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pays-Bas / Rdc / Justice

Jean-Pierre Bemba devant ses juges de la CPI

L'ancien chef de guerre de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba, le 19 octobre 2010.
L'ancien chef de guerre de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba, le 19 octobre 2010. AFP/Peter Dejong
Texte par : Stéphanie Maupas Suivre | Ghislaine Dupont
14 mn

Le procès de Jean-Pierre Bemba s'ouvre ce lundi 22 novembre 2010 devant la Cour pénale internationale de La Haye. L'ancien chef rebelle et vice-président de la République démocratique du Congo est accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Jean-Pierre Bemba, âgé de 48 ans, est selon l'accusation responsable de meurtres, viols et pillages commis par les hommes de sa milice, le MLC (Mouvement de libération du Congo) envoyés en Centrafrique en 2002 et 2003 pour appuyer le régime de l'ex-président Ange-Félix Patassé.

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Les victimes sont pour la plupart centrafricaines...Elles attendent beaucoup de ce procès pour que justice leur soit rendue.

Maître Marie-Odile Douzima

Après 30 mois passés dans sa cellule de la prison des criminels de guerre, à Scheveningen, aux Pays-Bas, Jean-Pierre Bemba se retrouvera lundi 22 novembre 2010 face à ses juges. Accusé de crimes contre l’humanité et crimes de guerre par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), il devra répondre des meurtres, viols et pillages commis en Centrafrique par ses soldats.

Les faits remontent à octobre 2002. Jean-Pierre Bemba avait envoyé ses troupes en Centrafrique, voisine du Congo-Kinshasa, à la demande d’Ange-Félix Patassé. Le président centrafricain avait appelé en renfort plusieurs centaines de mercenaires pour mâter la rébellion de François Bozizé. Sans succès. Le général Bozizé s’emparait du pays, qu’il dirige toujours, en mars 2003. En décembre 2004, il saisissait le procureur de la CPI des crimes commis en Centrafrique. Deux ans plus tard, Luis Moreno Ocampo avait ouvert une enquête.

Les viols commis par les soldats du MLC

C'est [Jean-Pierre Bemba] qui avait le contrôle sur ses troupes, c'est lui qui n'a pas agi.

Pascal Turlan

Accusé en qualité de supérieur hiérarchique, Jean-Pierre Bemba doit répondre des crimes commis par ses soldats. Selon son acte d’accusation, « des hommes, des femmes et des enfants ont été violés chez eux, par plusieurs hommes du MLC (Mouvement de libération du Congo) ». Ces viols ont été commis « devant les membres de leur famille (…) ou dans des lieux publics, notamment dans la rue, des champs ou dans des fermes ».

Pour le procureur, Luis Moreno Ocampo, « les hommes étaient également violés dans le cadre d’une tactique délibérée d’humiliation et afin de démontrer leur impuissance à protéger leur famille ». Le MLC voulait « créer un climat de peur généralisée pour déstabiliser l’armée adverse », écrit encore le procureur.

Mais pour la défense de Jean-Pierre Bemba, le MLC était sous le commandement direct de l’armée centrafricaine. « Les hommes du MLC se battaient avec l’uniforme centrafricain, sous le drapeau centrafricain » affirme Aimé Kilolo. Le responsable principal serait donc Ange-Félix Patassé. Longtemps ciblé par le procureur, qui affirme aujourd’hui ne pas disposer de preuves suffisantes pour l’inculper, Ange-Félix Patassé est rentré de son exil au Togo pour se présenter à la présidentielle, prévue le 23 janvier 2011.

Dans ce procès, il y a deux grands absents : l'actuel président de Centrafrique, le général François Bozizé et l'ancien président Ange-Félix Patassé.

Maître Aimé Kilolo

Des accusations partielles

Particulièrement active dans ce dossier, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) demande au procureur de poursuivre « tous » les auteurs des crimes commis en Centrafrique. Or pour l’instant, Jean-Pierre Bemba semble être seul dans le collimateur de la CPI. Un groupe de victimes avaient aussi demandé à la Cour d’étendre les charges portées contre Jean-Pierre Bemba aux crimes commis en RDC, notamment en Ituri, entre 1998 et 2003. Mais les juges ont débouté les victimes, affirmant que le procureur n’a pas encore bouclé ses enquêtes en Ituri. Pour la FIDH, les juges n’ont pas pris leurs responsabilités.

