Reportage

À Douala, le CHAN 2020 ne dope pas les affaires de tout le monde

Une avenue commerçante animée à Douala.
Une avenue commerçante animée à Douala. © Pierre René-Worns/RFI
5 mn

Dans la capitale économique du Cameroun, à Douala, les bars, hôtels et petits commerces apprécient diversement l’apport de la compétition dans leurs activités. Tous espèrent un regain économique dans un an avec la CAN, tournoi de plus grande envergure.

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De notre envoyé spécial à Douala,

Derrière sa petite table posée aux abords du Stade de la Réunification de Douala, Louise attend les clients. Biscuits, paquets de mouchoirs à jeter, arachides, dosettes de café soluble composent son étal. Derrière, des cagettes de bière des Brasseries du Cameroun. Dans quelques minutes va démarrer le match Maroc-Togo et les rares spectateurs n’ont pas l’air de s’intéresser à la table de Louise. « Je ne vois personne, le CHAN-là, ce n’est rien, pas de clients, se désole la jeune femme. En plus, les policiers m’ont changé d’emplacement. J’étais juste à l’entrée, maintenant, ils m’ont isolé et les supporters ne me voient même pas ».

« Quand le ballon roule, il y a toujours du monde »

Non loin du stade, sur une avenue dans le quartier populaire de Bepanda, le bar la Lionne. Sur les murs, des affiches vantant les matches du CHAN 2020. L’affluence est pourtant très clairsemée au moment où se joue Maroc-Togo. « Il n’y a pas grand monde parce que les Lions ne jouent pas, explique le gérant, papa Guy. C’était plein à craquer, le jour du match d’ouverture. Les affaires ont bien marché ce jour-là. J’attends la CAN avec impatience ». Son voisin, Serge a une autre explication de l’absence de supporters/consommateurs. « C’est un lundi. Quand les Camerounais passent le samedi à manger, à boire, c’est normal, qu’il n’y pas grand monde les lundis. Pour l’instant, je ne ressens pas le CHAN dans mes affaires. Peut-être si le Cameroun vient jouer à Douala ».

Un petit commerce aux abords du stade de la Renaissance de Douala.
Un petit commerce aux abords du stade de la Renaissance de Douala. © Pierre René-Worns/RFI

Au carrefour très fréquenté de Bonamoussadi, l’effet CHAN est bien plus ressenti. Antoine, gérant du Dekeré, un bar restaurant, est sans équivoque. « Ah oui ! Je vois la différence depuis le début du CHAN. Il y a plus de monde dans le restaurant. Je ne suis pas très foot, c’est pour cela je ne suis pas au courant de matches, mais les gens passent dans la rue, voient le match à la télé, s’arrêtent et entrent pour consommer et regarder la rencontre. » « Quand le ballon roule, il y a toujours du monde pour regarder au Cameroun », confirme un client.

Antoine a noté la date du prochain match des Lions et compte l’afficher devant son commerce. « Je pense que cette compétition peut être une bonne chose pour nous et les affaires. Cela promet donc l’année prochaine avec la CAN. »

La CAN qui va nous coûter des milliards

Son client Jean-Claude est un fervent de football, mais ne voit pas la pertinence d’organiser la CAN au Cameroun. « On nous dit que c’est une fête, mais les populations vont souffrir. Regardez, le carrefour a été barré juste pour un match qui n’intéresse personne. Il fait chaud et les embouteillages sont mortels, on fait souffrir les gens pour rien. » L’homme, qui n’est sans doute pas à sa première bière de la journée, enchaîne avec des mots très lucides: « Au Cameroun, il y a deux sortes de personnes, les réfléchis et les émotifs. Ces derniers, on les tient avec le foot. Mais le foot n’a jamais développé un pays. Aujourd’hui, il y a la crise anglophone, il y a Boko Haram et on organise une CAN qui va nous coûter des milliards. Vous croyez que c’est sérieux ça ? »

Pourtant, la CAN au Cameroun est très attendue pour les affaires après une année très perturbée par la crise du Covid-19. Plus que les commerces de quartier, l’industrie hôtelière a vu son activité prendre un sacré coup.

A l’hôtel Bano Palace dans le quartier Bonanjo, la crise a été bien ressentie. « Le moment le plus compliqué, c’est au mois d’avril avec le confinement, révèle le directeur de l’établissement, Eric Marot. C’était compliqué financièrement et socialement parce qu’on ne pouvait pas garder tout le personnel »

Depuis le mois d’octobre, l’activité a repris de façon progressive. « On arrive à avoir entre 45 et 50% de remplissage sur une capacité de 80 chambres », informe M. Marot. Et le CHAN dans tout ça ? La compétition n’a pas provoqué « une révolution » pour l’hôtel qui a eu la « certification » CAF pour figurer dans sa liste des établissements à recommander. « A part une dizaine de journalistes, on n’a pas de clients en rapport avec le CHAN. Ce n’est donc pas une compétition qui fait nos affaires. Il y a d’autres hôtels qui hébergent des équipes, ceux-là sont mieux lotis je crois. On peut espérer peut être que la CAN soit mieux ».

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