L’État vole au secours d’Air France une nouvelle fois

Air France vient d’annoncer un renforcement de son capital par l'État français.
Air France vient d’annoncer un renforcement de son capital par l'État français. Thomas Samson AFP/Archivos

Un plan de sauvetage de 4 milliards d'euros pour Air France. La compagnie aérienne vient d’annoncer un renforcement de son capital par l'État français. En contrepartie, Air France va devoir abandonner 18 créneaux horaires à l'aéroport de Paris-Orly.

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La Commission européenne vient d’approuver ce mardi 6 avril, la proposition de l’État d’accorder une aide de 4 milliards d’euros à Air France, très affectée par la pandémie, la compagnie a vu s’effondrer son activité. Concrètement, l'État français va convertir en capitaux propres son prêt de 3 milliards d'euros accordé l'année dernière, il le transforme donc en prise de participation. Dans un communiqué, la commission précise que l'État va également injecter 1 milliard d'euros supplémentaires sous la forme d'une augmentation de capital qui sera « ouverte aux actionnaires existants et au marché », opération à laquelle participera l’État français et China Eastern, mais pas l’État néerlandais ni Delta Air Lines. Cette recapitalisation fait de l'État français le premier actionnaire d'Air France. Sa participation passe de 14,3% à presque 30%. L’État veillera à ne pas dépasser ce seuil au-delà duquel il serait contraint de lancer une OPA sur le capital restant, comme l'exige le droit boursier. 

En contrepartie, la Commission exige la cession de18 créneaux de vol à l'aéroport de Paris Orly

Avec une perte nette d'un peu plus de 7 milliards d'euros, qui a quasiment doublé l'an passé à 11 milliards d'euros en raison de la pandémie, Air France a perdu près des deux tiers de ses passagers... Et l'année s'annonce encore difficile, le groupe Air France-KLM prévoit une perte d'exploitation de 1,3 milliard d'euros pour le premier trimestre 2021. Pour valider ce montage financier, Bruxelles, qui veille au bon respect des règles de la concurrence, a posé des conditions. Le plan de recapitalisation prévoit que l'État français perçoive une rémunération pour son investissement tout comme il stipule qu’Air France et sa holding rachète la prise de participation de l’État afin que ce dernier réduise progressivement sa participation au capital. En effet, les règles de la Commission européenne exigent que les États reviennent dans les six ans à venir à leur niveau de participation d'avant la crise. Par ailleurs, tant qu’Air France n'aura pas remboursé intégralement le montant de la recapitalisation, il lui sera interdit de verser des dividendes. Par ailleurs, la Commission indique que son partenaire néerlandais KLM, ne bénéficiera pas de l'aide de l'État français.

Initialement la Commission demandait à Air France l'abandon de 24 créneaux de vol quotidien à l'aéroport de Paris Orly, au sud de la capitale, soit 7% de ses 125 000 créneaux actuellement détenus sur cet aéroport. C'est précisément ce qu'avait fait la compagnie allemande Lufthansa dans les aéroports de Francfort et Munich. Mais cette demande a été rejetée par la compagnie, au motif qu'à terme, cela la fragiliserait davantage que cela ne l'aiderait. Air France avait proposé de renoncer à 12 créneaux horaires quotidiens de décollage et d'atterrissage à Orly, finalement elle en cédera 18, soit 9 vols aller-retour par jour. Cette mesure pourrait peser jusqu'à 36 millions d'euros sur son résultat d'exploitation. Quant aux créneaux libérés, ils seront attribués uniquement à des compagnies basées à Orly, comme EasyJet, Vueling ou encore Air Caraïbes. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire a précisé que Bruxelles ne les accorderait pas à des compagnies qui pratiquent le dumping social et fiscal, par exemple Ryanair.

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« Une plus grande stabilité pour aller de l’avant, lorsque la reprise commencera »

Ce plan est le fruit d'un accord entre la Commission européenne et le gouvernement français. Le conseil d’administration d’Air France-KLM, qui a donné son accord aux conditions de cette nouvelle aide, publique, estime par la voix de son directeur général, Benjamin Smith, que ces 4 milliards vont lui apporter « une plus grande stabilité pour aller de l’avant, lorsque la reprise commencera ». De son côté, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire rappelle à l’entreprise l’avoir déjà « beaucoup soutenue » et qu’il est prêt à apporter un nouveau soutien, mais exhorte Air France « à renouer avec les bénéfices. »

En revanche, certains syndicats se disent plus réservés. Ils craignent que l'abandon de ces 18 créneaux de vols profitent aux compagnies à bas coût, concurrentes d'Air France. Ces dernières pourraient capter une partie de sa clientèle ce qui entraverait son redémarrage et aurait des conséquences sur sa masse salariale. Le syndicat CGT d'Air France conteste le plan validé par Bruxelles, il affirme qu'il ne s'agit pas d'un nouveau soutien financier, puisque l'État transforme son prêt initial en capital.

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