Des réparations pour les victimes

L’accusation a affirmé qu’elle allait démontrer que l’ex-chef rebelle et ancien vice-président congolais avait donné des ordres…

Le procès de Jean-Pierre Bemba

Les déboires judiciaires du sénateur congolais ont débuté par son arrestation dans une banlieue huppée de Bruxelles, le 24 mai 2008. Le patron du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), le principal mouvement d’opposition au régime de Kinshasa, a demandé, à de nombreuses reprises, sa mise en libération provisoire.

Mais les juges ont refusé, arguant notamment que Jean-Pierre Bemba pourrait utiliser ses réseaux et ses moyens financiers pour échapper à la Cour. Par ailleurs, aucun Etat n’a accepté, à ce jour, de l’accueillir et d’assurer sa surveillance et sa remise à la Cour, pour les audiences. Parallèlement à son arrestation, le procureur était parvenu à obtenir le gel d’une partie de ses biens, notamment en Belgique, au Portugal et au Congo.

La Cour a estimé que l’homme d’affaires congolais ne pourrait pas bénéficier de l’aide juridictionnelle et qu’il devrait rembourser les sommes avancées pour payer ses avocats. Elles s’élèvent aujourd’hui à 30 000 euros par mois. Par ailleurs, si Jean-Pierre Bemba était condamné au terme du procès, qui devrait durer plus d’un an, les victimes pourront alors demander des réparations.

Ce qu'en dit la presse africaine du jour...

Jean-Pierre Bemba, de la vice-présidence à la CPI

« Le petit Mobutu » c'est ainsi que la rue kinnoise baptisait Jean-Pierre Bemba préfèrant stigmatiser la fortune de ce fils de l'Equateur plutot que son impressionnante corpulence et son mètre quatre-vingt-dix. C'est l'époque de la splendeur où l'enfant gâté du régime zaïrois n'imaginait pas qu'il quitterait un jour ses belles demeures pour la cellule d'une prison des Pays-Bas.

Homme d'affaires florissant, Jean-Pierre Bemba va troquer le rôle de golden boy pour celui de chef rebelle en 1998 lorsque la deuxième guerre éclate en République démocratique du Congo. Quatre ans plus tard, en 2002, alors qu'il participe aux négociations qui mettent fin à la guerre congolaise, Bemba accepte de porter secours au président centrafricain, menacé de coup d'Etat à Bangui. Il envoie un millier de ses hommes en Centrafrique.

A Kinshasa l'ex-seigneur de guerre, devenu l'un des vice- presidents du gouvernement de transition, se porte candidat à l'élection présidentielle de 2006. Challenger de Joseph Kabila donné grand favori, il perd mais avec un score de 42% et gagne un siège de sénateur. Jean-Pierre Bemba prend alors le leadership de l'opposition congolaise mais il refuse de désarmer la milice privée qu'il conserve à Kinshasa.

La garde présidentielle du nouvel élu l'attaque. Trois jours d'affrontements en plein centre de la capitale congolaise qui se soldent par 300 morts et l'exil. Le sénateur quitte le pays en mars 2007, officiellement pour soigner un problème au genou...

La justice internationale le rattrape. La Cour pénale internationale lance dans la plus grande discrétion un mandat d'arrêt au moment où Jean-Pierre Bemba séjourne dans sa résidence de Bruxelles. Il est arrêté en mai 2008. Il est aujourd'hui accusé devant la CPI en qualité de commandant militaire et à ce titre considéré comme « responsable » des crimes commis par ses miliciens en Centrafrique. L'accusation affirme détenir les preuves que Jean-Pierre Bemba donnait des ordres, savait que ces hommes tuaient, violaient et pillaient, et qu'il les a laissés faire.

 

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