Entretien

Reynald Pedros: «Que le Maroc rivalise avec les meilleures équipes africaines»

Reynald Pedros, lors de sa présentation à la presse, à côté du président de la Fédération marocaine, Fouzi Lekjaa.
Reynald Pedros, lors de sa présentation à la presse, à côté du président de la Fédération marocaine, Fouzi Lekjaa. © FRMF
8 mn

Reynald Pedros est le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale féminine du Maroc. Le Français, qui a notamment dirigé l’Olympique lyonnais, l’un des meilleurs clubs au monde, explique ce nouveau choix de carrière. L’ancien milieu de terrain du FC Nantes et de l’équipe de France affiche également ses ambitions avec les Lionnes de l’Atlas : briller à la prochaine Coupe d'Afrique des nations (CAN 2022) à domicile et se qualifier ainsi pour la Coupe du monde 2023. Entretien.

Publicité

RFI : Reynald Pedros, comment se déroule votre adaptation au Maroc ?

Reynald Pedros : Bien ! Je suis au Maroc avec mon adjoint depuis le mois de décembre. On travaille bien sûr en vue de la CAN 2022. Il y a pas mal de choses à mettre en place. On a mis en place un staff pour l’équipe nationale féminine A, mais aussi celui pour les moins de 20 ans et celui pour les moins de 17 ans.

Le staff définitif a été constitué la semaine dernière [1]. Et on est désormais en train de se projeter sur le stage de février, afin de rentrer dans le vif du sujet avec les joueuses binationales et locales, pour pouvoir commencer ainsi à bien bosser.

Pourquoi avez-vous choisi le Maroc ?

En discutant avec le président de la Fédération [Fouzi Lekjaa, Ndlr], j'ai senti qu'il voulait vraiment que je vienne. Et puis le challenge sportif est très intéressant. On a un football féminin au Maroc qui est appelé à évoluer parce qu’il est tout juste professionnel. Mais le président a cette très grosse ambition : professionnaliser le football féminin. On le voit aussi à travers le fait d’organiser la prochaine CAN.

[…] Il y aussi le fait que ce soit une équipe nationale. Jusqu’ici, je n’avais entraîné que dans des clubs. Et puis, le Maroc est un pays où on parle français et où j’étais déjà allé. Bref, tout ça a fait que le challenge est super intéressant, pour moi. C’est pour tout cela que je me suis lancé.

Comprenez-vous que ce choix d’entraîner le Maroc, qui ne figure pas parmi les meilleures nations d’Afrique en football au féminin, puisse étonner ? Car, vous entraîniez auparavant l’Olympique lyonnais, qui est parfois considéré comme le meilleur club féminin au monde.

Ça peut être surprenant pour les gens qui ne me connaissent pas. Je n’ai pas de plan de carrière. Je ne me dis pas que, parce que j’ai entraîné Lyon, je ne veux que des équipes du même niveau. Ce serait déjà très compliqué si je raisonnais comme cela.

J’ai eu une superbe expérience à Lyon, avec beaucoup de titres à la clé, des joueuses fantastiques. Et, maintenant, ce que j’ai fait à Lyon, j’ai envie de le refaire à une échelle un petit peu moins importante. Parce que c’est vrai que je ne vais pas entraîner les mêmes joueuses. Mais, ici, au Maroc, on peut se considérer comme des privilégiés, d’avoir un travail comme celui-ci, à l’étranger, dans un domaine qui nous plaît et avec des ambitions.

En plus, on arrive avec une page blanche. Il faut bâtir. C’est hyper intéressant !

Alors, oui, je peux comprendre que certaines personnes soient surprises par rapport à mon parcours. Mais, moi, c’est ma façon de vivre, ma façon d’être. Je fonctionne beaucoup au feeling avec les personnes que j’ai en face de moi. Et c’est pour cela que je suis ici, aujourd’hui.

Au moment de négocier votre contrat, vous deviez savoir que le Maroc comptait organiser la prochaine Coupe d’Afrique des nations féminine (CAN 2022), qui sera qualificative pour la Coupe du monde 2023.

