Chiamaka Nnadozie, la main ferme du Nigeria

Chiamaka Nnadozie lors du Mondial U20 en France à Saint-Malo, le 9 août 2018.
Chiamaka Nnadozie lors du Mondial U20 en France à Saint-Malo, le 9 août 2018. AFP - CHARLY TRIBALLEAU
Texte par : Martin Guez
6 mn

À seulement 20 ans, Chiamaka Nnadozie s’affirme comme l’une des meilleures gardiennes du championnat de France. Le rempart du Paris FC, véritable découverte de la Coupe du monde 2019 sur le sol français, a réussi à s’imposer loin de ses terres. Grâce à son talent, et à son caractère attachant.

Publicité

« Go Chiamaka ! Come on Chiamaka ! ». Dans le vétuste stade Robert Bobin de Bondoufle en banlieue parisienne, théâtre lunaire d’un choc entre le Paris FC et l’Olympique lyonnais, la jeune Chiamaka Nnadozie est en feu. La trentaine de spectateurs, majoritairement des jeunes du club, ne s’y trompent pas et donnent de la voix.

Pendant 15 minutes en seconde période, la gardienne nigériane est imbattable. Face-à-face, réflexe sur la ligne, sortie aux pieds… Toute la panoplie du parfait rempart est là. Malgré le score final très lourd (5-0 pour Lyon), la joueuse de 20 ans impressionne son monde, du haut de son mètre quatre-vingts, à commencer par son entraîneure Sandrine Soubeyrand. « À son âge, c’est tout simplement l’une des meilleures au monde. Même si elle doit encore progresser », dit-elle d’une voix enthousiasmante.

« On m’a mise dans les cages. Et j’ai adoré ! »

Un avis partagé par ses adversaires d’un soir, comme la Lyonnaise Amel Majri, pas insensible aux prouesses de la Nigériane : « On s’est dit en rentrant aux vestiaires qu’elle était impressionnante ! Elle me disait quelque chose… Bravo à elle pour tous ces arrêts ! ».

Un air de déjà-vu, car les deux joueuses se sont déjà croisées lors de la Coupe du monde 2019 en France. Majri et les Françaises avaient longtemps buté sur le Nigeria et leur infranchissable rempart, une certaine Chiamaka Nnadozie, qui avait fini par s’incliner sur un pénalty controversé. Une défaite 1-0 avec les honneurs, mais la gardienne se révèle alors dans la galaxie du foot mondial.

Derrière, tout s’enchaîne pour la jeune joueuse de 19 ans : le titre de meilleure gardienne d’Afrique, et ce transfert au Paris Football Club en janvier 2020. Elle quitte alors les Rivers Angels, où elle jouait depuis ses 16 ans. D'Orlu, dans le sud du Nigeria où elle est née, à Orly, dans le sud de Paris, où elle vit désormais, il n'y a qu'une lettre de différence. Mais tout de même 6 000 kilomètres entre les deux endroits. Et surtout, un sacré chemin parcouru. « J’ai grandi dans une famille de garçons, raconte la jeune femme. On jouait au foot dans la rue, ils m’ont toujours encouragée. Ensuite, à 12 ans, j’ai rejoint une académie de mon pays. Je n’étais pas très forte en joueuse de champs, alors on m’a mise dans les cages. Et j’ai adoré ! ». Le résultat de son enthousiasme est là.  

« Oh mon Dieu, mais c’est ma fille ? »

Tout va très vite ensuite pour cette surdouée. Les compétitions internationales avec le Nigeria s’enchaînent, comme la Coupe du monde des moins de 17 ans (déjà en France) et ensuite la Coupe du monde des grandes en 2019. Pourtant, la voie n’était pas toute tracée pour Chiamaka Nnadozie. « Au pays, on a beaucoup de joueuses talentueuses, qui ont faim de football. Mais en Afrique, trop souvent, on ne croit pas que les filles peuvent réussir », regrette-t-elle. Et d’expliquer : « Quand j’ai commencé, mon père m’a dit "non les filles ne jouent pas au foot !". Mais quand il m’a vue jouer la Coupe du monde à la télé, il s’est écrié "oh mon Dieu, mais c’est ma fille !" ».

À son arrivée à Paris, elle n’est que numéro 3 dans la hiérarchie des gardiennes. Puis vient le confinement, lors duquel la joueuse fait preuve d’un caractère qui impressionne la coach. « Elle venait d’arriver, de quitter l’Afrique pour l’Europe, ne maîtrisait ni la langue ni la culture… Et là vient le confinement, qui est quelque chose de très difficile. Elle n’est pas rentrée au Nigeria depuis février. Et pourtant, elle ne s’est jamais plainte, elle a toujours bossé », explique Sandrine Soubeyrand. Et d’ajouter : « C’était un signe fort de la récompenser et de la titulariser. Pour ses qualités de footballeuses, mais aussi humaines. Personnellement je ne connais pas beaucoup de joueuses avec une telle mentalité. C’était elle qui prenait de nos nouvelles ! Je peux vous garantir que ce n’est pas courant… C’est vraiment une fille sympa et attachante. »

Maîtriser la langue de Molière

La gardienne touche son entraîneure, et s’intègre bien parmi ses nouvelles coéquipières. Sa bonne humeur et son sourire font d’elle l’une des mascottes du vestiaire. Du baume au cœur pour oublier l’éloignement avec le Nigeria, car la CAN féminine prévue en 2020 a été annulée et les matches avec l’équipe nationale se font rares. « Jouer chez moi me manque beaucoup, je n’en peux plus d’attendre d’y retourner, regrette Chiamaka Nnadozie. Je reste en contact avec Desire Oparanozie, qui joue à Dijon, ou avec Asisat Oshoala. J’essaye de garder ce lien ».

Avant d’espérer revoir le Nigeria, elle se concentre exclusivement sur son club. Avec un objectif majeur : apprendre le français, comme l’espère sa coach Sandrine Soubeyrand. « Elle comprend très bien ! Même si parfois elle ne comprend que ce qu’elle a envie… Maintenant elle est capable de commander la défense en français, et ça c’est top ! ».

« J’ai ! », « à droite » ou « dans ton dos » sont les termes les plus maîtrisés par Chiamaka Nnadozie. Pour le reste, le PFC fait suivre à la gardienne deux cours intensifs de français par semaine. Chiamaka… Il n’y a plus qu’à !

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail