Football / Ukraine / Euro 2012

Le football ukrainien vu par trois joueurs africains

Le Sénégalais Papa Gueye (g.), le Franco-Ivoirien Franck Madou (c.) et le Camerounais Eric Matoukou (d.).
Le Sénégalais Papa Gueye (g.), le Franco-Ivoirien Franck Madou (c.) et le Camerounais Eric Matoukou (d.). Genya Savilov/Getty- fannet.org -EuroFootball/Getty– ffu.org.ua

l’Euro 2012 coorganisé par Ukrainiens et Polonais." > Ils sont Africains et footballeurs professionnels en Ukraine. Le Sénégalais Papa Gueye, l’Ivoirien Franck Madou et le Camerounais Eric Matoukou racontent leur adaptation, leur quotidien, dans un pays d’Europe peu connu du grand public. Récits croisés à deux mois du coup d’envoi de l’Euro 2012 coorganisé par Ukrainiens et Polonais.

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« Ici, c’est différent de l’Europe », prévient d’emblée Franck Madou dans un beau lapsus géographique. « Ici », c’est l'Ukraine, futur coorganisateur de l’Euro 2012 de football. Ou plus précisément Louhansk, une ville de 430 000 habitants collée à la Russie. L’attaquant franco-ivoirien de 24 ans ne la connaissait pas au moment de s’engager avec le club local.

Pourtant, comme vingt-quatre autres footballeurs africains, Madou a sauté le pas et rejoint la Premier-Liga, un championnat ukrainien exotique mais qui a la cote.

Une difficile intégration…

L'Ukraine.
L'Ukraine. Latifa Mouaoued/RFI

Débarqué en 2005, Papa Gueye y fait presque figure de précurseur. Le défenseur sénégalais du Metalist Kharkiv se souvient encore de son arrivée, un jour de février : « C’était le moment où il faisait le plus froid. Il faisait moins 23 degrés ! J’ai  quitté le Sénégal où il faisait 25 à 30 degrés. Vous imaginez la différence. Ici, il y avait de la glace partout. Tout était blanc. »

Et très différent dans cet Etat de 45 millions d’habitants presque aussi grand que la France. « Quand je suis arrivé, j’ai été un peu choqué par le mode de vie », se souvient le Camerounais Eric Matoukou, aujourd’hui très satisfait de son adaptation. « Mon intégration ici n’est pas réussie », regrette en revanche Franck Madou qui n'a pas su digérer le choc culturel malgré des expériences en Suisse et à Chypre.

….et du racisme

A la décharge de Madou, la vie en Ukraine n’est pas toujours simple pour des étrangers, en particulier africains, qui sont souvent regardés, au mieux, avec indifférence. Surtout dans les villes de petite et moyenne tailles. « Les gens sont très bloqués, ils sont étonnés par la présence de Noirs », explique Eric Matoukou.

Le défenseur, prêté par le FC Dnipro Dnipropetrovsk à l’Arsenal Kiev a connu quelques mauvais moments : « Un jour, j’étais tout près de chez mois avec un ami lorsqu’il a été agressé par une bande. Ils nous criaient ‘qu’est-ce que vous faîtes là, sales noirs !’ Puis ils ont cassé une bouteille sur la tête de mon ami. »

Le Sénégalais Papa Gueye dispute la Ligue Europa avec le Metalist Kharkov.
Le Sénégalais Papa Gueye dispute la Ligue Europa avec le Metalist Kharkov. REUTERS/Jose Manuel Ribeiro

A en croire Papa Gueye, les agressions racistes visent plus les étudiants africains que les joueurs : « Quand tu es footballeur et que tu joues bien, les gens te respectent. » Mieux vaut donc être au top pour avoir les supporters dans sa poche.

Mais de gros moyens…

Si aucun des trois joueurs ne regrette d'être ici, c’est grâce aux gros moyens dont disposent les clubs phares et à un championnat de qualité. Sur leurs émoluments, les joueurs restent discrets. Mais la présence de nombreux mécènes, souvent des oligarques, assure des revenus très confortables et des budgets conséquents. « Les infrastructures de certains clubs n’ont rien à envier à celles de Lyon, par exemple », souligne Franck Madou.

Ce n’est pas un hasard si l’équipe de France va prendre ses quartiers dans le rutilant centre d’entraînement du FC Chakhtar Donetsk durant l’Euro 2012. Le Chakhtar, propriété du milliardaire Rinat Akhmetov, dispose d’un budget annuel de 72 millions d’euros et d’un stade ultramoderne de 50 000 places, la Donbass Arena.

…et un football compétitif

Les trois joueurs sont également élogieux sur le potentiel du championnat local et citent les bons résultats des clubs ukrainiens en Coupes d’Europe. Au coefficient Uefa, le classement des nations européennes, l’Ukraine est d’ailleurs passée de la 15e place en 2004-2005 à la 9e en 2011-2012.

Le Franco-Ivoirien Franck Madou.
Le Franco-Ivoirien Franck Madou. sport-express.ua

Petit bémol tout de même, les trois joueurs affirment qu’en Premier-Liga, le jeu pratiqué n’est pas toujours de toute beauté. « C’est un football très rude, très physique par rapport aux autres championnats européens, analyse Eric Matoukou. Ça joue avec beaucoup de combativité. Ils ont une rage en eux. Ils sont éduqués comme ça ». Mais les choses évoluent et les dirigeants ont trouvé une parade. « Ils recrutent pas mal de Brésiliens pour hausser le niveau technique », précise Franck Madou.

L’Ukraine manque de visibilité…

Le vrai souci se situerait en fait du côté de la corruption, explique Papa Gueye : « Le football reste dominé par les deux clubs : le Dynamo Kiev ou le Chakhtar. L’un est premier ou l’autre deuxième et vice-versa. Ce sont de très bonnes équipes mais ce n’est pas pour ça qu’elles gagnent le championnat… Avec l’organisation qu’il y a ici, on ne peut rien faire avec eux (sic). Soit ce sont les arbitres, soit c’est la Fédération. Il y a tout le temps des problèmes. »

Eric Matoukou (sous les couleurs de Genk).
Eric Matoukou (sous les couleurs de Genk). http://img.vandaag.be/

Difficile de juger ces allégations car le football ukrainien manque de visibilité à l’étranger. Ce qui n’aide pas les Africains à attirer l’attention des sélectionneurs nationaux. « Le championnat ukrainien n’est pas très médiatisé et on a des difficultés à se faire voir, à attirer l’attention de l’équipe nationale », souligne Papa Gueye.

…mais l’Euro 2012 arrive

Mais la situation devrait encore s’améliorer. L’Euro 2012 va donner un bon coup de projecteur à l’Ukraine et à son football, ce qui réjouit Eric Matoukou : « Ce championnat d’Europe va aider la population et permettre de mieux connaître le pays. » Rendez-vous est pris le 11 juin prochain à Kiev, date du premier match de la sélection ukrainienne face à celle de Suède.

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