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LIBYE

Libye : climat de terreur à Tripoli

La ville de Tripoli est déserte. Des palmiers, utilisés par les manifestants anti-gouvernementaux comme barricade, jonchent le sol.
La ville de Tripoli est déserte. Des palmiers, utilisés par les manifestants anti-gouvernementaux comme barricade, jonchent le sol. REUTERS/Ahmed Jadallah
Texte par : RFI Suivre
10 mn

Face à la répression sanglante en Libye, à l’unanimité, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont estimé le 26 février que les attaques contre la population « peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité ». Près de 13 jours après le mouvement de révolte, le fils du président libyen, Seif Al-Islam Kadhafi a, lui, estimé que la situation était excellente dans les trois quarts du pays. Aujourd'hui, si l'opposition au régime gagne du terrain en province, le climat de peur a atteint Tripoli où des miliciens pro-Kadhafi patrouillent.

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A Tripoli, chacun se terre chez soi. Selon un habitant de la capitale joint dans la soirée du 26 février par RFI, c'est un climat de peur qui règne : « Je ne suis pas sorti de la journée » nous explique notre interlocuteur. « J’ai eu trop peur la veille en voyant les milices et les forces armées patrouiller dans les rues avec toutes leurs armes ».

Ils ne visaient pas des véhicules ni des blindés, ils visaient des êtres humains.

Docteur Abdallah Mohsen

Notre interlocuteur parle d'un de ses amis, qui a perdu la vie, vendredi 25 février, près d'une mosquée à la sortie de la prière. Ce jour-là dans le quartier de Tadjoura, des soldats ont ouvert le feu contre des manifestants. Au moins six personnes ont péri, plusieurs dizaines seraient blessées.

Des propos qui tranchent totalement avec ceux de l'un des fils Kadhaf. Seif El Islam évoque une situation excellente dans les trois quarts du pays, il avait convoqué les journalistes à Tripoli, où il est vrai la population est terrée chez elle. Seif Kadhafi volontiers provocateur :

Ici, en Libye, nous rions à propos de ces reportages sur des centaines et des milliers de victimes...

Seif El-Islam, fils de Mouammar Kadhafi

Désormais tout le monde limite ses déplacements. Il serait aujourd’hui bien difficile de quitter la ville de Tripoli par la route en raison de la présence de chars. La pression et la répression policière sont également présentes à Misratah, à l'est de la capitale.

Selon des médias, des mercenaires héliportés auraient rejoint la ville portuaire, et auraient ouvert le feu sur le bâtiment de la radio locale. Sur la côte ouest, à Zouara près de la Tunisie, les forces pro-Kadhafi encercleraient la ville. Une ville qui a connu selon des témoignages recueillis à la frontière, l'apocalypse.

Autre cité touchée par de violents combat, c'est Zahouiya tout près de Tripoli. Zahouiya et sa raffinerie de pétrole où des scènes de guerre ont été évoquées par des témoins à leur arrivée en Tunisie. Plus à l'est, les principales villes sont désormais aux mains des opposants. Quant aux étrangers, ils continuent de fuir par tous les moyens, le pays.

Tout ce qu'on veut c'est qu'ils nous envoient un avion pour que nous puissions rentrer le plus tôt possible, parce que franchement là, l'heure est grave.

Etudiant sénégalais de Tripoli

Face au chaos, les évacuations des différents ressortissants étrangers se poursuivent dans des conditions difficiles. Des milliers d’étrangers ont traversé la frontière tuniso-libyenne le 26 février. Plus de 10 000 personnes, en majorité des Egyptiens, ont fui samedi par le principal point de passage frontalier de Ras Jedir, a indiqué le Croissant-Rouge local qui parle d'une « crise humanitaire » et appelle à l'aide. Parmi ces étrangers, outre les Egyptiens, des Turcs, des Algériens, des Tunisiens et aussi des Coréens.

Petit à petit notre personnel va être évacué. Il ne restera peut-être que dix personnes sur place, les gardiens du site.

Les entreprises étrangères évacuent leurs employés

Si certains disent fuir simplement parce qu’ils ont eu peur, ou parce qu’ils n’avaient plus de travail d’autres sont des témoins directs de violences ou des victimes mêmes. C’est le cas d’un groupe de 200 Tunisiens rentrés samedi soir après un voyage qui a tourné au cauchemar.

Ils auraient dû arriver il y a cinq jours, mais ce n’est que le 26 février qu’ils ont enfin franchi le poste frontière. En sortant de Tripoli mardi dernier, ces Tunisiens ont été arrêtés par des hommes armés et transportés de ville en ville, à bord de camions comme le raconte ce jeune maçon :

« Nous étions enfermés comme dans des cabines, ils nous donnaient des coups de bâton en nous questionnant : Qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce que vous avez vu ? Où est votre portable ? Ils m’ont tout pris : mes photos, mes affaires, mes valises, mon sac, tout ce que j’ai, seulement mon passeport. Le dernier jour, ils sont venus prendre mon passeport, ils m’ont dit : allez-y, pas seulement parce que j’étais un Tunisien, pas seulement un Tunisien, un étranger pas un Libyen. »

Pour aller plus loin

Frappés à coup de pied, de sabre pendant tout le voyage, comme à Guantanamo, dit cet autre rescapé pour résumer les cinq jours d’enfermement qu’il a vécus.

« C’est un nouveau Guantanamo. En vingt-quatre heures, on n’a mangé qu’une seule fois. Pas de toilette. Pas d’eau. Pas de bougie. Nous étions accroupis pendant vingt-quatre heures » mime le rescapé, accusé avec ses compatriotes, d’être un drogué ou encore d’avoir exporté la révolution en Libye.
 

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