pour les jeunes mères, qui ne peuvent généralement pas poursuivre leurs études après, et même avant, d’avoir accouché. Si le Zimbabwe a pour sa part changé sa législation à ce sujet en août 2020, en condamnant l’expulsion des écoles des jeunes filles enceintes, de nombreux pays continuent de leur en interdire l’accès.

Un préjudice pour l'ensemble de la société

Les jeunes filles appartiennent pour cela aux populations les plus vulnérables en cas de crise. « Les filles ont 2,5 fois plus de chances que les garçons d’être déscolarisées, poursuit Julien Beauhaire. Ce sont toujours les premières à passer à la trappe quand la situation est difficile. » Et l’arrêt des études est préjudiciable pour l’ensemble de la société, au-delà du seul individu. « On estime qu’une année d’étude supplémentaire permet à une femme d’augmenter ses revenus de 10 à 20 %, affirme-il. Et si les revenus des femmes augmentent, le PIB du pays augmente également, ainsi que la richesse par habitant. »

Et la situation ne se limite pas seulement aux pays les plus pauvres. L’ONG Plan International a lancé une collecte de témoignages au mois de septembre. 7 000 filles âgées de 15 à 24 ans ont témoigné de leur anxiété quant à leur avenir et à leur poursuite d’études, qu’elles soient originaires de pays développés ou en cours de développement. « C’est ce qui est hallucinant, conclut Julien Beauhaire. La crise consécutive à l’épidémie de Covid-19 touche tous les pays, quels qu’ils soient. Toutes les jeunes filles interrogées nous ont faire part de leur angoisse. »

►À lire aussi : Covid: la pandémie s'accompagne d'une augmentation de la malnutrition des enfants

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