Royaume-Uni: le gouvernement dévoile un premier budget post-Brexit axé sur la relance

Le Chancelier de l'Échiquier Rishi Sunak dévoile le budget 2021 devant la Chambre des communes, le 3 mars 2021.
Le Chancelier de l'Échiquier Rishi Sunak dévoile le budget 2021 devant la Chambre des communes, le 3 mars 2021. AFP - -

Le budget présenté ce mercredi 3 mars par le Chancelier de l'Échiquier Rishi Sunak pour le Royaume-Uni prévoit la poursuite d'aides massives à l'emploi et aux entreprises, mais aussi la perspective de hausses d'impôts pour les grandes entreprises.

Publicité

Rishi Sunak s'y engage : le gouvernement britannique « a fait et fera tout ce qui est nécessaire » pour aider la population et les entreprises à traverser la crise provoquée par l'épidémie du coronavirus.

Pays européen affichant le pire bilan sanitaire avec quelque 123 000 décès attribués au virus, le Royaume-Uni est aussi le pays développé ayant subi le plus important choc économique. Son PIB a plongé de 9,9% en 2020, la pire dégringolade en 300 ans. Malgré 280 milliards de livres (323 milliards d'euros) d'aides pour protéger les emplois et les entreprises face à l'impact de la pandémie, « les dégâts sur notre économie ont été aigus », a reconnu ce mercredi Rishi Sunak devant la Chambre des communes.

À lire aussi : Brexit: les entreprises de la finance quittent Londres pour Dublin

Le chômage partiel maintenu jusque fin septembre

Le ministre des Finances a donc annoncé une prolongation jusqu'à fin septembre du système de chômage partiel, grâce auquel le gouvernement prend en charge jusqu'à 80% des salaires à hauteur de 2 500 livres par mois. Un système équivalent est prévu pour les travailleurs indépendants. Les employeurs seront appelés à contribution à partir de juillet quand le gouvernement réduira sa subvention à 70% des salaires puis 60% dès août.

De nouveaux prêts aux entreprises sont également prévus ainsi que plus de 700 millions de livres pour venir en aides aux entreprises culturelles et sportives. Des aides directes de plusieurs milliers de livres sont aussi en préparation pour les secteurs les plus durement touchés par la pandémie, comme la restauration, les commerces ou les pubs, qui vont aussi bénéficier d'un gel des taxes sur l'alcool.

À lire aussi : Covid-19 au Royaume-Uni: Boris Johnson espère un retour à la normale d'ici fin juin

Le gouvernement britannique va également maintenir pour quelques mois une suspension de la taxe sur les transactions immobilières, qui a alimenté un mini boom des achats de logements. Au total, le budget comporte des annonces de nouvelles mesures d'aides s'élevant à 65 milliards de livres pour cette année et la prochaine.

Une première hausse d'impôt

À la fin de la prochaine année fiscale, le gouvernement aura injecté au total 407 milliards de livres pour maintenir l'économie sous perfusion, et emprunté 355 milliards de livres, un record depuis la Seconde Guerre mondiale, a énoncé le Chancelier de l'Échiquier. Rishi Sunak a donc prévenu : « Une fois que nous serons sur la voie de la reprise, nous devrons commencer à redresser les finances publiques. »

Ce conservateur pro-Brexit et soucieux d'orthodoxie budgétaire a déjà annoncé une première hausse d'impôt : l'impôt sur les sociétés montera à 25% d'ici 2023, contre 19% actuellement. Pour rassurer les milieux d'affaires, il s'est empressé d'ajouter que même avec ce relèvement le Royaume-Uni garderait le niveau de taxe pour les entreprises « le plus bas du G7 ». Cette augmentation ne concernera toutefois pas les petites entreprises, a-t-il fait valoir, annonçant aussi une déduction fiscale pour les entreprises quand elles investissent.

« Ce qui a été décidé aujourd’hui est une bonne nouvelle, a réagi  Matt Dickinson, porte-parole de La FSB, Federation of Small Businesses. Nous craignions l’augmentation des impôts sur les sociétés, mais seulement 10% des entreprises seront concernées, pas les PME. Autre coup de pouce : la réduction des tarifs commerciaux et la baisse de la TVA sont prolongés pour les entreprises les plus fragilisées. Il y a aussi un nouveau programme de prêt aux entreprises et le chômage partiel continuera jusqu’à septembre. Mais nous sommes préoccupés car d’autres taxes risquent d’augmenter dans un avenir proche ou d’être instaurées pour les autoentrepreneurs en particulier, ce qui serait très inquiétant et désastreux pour l’économie. De plus, la baisse du coût du travail que nous attendions, n’est pas prévue. Donc "le quoi qu’il en coûte" promis par le gouvernement pour sortir de la crise n’est pas tout à fait au rendez-vous, même si c’est un bon départ. » 

Cette année, l'économie du Royaume-Uni devrait connaître une croissance de 4% d'après les prévisions de l'organisme public OBR qui tablait encore sur une hausse de 5,5% en novembre, soit avant le nouveau confinement. Mais l'économie devrait retrouver son niveau d'avant la pandémie mi-2022, contre fin 2022 prévu jusque-là, grâce à l'accélération de la croissance à 7,3% l'an prochain.

Cette annonce va laisser beaucoup d’entreprises stupéfaites. En fait ça nous place tout juste derrière la France qui a le plus haut niveau d’imposition sur les sociétés au sein du G7. Il va donc vraiment falloir désormais nous focaliser sur la compétitivité du pays pour attirer les investissements dont nous avons tant besoin…

L'opposition et les milieux d'affaires réagissent à la présentation du budget

(Avec AFP)

►À lire aussi: Portrait: Rishi Sunak, le chancelier de l’Echiquier britannique dans la tempête

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail