CHAN 2020: au Cameroun, le long chemin vers la reconversion des anciens Lions Indomptables

De gauche à droite : François Oman-Biyik, Stephen Tataw et Roger Milla, trois Indomptables à l'après carrière bien différente.
De gauche à droite : François Oman-Biyik, Stephen Tataw et Roger Milla, trois Indomptables à l'après carrière bien différente. Georges Gobert/AFP
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Au Cameroun, la reconversion des anciennes gloires du football est loin d’être un long fleuve tranquille. Grâces au Collectif des anciens Lions indomptables, les ex-héros de la nation peuvent trouver une aide et les moyens d’une reconversion.

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De notre envoyé spécial à Yaoundé,

L’attente fut longue et aura duré 30 ans. Trente ans après leur glorieux parcours, jusqu’en quarts de finale, à la Coupe du monde italienne de 1990, les Lions indomptables ont reçu les clés des maisons que leur avait octroyées le président Paul Biya. Une récompense pour service rendu à la nation derrière laquelle il a fallu courir alors que le décret présidentiel était signé depuis belle lurette.

« Cest une grande victoire pour nous, estime Bertin Ebwellé, président du Collectif des anciens Lions indomptables. Cela prouve que nous existons et que les autorités nous écoutent ». L’ancien Indomptable, qui a été de l’aventure italienne, dirige l’association créée en 2011 avec comme objectif : « la solidarité, le suivi médical et surtout  l’aide à la reconversion des anciens internationaux. »

Au Cameroun, mais également dans beaucoup de pays africains, la retraite des internationaux et/footballeurs professionnels, déjà une petite mort, devient une traversée du désert pour beaucoup. Ils sont nombreux à se prendre de plein fouet les réalités d’une après-carrière pas ou peu préparé. « Le problème de beaucoup d’Africains, c’est de ne pas être conscient que l’après carrière se prépare pendant qu’on est en activité. Certains qui ne l’ont pas fait se retrouvent du jour au lendemain à sentir que le mode de vie a changé, le niveau de vie a changé », témoigne, Bill Tchato ancien international, aujourd’hui coordonnateur des équipes nationales du Cameroun. « Moi, j’ai eu la chance d’avoir un bon entourage. Quand vous avez des personnes qui sont là que pour profiter de vous, vous le payez cher à la fin. J’étais un joueur moyen, avec une carrière honorable et j’ai su qu’il fallait réduire mon train de vie bien avant la fin ma carrière et investir pour être à l’aise aujourd’hui. »

Administration, management, entreprenariat

Certains footballeurs ont ainsi fini dans la misère n’ayant pu se réinventer. Les maisons du président Biya sont donc venues un peu tard pour deux Indomptables de 1990, décédés et dont la fin de vie n’était pas des plus heureuses. « C’est dommage, mais au moins aujourd’hui leurs familles profitent de ces maisons », confie Bertin Ebwellé.

Le Collectif des anciens Lions indomptables compte 98 membres aujourd’hui et initie des formations dans beaucoup de domaines pour « recycler », les anciens. « Cela va de l’administration au management du sport en passant par des formations dans l’entreprenariat pour se mettre à son propre compte », informe Ebwellé.

Sous la « pression » du Collectif, le sort des anciennes gloires commence à être pris en compte par les autorités camerounaises. Le ministre des Sports Narcisse Mouellé estime que l’État est conscient de son rôle vis-à-vis des anciennes gloires. « La nation camerounaise tient à honorer ceux qui ont honoré la République. Le Cameroun est attentif à l’évolution et au sort des anciennes gloires sportives. Ils sont souvent consultés ou associés à certains groupes de travail », informe le ministre des Sports. Pour preuve, il cite : « Roger Milla a été nommé ambassadeur itinérant. Rigobert Song entraîneur des U23, Oman-Biyik entraîneur-adjoint  de l’équipe A ou encore, Bill Tchato, coordonnateur des équipes nationales. »

Sensibiliser les jeunes

À la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), la réflexion est aussi de mise sur le sort des anciens Lions indomptables.  « C’est un problème qui n’est pas propre au Cameroun et c’est un problème sérieux sur lequel nous travaillons pour essayer d’abord de les avoir autour d’une même et seule entité, confie Seidou Mbombo Njoya, président de la Fecafoot. On réfléchit même avec mes autres collègues des autres fédérations pour voir comment même au niveau de la CAF - qui a déjà commencé à travailler avec des anciens joueurs -  on peut impliquer davantage nos anciennes gloires. Et pas seulement ceux qui sont connus. Il faut penser à leur reconversion parce que ce sont de vrais acteurs du foot qui ont beaucoup donné pour la nation et pour l’Afrique ».

En attendant, Bertin Ebwellé s’est donné également comme objectif de sensibiliser les jeunes joueurs sur la nécessité de préparer l’après-carrière. « J’ai une académie de football, d’où est sorti Oyango Bitolo qui joue à Montpellier (Ligue 1). C’est important de leur apprendre comment gérer leur carrière mais surtout, leur retraite ».

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