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Afrique/Energie

L'Afrique sous équipée en électricité

Février 2010. Les commerçants du marché d'Adjamé à Abidjan pâtissent des délestages opérés par la Compagnie ivoirienne d'électricité.
Février 2010. Les commerçants du marché d'Adjamé à Abidjan pâtissent des délestages opérés par la Compagnie ivoirienne d'électricité. AFP / I. Sanogo
Texte par : David Baché
6 mn

En Afrique, l'accès à l'électricité est un problème majeur qui freine considérablement son développement. Elle est le continent le moins électrifié du monde : l'Afrique représente 15% de la population mondiale, pour seulement 3% de la consommation électrique.

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Le Mozambique s'est vu attribuer hier 35 millions de dollars par la Corée du Sud, un prêt destiné à la construction de trois centrales solaires. Ces infrastructures permettront au pays de renforcer ses capacités électriques, alors que seulement 2% des zones rurales et 22% des zones urbaines du pays sont électrifiées.
Car pour poursuivre son développement, l'Afrique doit résoudre un problème majeur : l'accès à l'électricité. Avec 15% de la population mondiale, l'Afrique ne représente que 3% de la consommation électrique de la planète. Un chiffre très frappant, mais à nuancer selon les régions : l'Afrique du Nord est électrifiée à plus de 90%, et l'Afrique du Sud, à elle seule, représente près de la moitié de l'électricité produite sur le continent. C'est donc bien sûr l'Afrique sub-saharienne, hors Afrique du Sud, qui est la plus en retard : 48 pays, 10% de la population mondiale, et des installations électriques équivalentes à celle de la Pologne.

La « Société de la nuit éternelle »

Premier problème, en conséquence : celui des coupures électriques intempestives. Le Sénégal en a fait les frais ces dernières semaines, mais de nombreux pays d'Afrique en sont sujets. Les Guinéens avaient même rebaptisé leur société nationale d'électricité, la SNE à l'époque, Société de la nuit éternelle... Si toutes ces coupures sont gênantes, elles sont surtout significatives de l'état de délabrement des sociétés nationales d'électricité africaines. « Ces sociétés manquent de gouvernance, affirme Marc Raffinot, économiste et spécialiste de l'électricité en Afrique. Je parle de corruption ! Non seulement dans les sociétés d'électricité, mais aussi dans les ministères de l'Energie. C'est pour cela que personne n'a jamais voulu essayer d'améliorer la gestion de ces entreprises. » Verdict de Marc Raffinot : il faut « une meilleure gouvernance, pour le dire pudiquement, et un meilleur cadre institutionnel pour renforcer le secteur ».

Une meilleur cadre institutionnel et juridique, une meilleure planification des politiques publiques en la matière, afin de susciter l'intérêt des investisseurs potentiels... mais pas seulement. C'est que les investisseurs en question, par définition, veulent surtout de la rentabilité. Or, les pays Africains représentent pour la plupart des marchés limités, soit parce que les pays sont petits, soit parce que leur population est réduite.
Christine Heuraux est chargée de l'accès à l'énergie chez EDF, et l'auteur du livre L’Electricité au cœur des défis africains. « L'intérêt pour un continent comme l'Afrique, qui a de nombreuses ressources énergétiques, analyse-t-elle, c'est de mutualiser pour attirer l'investisseur. Par exemple pour faire un barrage : comme toute l'électricité produite ne pourra pas être consommée localement, faute de marché, l'intérêt c'est de pouvoir l'exporter vers d'autres pays voisins. »
Mettre en commun, régionalement, la production et la distribution de l'électricité, c'est justement le but des huit pays de l'Union économique et monétaire d'Afrique de l'Ouest, qui viennent de décider de mettre en place une politique commune d'investissements d'ici 2020.

Electrification rurale inférieure à 5% dans 17 pays

Mais la mutualisation des réseaux et l'arrivée de grands groupes permettraient-elles d'atteindre les populations rurales les plus reculées ? L'électrification des campagnes est en effet plus difficile, puisqu'il s'agit de populations dispersées et éloignées des centres économiques. Les relier au réseau électrique est donc encore plus compliqué, encore plus coûteux, de sorte que le taux d'électrification rural est inférieur à 5% dans 17 pays d'Afrique sub-saharienne. Plusieurs pistes sont cependant envisageables. Le Maroc a mis en œuvre un plan d'électrification rurale fondé sur l'énergie solaire, en dotant les petits villages de panneaux photovoltaïques. L'énergie solaire, cela semble évident, mais aussi l'énergie hydraulique représentent ainsi des opportunités importantes pour nombre de pays africains.

Autre exemple, celui du Botswana. La société nationale d'électricité du pays met actuellement en place un nouveau type de système, une nouvelle forme d'organisation, afin d'atteindre les endroits les plus reculés. « Il s'agit de découper le pays en un certain nombre de zones qui seront attribuées à des franchisés, explique Christine Heuraux. Localement, sur des petits territoires bien délimités, ce sont ces franchisés qui apporteront l'électrification, sous forme de panneaux solaires ou encore de bouteilles de gaz, et en répondant au cas par cas aux besoins des populations locales. »

Les entreprises, qui attendent un retour sur investissement ne sont pas seules à s'occuper d'électrification en Afrique. Mais les organisations non gouvernementales présentes ne peuvent pourtant pas non plus faire l'économie de certains impératifs financiers. « On ne cherche pas la rentabilité, explique Anne-Cécile Mailfert, déléguée générale de l'ONG Blue Energy, qui s'occupe justement d'électrification dans les pays en développement, et particulièrement dans les petits villages très isolés. Par contre, il faut que la maintenance puisse être financée par les populations. Et pour cela, il est nécessaire de construire tout un projet de développement, afin de permettre de générer des revenus grâce à l'électricité et donc de payer la maintenance. Il faut notamment travailler avec d'autres organisations, former les acteurs locaux et nationaux... Tout cela a un coût très important, mais c'est indispensable pour la pérennité du projet.»
Qu'il s'agisse de projets décentralisés pour l'électrification rurale ou de projets régionaux à plus grande échelle, le problème est donc toujours le même : l'argent. La Banque mondiale estime que pour répondre aux besoins électriques de l'Afrique, il faudrait investir 40 milliards de dollars chaque année pendant 20 ans. On n'en est actuellement qu'à 11 milliards, quatre fois moins.
 

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