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Témoignage

Antar Yahia: «Jouer la Coupe du monde 2010 sur notre continent a décuplé notre plaisir»

Adlène Guedioura, Rafik Halliche, Antar Yahia et Madjid Bougherra (de gauche à droite) lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.
Adlène Guedioura, Rafik Halliche, Antar Yahia et Madjid Bougherra (de gauche à droite) lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Phil Cole/Getty Images
7 mn

Antar Yahia, grâce à un but face à l’Égypte, a qualifié l’Algérie pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud, après vingt-quatre années d’absence au niveau international. Pour RFI, l'ancien joueur de l'Inter Milan se souvient de la Coupe du monde 2010, à l'occasion des dix ans de la seule édition sur le continent africain.

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RFI : Quels souvenirs gardez-vous de la Coupe du monde en Afrique du Sud ?

Antar Yahia : Pour nous, en tant qu’Algériens et Africains, c’était très important de revenir jouer sur le plan international. Et le faire sur notre continent a décuplé notre plaisir. C’est un souvenir extraordinaire. C’était ma première Coupe du monde et quand je suis arrivé, j’ai découvert à quel point tout le pays attendait cet événement. On connaît l’engouement en Afrique pour le foot. Là, je me suis rendu compte que tout le pays était préparé à ça. J’avais déjà fait un stage en Afrique en Sud. Mais à ce moment-là, j’ai découvert un pays formidable avec des gens tellement gentils. Quelle expérience ! Et en plus, le public algérien était avec nous. Au Cap, face à l’Angleterre, les tribunes étaient pleines de nos supporters. En plus, il y a toujours eu de bons rapports entre l’Afrique du Sud et l’Algérie. L’ambiance de ce Mondial m’a énormément marqué. C’était tellement festif.

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Comment avez-vous abordé ce Mondial ? Ce n’était pas des vacances ! On avait des personnalités dans l’équipe qui représentaient beaucoup pour le peuple algérien. On avait un devoir énorme. C’était une grande responsabilité.

 

Vous avez été le premier à profiter de la nouvelle loi Fifa de 2004 concernant les nationalités sportives*.  Est-ce que ce Mondial en Afrique du Sud à pousser ensuite d’autres binationaux à choisir le maillot des verts ? Vous le savez très bien, c’est un sujet délicat. Moi, je veux être fédérateur et non dans la polémique. Pour moi, les premiers contacts avaient été effectués quand j’étais à l’Inter Milan en 2000. On avait sollicité la Fifa pour que je puisse jouer avec mon pays. Oui, ça m’a ouvert la porte de la sélection et ma génération a montré que c’était possible. Mais il y avait déjà des prémices à l’époque comme Djamel Belmadi qui n’avait pas joué avec les juniors en France. Avec Karim Ziani, Nadir Belhadj, ou encore Madjid Bougherra, on voulait faire comme Samuel Eto’o ou encore Didier Drogba, défendre les couleurs de notre pays. Et on l'a fait au même titre que ces garçons là. Après, les autres nous ont emboîté le pas, et c’est tant mieux. Et j’espère que ça va continuer comme ça.

 
Le pire souvenir de 2010, c’est votre expulsion en fin de rencontre face aux États-Unis ? Je pense que si on n’avait passé le premier tour, j’aurais pu faire appel. En tant que capitaine, je viens pour séparer des joueurs et les éloigner de l’arbitre. Là, il me met un deuxième carton jaune alors que je ne lui parle pas. Mais ce n’est pas le pire souvenir. Finalement, je crois qu’il n’y en a pas. Quand tu rêves en tant que gamin de joueur un Mondial, il ne peut pas y avoir de pire souvenir. Quand tu es sur la pelouse et que tu entends ton hymne national retentir, il ne peut pas y avoir de pire souvenir. Mais par contre je crois qu’il y a eu un goût d’inachevé en étant éliminé au premier tour.

Le Mondial 2010 a-t-il marqué un tournant pour le foot algérien ? Oui forcément. On est revenu à l’échelon international et c’était un premier pas en avant. Ce niveau-là, notre pays n’aurait jamais dû le quitter. Pourtant, il a fallu vingt-quatre années avant de revenir au Mondial. En 2014 au Brésil, d’autres garçons sont venus, ils ont maintenu le cap et on fait mieux en jouant un huitième de finale face à l’Allemagne. C’est tellement dommage de ne pas avoir été au Mondial 2018 en Russie. Pour progresser au niveau international, il faut participer tout le temps au Mondial. Nous avons remporté la CAN 2019 et j’espère que nous allons nous qualifier pour le Mondial 2022 au Qatar. J’espère de tout cœur que le coach Djamel Belmadi saura nous emmener au Qatar.

 
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En 2010, vous aviez à vos côté Rafik Halliche qui jouera ensuite le huitième de finale au Brésil et sera sacré champion d’Afrique en 2019 en Égypte. Quel parcours !

Ah Rafik ! C’est notre petit frère à Madjid Bougherra et à moi ! Quand il a commencé à nos côtés, il était très à l’écoute. Il a perpétré les valeurs de solidarité et d’union de groupe que l’on avait à l’époque. Je suis tellement fier du parcours qu’il a effectué.

Selon vous, par rapport aux années 2000, le football algérien a encore pris de l’ampleur ? Oui. Il y a des garçons qui ont un sacré talent. Ils sont encore plus techniques que dans les années 2000. On l’a vu au Mondial 2014 ou à la CAN 2019. Le joueur algérien a vu sa cote évoluer et c’est très bien. Cela doit continuer comme ça.

Les Fennecs exultent après le magnifique but du défenseur Antar Yahia (d) face à l'Egypte lors des éliminatoires du Mondial 2010. .
Les Fennecs exultent après le magnifique but du défenseur Antar Yahia (d) face à l'Egypte lors des éliminatoires du Mondial 2010. . Reuters

On attend désormais une prochaine Coupe Monde sur le continent africain. Qui pourrait l’accueillir ? Il y a des candidats et des pays qui peuvent prétendre à l’organisation. Mais je ne les connais pas assez pour savoir si c’est possible pour eux. A l’instant où l’on parle, je ne peux pas m‘avancer et me prononcer. Je ne vis pas dans ces pays. Mais le football est universel et il doit revenir sur notre continent. L’Afrique a tellement donné au football à travers ses joueurs. Ce serait plus que légitime.

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Pour terminer, on vous parle encore de votre but face à l’Égypte qui a qualifié l’Algérie au Mondial 2010 ? Oui, que ce soit en Algérie ou ailleurs, les gens m’en parlent souvent. Mais au-delà de ce but, les gens se souviennent de ce que j’ai pu mettre au service de l’équipe nationale humainement. J’ai défendu les Verts bec et ongle, je n’ai jamais triché. Je crois que ce but est venu simplement couronné ma carrière internationale. C’est un peu la cerise sur le gâteau. J’étais un joueur de devoir  et j’ai toujours fait le maximum.

* En janvier 2004, une nouvelle décision de la Fifa est entrée en vigueur.  Elle permet à un binational de représenter un des deux pays dont il a la nationalité. Antar Yahia est le premier joueur à avoir bénéficié de cette nouvelle réglementation. Il a joué pour l'équipe de France des moins de 18 ans avant de représenter l'équipe d'Algérie en séniors lors des éliminatoires des Jeux olympiques de 2004.

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