Trafic de drogue

La corruption, principal obstacle à la lutte contre le trafic de drogue, selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants

Billets de banque saisis lors d'une opération de lutte anti-drogue menée par l'agence anti-drogue américaine.
Billets de banque saisis lors d'une opération de lutte anti-drogue menée par l'agence anti-drogue américaine. DEA

Dans son rapport 2010, publié ce mercredi 2 mars 2011, l’Organe international de contrôle des stupéfiants estime que la corruption, utilisée par les organisations criminelles, est l’un des principaux obstacles à la lutte contre le trafic international de drogue. L’OICS s’alarme aussi du développement des « designer drugs », des drogues spécialement modifiées pour échapper aux réglementations.

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« La corruption sape les efforts internationaux en faveur d'une élimination des problèmes liés à la drogue », s'alarme Hamid Ghodse, président de l'Organe international de contrôle des stupéfiants, en introduction du rapport 2010 de cet organisme des Nations unies.

La corruption et surtout l'intimidation fragilisent les efforts de lutte contre la drogue.

Jonathan Lucas

« En recourant systématiquement à la violence et à la corruption, en usant
d’intimidations et de chantage à l’égard des agents publics, les puissants et riches
groupes criminels organisés sont parvenus à affaiblir les services de détection et de
répression et les appareils judiciaires,
insiste-t-il. La violence est souvent utilisée pour menacer ou faire taire ceux qui dénoncent leurs activités. Les témoins susceptibles de fournir des preuves sur la corruption liée à la drogue risquent souvent leur vie et celle des membres de leur famille. »

Selon l'OICS, les services de détection et de répression et les douanes sont, dans le monde entier, très exposés à la corruption liée à la drogue, tandis que « les unités anti-stupéfiants peuvent être infiltrées par des groupes criminels qui disposent souvent d'énormes ressources et de technologies sophistiquées ».

L'Organe international de contrôle des stupéfiants cite l’exemple emblématique du Mexique où, en 2008, le gouvernement a dû faire une vaste purge dans la police au plus haut niveau, jusqu'à la tête de la division des opérations anti-drogue, sous l'influence des cartels de la drogue.

Les pays riches également épinglés

Pour autant, l'organisation estime que des cas de corruption au sein de la police, des douanes ou des agences anti-drogue existent aussi dans des pays à première vue beaucoup moins à risque, comme l'Australie, les Etats-Unis ou le Canada.« Au Canada, un enquête (…) a révélé que des groupes ont tenté d'utiliser les aéroports en corrompant des employés ou en plaçant des complices au sein du personnel », indique le rapport.

Pour l'OICS, il y a, en outre, « une prise de conscience croissante » de cas de corruption souvent quasi-institutionnalisée au sein de la police. « Des groupes criminels sont
connus pour conclure, avec la police ou d’autres services de détection et de répression et organismes de contrôle, des arrangements relativement stables 
», ajoute le rapport.

La menace est particulièrement grave pour les pays sortis, ou tentant de sortir, de situations de guerre, comme l'Afghanistan, la Sierra Leone ou les Balkans, où « le trafic de drogue et la violence (…) ont un impact dévastateur sur les efforts d’imposition de la paix et de reconstruction ».

Pour l’OICS, il n’y a donc pas de lutte possible contre le trafic de drogue sans une lutte contre la corruption lié au trafic de stupéfiants. Parmi ses recommandations, l’organisation insiste sur la nécessité d’allier une meilleure coordination de toutes les institutions impliquées dans la lutte anti-drogue avec la multiplication des systèmes de contrôle pour repérer et neutraliser les cas de corruption liés au trafic de drogue.

L’OISC s’inquiète du développement des « designer drugs »

L’Organe international de contrôle des stupéfiants tire la sonnette d’alarme à propos des « designer drugs », des drogues spécialement modifiées afin d’échapper aux réglementations.« Elles sont fabriquées en introduisant des changements mineurs dans la structure moléculaire de substances illicites, de manière à en faire des produits aux effets similaires », explique l’OISC. « En Europe, 16 nouvelles " designer drugs " font l’objet d’une surveillance, au Japon pas moins de 51 », précise l’OISC. L’une de ces drogues est la méphédrone, de plus en plus répandue et qui a été placée sur la liste des substances prohibées dans plusieurs pays. De même, l’OISC évoque la commercialisation croissante de cannabis synthétique sous le nom de spice.« Les gouvernements et les organisations internationales compétentes doivent développer des mesures adaptées pour faire face au problème de ces " designer drugs " », recommande l’organisation.

Lire la rapport 2010 de l'OICS

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