Vaccins: Amnesty International accuse les laboratoires de délaisser les pays pauvres

Deux doses de vaccins Pfizer et Moderna (image d'iIlustration).
Deux doses de vaccins Pfizer et Moderna (image d'iIlustration). REUTERS - Dado Ruvic

L'ONG Amnesty International a accusé mercredi les groupes pharmaceutiques qui produisent les vaccins contre le Covid-19 d'alimenter une « crise des droits humains sans précédent », réclamant l'octroi de deux milliards de doses aux pays pauvres. 

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Dans un rapport intitulé « Une double dose d'inégalité : les compagnies pharmaceutiques et la crise des vaccins contre le Covid-19 », l'ONG affirme que la plupart d'entre elles ne donnent pas la priorité aux pays les plus pauvres. Cette publication intervient alors qu'un sommet mondial sur les vaccins est prévu mercredi. Le président américain Joe Biden a promis d'annoncer des engagements supplémentaires pour la vaccination des pays les moins avancés.

« Vacciner le monde est notre seule voie pour sortir de cette crise. Il devrait être temps de saluer ces entreprises, qui ont créé ces vaccins si rapidement, comme des héros », a déclaré dans un communiqué la secrétaire générale d'Amnesty, Agnès Callamard. « Au lieu de ça, à leur grande honte et notre chagrin collectif, le blocage intentionnel du transfert de connaissances par Big Pharma et leurs manœuvres en faveur des États riches ont engendré une pénurie de vaccins tout à fait prévisible et tout à fait dévastatrice pour tant d'autres ».

Ces compagnies ont privilégié la vente de vaccins à prix élevé. Cela signifie que seuls les pays riches avait la possibilité d'acheter ces vaccins. Pfizer et BioNTech ont jusqu'à présent livré neuf fois plus de vaccins à la Suède qu'à tous les pays à faibles revenus réunis.

Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International

L'ONG a passé en revue la politique d'AstraZeneca, Pfizer, BioNTech, Moderna, Johnson & Johnson et Novavax - dont le vaccin n'est pas encore approuvé - en matière de droits humains, fixation des prix, propriété intellectuelle, partage de connaissances et de technologie, allocation de doses et transparence. Elle a conclu qu'« à divers degrés, les six développeurs de vaccins n'ont pas respecté leurs responsabilités en matière de droits humains ». Sur 5,76 milliards de doses administrées, seules 0,3% l'ont été dans des pays à faibles revenus, 79% allant dans des pays aux revenus moyens-supérieurs et élevés, souligne l'ONG.

Des milliards de dollars de profits

Pfizer, BioNTech et Moderna prévoient de dégager au total 130 milliards de dollars de profits d'ici à fin 2022, selon Amnesty, pour qui « les bénéfices ne devraient jamais passer avant les vies ». Si la plupart des groupes ont reçu « des milliards de dollars de financements gouvernementaux, les développeurs de vaccins ont monopolisé la propriété intellectuelle, bloqué les transferts de technologie et limité de manière agressive les mesures qui permettraient d'étendre la fabrication dans le monde de ces vaccins », accuse Amnesty.

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L'ONG appelle entreprises et gouvernements à « changer de cap » pour fournir deux milliards de vaccins aux pays à faibles et moyens revenus.

Contactées par l'ONG avant publication du rapport, toutes ces entreprises sauf Novavax lui ont répondu et ont reconnu qu'une distribution juste et équitable, particulièrement dans les pays à faibles revenus, est essentielle, et mis en avant leurs efforts en ce sens, sans convaincre Amnesty.

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(Avec AFP)

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