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Entretien

Mehdi Mostefa: «À mon âge, ce sont les valeurs humaines qui priment»

Mehdi Mostefa lors d'une rencontre amicale face à la Roumanie avant le Mondial 2014 au Brésil.
Mehdi Mostefa lors d'une rencontre amicale face à la Roumanie avant le Mondial 2014 au Brésil. FABRICE COFFRINI / AFP
9 mn

Après la relégation de Béziers en National 2, Mehdi Mostefa, 36 ans, a décidé de rester pour aider son équipe à retrouver sa place en National. En parallèle, il commence à passer ses diplômes d’entraîneur. L’ancien international algérien, formé à Monaco, qui a participé au huitième de finale des Verts lors du Mondial 2014 au Brésil, revient pour RFI sur une longue carrière, parfois semée d’embûches.

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RFI : Pourquoi avez-vous décidé de continuer avec Béziers en National 2 la saison prochaine ? Vous auriez pu mettre un terme à votre carrière ?

Mehdi Mostefa : D’abord, j’ai trois enfants et les deux plus grands, je ne les ai pas trop vus grandir. Je veux profiter de la dernière qui a quatre ans. À mon âge, avoir la famille près de moi, c’est primordial. J’ai besoin d’eux et ils ont besoin de moi. J’avais la possibilité de signer de nouveau à Chypre (2017-2018), mais je ne voulais pas. Ensuite, j’ai la chance d’avoir un président formidable, sur qui je peux compter et qui peut compter sur moi. À mon âge, ce sont les valeurs humaines qui priment.

Mon président voulait que je reste pour essayer de faire remonter l’équipe. Son discours m’a plu. Le projet est intéressant et en parallèle, je commence mes diplômes d’entraîneur. Je vais commencer quelque chose de nouveau tout en continuant à jouer au football. Franchement, je suis très content même si c’est un niveau en-dessous de ce que j’ai connu. Je suis content de continuer à bientôt 37 ans alors que la plupart des autres joueurs ont déjà arrêté.

En quelque sorte, c’est une fin de carrière en douceur ?

Oui, mais ça va quand même demander de la rigueur ! Je sens que je peux encore jouer et j’ai envie. Le football m’a beaucoup apporté et je veux transmettre. Je vais voir si j’ai la fibre. Je suis le plus vieux du vestiaire et je vois que les jeunes sont à l’écoute. On va voir si le choix d’une carrière d’entraîneur va me convenir. En restant encore un peu de temps joueur, je m’accorde le bénéfice du doute. Je donne des conseils et je motive. Mes coéquipiers sont à l’écoute car j’ai connu le haut niveau, même si je n’étais pas un grand joueur. Mais je suis modeste et je reste à ma place et visiblement ils apprécient cela. On va voir, rien n’est acquis.

Est-ce que le football a beaucoup changé par rapport à vos débuts en 2004 ?

Il y a peut-être plus d’insouciance. Avec l’argent, les agents sont de plus en plus influents. Ils font miroiter des choses. Ça monte à la tête de certains. Le football business a pris le dessus. Heureusement, certains jeunes joueurs gardent la tête sur les épaules et avancent. Ça ne veut pas dire qu’ils n'ont pas de personnalité.

Mehdi Mostefa avec le maillot d'Ajjacio (G).
Mehdi Mostefa avec le maillot d'Ajjacio (G). AFP PHOTO / PASCAL POCHARD-CASABIANCA

En regardant en arrière, qu’est-ce qui vous rend le plus fier ?

J'ai eu une carrière moyenne. Mais je suis content de ce que j’ai fait. Je n’étais pas forcément prédestiné au football, mais j’ai énormément travaillé pour y arriver. Surtout sur le mental. Plus jeune, je me suis retrouvé dans des situations compliquées, notamment en sortant du centre de formation de Monaco. Mais je n’ai jamais lâché et c’est ce que j’essaye d’inculquer à mes enfants. Oui, cela aurait pu être mieux. Mais l’essentiel pour moi, c’est que je n’ai jamais laissé tomber et que je suis allé le plus loin possible avec mes moyens. 

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Qu’est-ce que vous gardez comme souvenir de votre carrière internationale ?

