Justice Internationale

Naomi Campbell à la barre du Tribunal pour la Sierra Léone

La top model Naomi Campbell
La top model Naomi Campbell AFP/ Miguel Medina

Le top model Naomi Campbell doit comparaître, jeudi 5 août 2010, à la barre des témoins du Tribunal spécial pour la Sierra Léone (TSSL) à La Haye aux Pays-Bas. La star britannique doit déposer au sujet de diamants que lui aurait offert l’ancien président du Libéria, Charles Taylor, en procès pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

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Depuis plus d’un an, le procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Léone (TSSL) tente d’obtenir le témoignage de Naomi Campbell. La top model s’y est longtemps opposée. Après un refus pur et simple de s’entretenir avec le substitut du procureur Nicholas Koumjian, elle avait finalement déclaré qu’elle craignait les effets d’une telle déposition pour sa « sécurité » et celle de sa « famille », puis ne pas vouloir « être impliquée dans cette affaire ».

Au terme d’une longue procédure, les juges décidaient, le 30 juin 2010, de la citer à comparaître. Un nouveau refus lui aurait valu des poursuites pour « outrage à la Cour ». A la demande de ses avocats, chargés de veiller notamment sur son image, les juges ont interdits toute photo lors de son audition au tribunal.

Le « cadeau » empoisonné du chef de guerre au top model

Depuis le début du procès, le procureur a présenté 91 témoins à la barre pour démontrer que chef de guerre libérien, Charles Taylor, s’est allié aux rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) durant la guerre civile en Sierra Léone (1991-2002), pour piller les richesses diamantifères du pays.

Pour le procureur, l’ex-président du Libéria récupérait les précieux diamants auprès des rebelles, qu’il échangeait contre armes et munitions. Mais depuis le début du procès, Charles Taylor nie avoir touché l’un de ces diamants. Or selon le procureur, il aurait offert à Naomi Campbell un diamant brut, suite à une réception organisée en septembre 2007 à la résidence de Nelson Mandela, en Afrique du Sud.

Les dépositions de Mia Farrow et Carole White

C’est un « informateur », dont le nom reste confidentiel, qui avait alerté le procureur. Ce dernier avait d’abord tenté de joindre la star britannique, mais ses appels téléphoniques et ses courriers électroniques restés sans réponses, il avait alors contacté Mia Farrow.

L’actrice américaine, présente aussi lors du dîner, avait accepté de coopérer et raconté que Naomi Campbell lui aurait confié, au petit-déjeuner, que « des hommes de Taylor se sont présentés à la porte de sa chambre » au milieu de la nuit, pour lui offrir en son nom un diamant brut.

Le 26 avril 2010, l’avocat de Carole White, l’ex-agent de Naomi Campbell, téléphone de sa propre initiative au procureur. Présente elle aussi lors de la réception, elle affirme avoir « personnellement entendu Monsieur Taylor dire qu’il voulait offrir un diamant à Naomi Campbell », et avoir « personnellement » assisté à la scène nocturne.

Les trois femmes viendront donc déposer à La Haye. Mais c’est bien sur la déposition de Naomi Campbell qui est la plus attendue. La star va-t-elle nier ? Offrir une autre version de l’histoire ?

Des armes livrées aux rebelles

Pour le procureur, son témoignage pourrait permettre de démontrer que Charles Taylor disposait bien de diamants et décrédibiliser l’ex chef d’Etat, qui a témoigné pour sa défense durant plus de cinq mois. Un témoignage d’autant plus intéressant pour le procureur, que la star britannique n’est pas liée aux conflits libérien et sierra-léonais. Enfin, il pourrait consolider les preuves déjà présentées aux trois juges, au sujet de l’une des livraisons d’armes aux rebelles du RUF.

Car en septembre 2007, l’escale sud africaine de Charles Taylor n’est que l’une des ultimes étapes d’un voyage qui l’a conduit en Libye, au Burkina Faso et au Nigéria. Or peu après son retour à Monrovia, début octobre, un chargement d’armes avait été livré aux rebelles, à Magburaka, en Sierra Léone.

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