Non, je ne le savais pas ! (Rires) Quand j’ai signé, il était question de disputer les qualifications pour la CAN 2022. Je n’étais pas au courant du fait qu’on allait poser notre candidature pour l’organiser. C’est seulement au mois de décembre qu’on m’en a informé.

C’est forcément une bonne surprise pour vous, puisque le Maroc est automatiquement qualifié pour la CAN 2022 et que les demi-finalistes de ce tournoi à 12 équipes iront au Mondial 2023 prévu en Australie et en Nouvelle-Zélande. Vous allez donc pouvoir préparer sereinement cette Coupe d’Afrique à domicile.

C’est une très belle opportunité. Être qualifié ou devoir se qualifier, dans le cheminent de notre travail, c’est forcément différent. Et puis, c’est important pour les binationales. Quand on va travailler avec elles, tenter de convaincre les meilleures de nous rejoindre, on aura cet argument à faire valoir. Dans leur réflexion, la CAN sera importante.

En tout cas, c’est un beau cadeau que nous fait la Fédération. Et puis, ça offre une superbe visibilité au foot marocain, que cette CAN 2022 ait lieu ici.

Allez-vous mettre l’accent sur le fait d’attirer des joueuses nées en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, par exemple ? Ou allez-vous au contraire vous appuyer essentiellement sur des joueuses locales ?

C’est important de s’appuyer sur tout le monde. Aujourd’hui, il y a un noyau dur de joueuses locales. Elles sont importantes. Mais je pense que c’est important aussi de renforcer la sélection avec des joueuses qui évoluent à l’étranger. L’objectif est évidemment que ces joueuses évoluant à l’étranger apportent un plus à la sélection, et pas qu’elles soient en équipe nationale parce qu’elles jouent à l’étranger. Elles devront apporter un plus par rapport aux joueuses locales.

Notre objectif est tout simplement de former un noyau dur de joueuses marocaines, qu’elles évoluent au Maroc ou à l’étranger. Le but est qu’on commence à travailler ensemble pour qu’on puisse gagner cette CAN 2022. Aujourd’hui, je n’exclus personne. Il y a de la qualité au Maroc et aussi chez les joueuses qui évoluent à l’étranger. […]

Quelles ont été vos impressions concernant le niveau des joueuses locales ?

Le Championnat du Maroc peut ressembler d’une certaine manière au Championnat de France, parce qu’il y a un club qui domine ce Championnat [l'AS FAR, Ndlr] et que les joueuses de ce club sont quasiment toutes en équipe nationale. Ça me fait penser un peu à Lyon, en France, même s’il y a désormais le PSG qui gagne un peu de terrain et qui est à la lutte.

Au Maroc, il y a une équipe dominante et, derrière, des clubs qui font leur championnat. Je trouve que le niveau des joueuses locales est plutôt bon. On les a eues en stage en janvier. Ce sont des joueuses très techniques, qui aiment avoir le ballon. J’ai été agréablement surpris. Après, on va travailler sur des axes bien précis. Pour cela, il faut qu’on les ait régulièrement en stage, pour voir comment elles se comportent. On va aussi assister aux matches du Championnat pour voir comment elles se comportent en club.

En plus de cela, on prendra les meilleures binationales pour former un groupe compétitif.

Le Maroc vous paraît-il encore loin des meilleures nations africaines, comme le Nigeria, le Cameroun ou l’Afrique du Sud, qui ont disputé le Mondial 2019 ?

Je n’ai pas de repères particuliers par rapport à ces équipes-là, parce que je ne les ai pas beaucoup vues jouer. […] Mais c’est à nous de rattraper le retard qu’on a. L’objectif est justement de rivaliser avec ces équipes-là, voire de les dépasser, de se qualifier régulièrement pour la CAN, d’être régulièrement dans le dernier carré de la Coupe d’Afrique, disputer régulièrement la Coupe du monde. C’est là où on en veut emmener l’équipe marocaine.

[1] Entretien réalisé le 2 février 2021.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail