Côte d'ivoire/Reportage

Côte d'Ivoire : les trois favoris passent à l'attaque

Le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo (g), l'ancien président et numéro un du PDCI, Henri Konan-Bédié (c) et le leader du RDR, Alassane Ouattara.
Le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo (g), l'ancien président et numéro un du PDCI, Henri Konan-Bédié (c) et le leader du RDR, Alassane Ouattara. RFI/Norbert Navarro - AFP/Kambou Sia

En Côte d'Ivoire, c'est la dernière ligne droite avant le premier tour de l'élection présidentielle de dimanche. Cette fois, tous les acteurs de la transition semblent mettre leur énergie au service de la tenue pacifique de l'élection. Les candidats sont donc en campagne et multiplient les meetings pour tenter de convaincre les derniers indécis.

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Tout est gâté, la montée du tribalisme a mis à mal l'unité et la cohésion nationale.

Henri Konan Bédié, candidat à l'élection présidentielle ivoirienne

On l’appelle « le sphinx ». Hier mercredi, Henri Konan Bédié (HKB) a mérité son surnom. Alors qu’il avait quatre-vingt-dix minutes d’antenne disponibles à la télévision nationale pour présenter son programme à tous les Ivoiriens, l’ancien président (1993-99) a boycotté le rendez-vous. A-t-il eu peur d’affronter les questions des journalistes, comme le prétendent ses détracteurs ?

Ce serait étonnant car, ces derniers jours, il a donné de nombreuses interviews, y compris à RFI. Non. La vraie raison est politique. HKB ne comprend pas pourquoi demain vendredi, quelques heures avant la clôture de la campagne, le président sortant, Laurent Gbagbo, aura le privilège d’être le dernier invité de l’émission. En substance : « Pourquoi lui et pas moi ? ».

Flèches acérées à l’endroit de Laurent Gbagbo 

Laurent Gbagbo, candidat à l'élection présidentielle ivoirienne

Le calcul peut paraître étonnant mais, hier après-midi, le président du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) a préféré s’adresser à un auditoire cinq cents fois plus réduit : le public du stade Houphouët-Boigny, à Abidjan. A 76 ans, HKB est apparu en grande forme.

Dans un discours fleuve de quarante minutes devant des milliers de « pdcistes » survoltés, il a décoché quelques flèches acérées à l’endroit de Laurent Gbagbo : « Tout est gâté. La démocratie est étranglée. La diplomatie est marquée par le bellicisme et conduit la Côte d’Ivoire à l’isolement ». Casquette blanche et chemise verte et blanche aux couleurs du PDCI, l’ex-président a développé les vingt mesures de son programme de redressement. Priorité à l’emploi des jeunes et au secteur agro-alimentaire.

« Un seul candidat face à treize masques »

Alassane Ouattara, candidat à l'élection présidentielle ivoirienne

A la même heure, mais à 50 km de là, à Dabou, au nord-ouest d’Abidjan, Laurent Gbagbo lui a rendu la politesse. Pour le fondateur du FPI (Front populaire ivoirien), l’endroit était symbolique. En 1988, au temps d’Houphouët et du parti unique, c’est là qu’il avait créé son parti, dans la clandestinité. Le candidat Gbagbo a eu ce mot : « Il n’y a pas quatorze candidats, mais un seul candidat face à treize masques derrière lesquels se cache la main de l’étranger ».

Autre formule-choc de l’orateur en costume-cravate : « Il y a ce que Houphouët a fait. Il y a ce que Gbagbo a fait. Au milieu, il n’y a rien. Les autres, ce sont de faux héritiers ». Et le Président-candidat de promettre, lui aussi, de tout faire pour l’emploi des jeunes.

Aucune agressivité de part et d’autre

Alassane Ouattara, lui, a défié Laurent Gbagbo dans l’un de ses fiefs. Hier après-midi, pendant trois longues heures, le président du RDR (Rassemblement des républicains) est resté debout dans un véhicule à toit ouvrant qui a sillonné la commune de Yopougon, à Abidjan. Il est vrai que, deux jours plus tôt, le candidat Gbagbo avait tenu meeting dans un fief du RDR, la commune voisine d’Abobo. Casquette noire et chemise africaine, le candidat Ouattara a fait arrêter son convoi à deux reprises, le temps d’improviser un discours devant des milliers de personnes enthousiastes.

Notre dossier spécial : les défis de Ouattara

Pendant deux ou trois minutes, quelques dizaines de jeunes pro-Gbagbo se sont joints au cortège et ont « testé » le sang-froid des supporters de l’opposition en criant : « Gbagbo, Gbagbo ». Aucune agressivité de part et d’autre. Tout est resté bon enfant.

Depuis quelques jours, la campagne bat son plein mais, dans leur grande majorité, les Ivoiriens se gardent de toute violence. Sont-ils fatigués de la guerre ? Veulent-ils enfin goûter aux charmes de la démocratie ? Réponse dimanche soir.

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