Je garde le souvenir de mon arrivée la première fois alors que j’avais déjà 27 ans (en 2010). J’étais comme un gosse ! J’avais les mains moites, je devais représenter un pays. Il y a eu des hauts et des bas. J’ai parfois été aimé, parfois critiqué. Il reste ce dernier match au Brésil face à l’Allemagne en huitièmes de finale. Il y a eu tellement d’émotions. De la fierté, et de la déception. On aurait peut-être pu passer face à l’Allemagne. Nous étions fiers d’avoir joué contre les Allemands et déçus d’avoir perdu. La sélection, c’était une belle aventure pour moi et pour ma famille.

Lors de votre première grande compétition, vous n’avez pas passé le premier tour de la CAN 2013 en Afrique du Sud avec Vahid Halilhodzic aux commandes alors que vous étiez très attendus.  L’année suivante vous êtes en huitièmes de finale de la Coupe du monde au Brésil. Avec du recul, que s'est-il passé ?

Avec Vahid Halilhodzic, c’était un travail sur plusieurs années. Si nous n’avons pas eu les résultats espérés lors de la CAN 2013, nous n’avons rien lâché. On a continué à travailler avec lui, même si ce n’était pas évident tous les jours. Il a fallu un moment pour s’adapter à sa personnalité. Après, le connaissant mieux, tout le monde a compris ses méthodes et cela a payé au Brésil. Il a réussi à créer une vraie famille en dehors des matches. Ce n’est pas des paroles en l’air !

Le onze de départ de l'Algérie face à l'Allemagne lors du huitième de finale du Mondial 2014 au Brésil.
Le onze de départ de l'Algérie face à l'Allemagne lors du huitième de finale du Mondial 2014 au Brésil. KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Que vous inspire le titre de champion d’Afrique de l’Algérie en 2019 en Égypte ?

Après 2014, il y a eu une cassure car il n’y avait plus cette stabilité que l’Algérie a connu avec Vahid Halilhodzic. La transition a été compliquée. Belmadi a fait à nouveau ce travail. On l’a vu à la dernière CAN. C’était magnifique. Jouer pour l’Algérie, c’est très spécial. On joue avec les tripes. Belmadi a transcendé son groupe. Souvent on entend dire d’un entraîneur : « J’aime mes joueurs ». C’est magnifique d’aimer ses joueurs. Mais ça ne suffit pas. Le plus dur, c’est d’être aimé par ses joueurs. Un entraîneur aimé par ses joueurs peut aller partout. Quand il y a un moment de doute, que l’on se retourne et que l’on regarde le coach, on a envie de se battre pour lui. Djamel Belmadi a réussi à le faire comme Vahid Halilhodzic. Il a trouvé le juste milieu entre être proche de ses joueurs et savoir apporter de la rigueur. Il a réussi ce mélange. Je pense que c'est parce qu'il a été lui même un bon joueur et qu'il est capable de se projeter.

Cela a été une grosse déception pour vous de ne pas continuer votre carrière internationale après le Mondial 2014 ? Christian Gourcuff qui a succédé à Vahid Halilhodzic ne vous a jamais appelé.

J’aurais voulu continuer encore un peu avec ma génération. Ça m’a fait mal. J’étais un des seuls de ce groupe à ne plus avoir été appelé. Est-ce que c’était parce que j’avais signé à Lorient et que cela s’était mal passé entre Gourcuff et Lorient ? Je ne sais pas... On m’avait pourtant appelé durant l’été et me disant « on compte sur toi ». Je ne saurai jamais, mais je ne veux pas vivre avec des regrets. J’ai terminé ma carrière internationale par un huitième de final face à l’Allemagne en Coupe du monde. Je veux retenir ça. Mais c’était dur de quitter cette famille, c’était décevant.

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Quel souvenir gardez-vous de vos années en Ligue 1 ?

J’ai souvent connu des clubs qui jouaient plus le maintien que les premiers rôles. Je me souviens de cette rencontre en 2012 avec Ajaccio lors de la dernière journée face à Toulouse. Il fallait gagner le match pour rester dans l’élite et on l’a fait (2-0). Toulouse avait une grosse équipe. À l’époque, on était face à Capoue et d’autres très bons joueurs (Serge Aurier, Wissam Ben Yedder, Aymen Abdennour, ndlr) ! On a fêté ça dans les vestiaires. Avec Ajaccio, il y avait un côté très humain auquel je suis attaché. Ce jour-là, c’était toute une famille qui se maintenait !

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