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Cinéma / 22e Fespaco / Entretien

Elikia M'Bokolo, le parrain du Fespaco dresse le bilan

Elikia Mbokolo, écrivain et historien congolais
Elikia Mbokolo, écrivain et historien congolais Wikipedia/Flickr
Texte par : Catherine Ruelle
7 mn

Ce samedi 5 mars, la 22e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), au Burkina Faso, fermera ses portes. Depuis le 26 février, 111 films ont été projetés dans la compétition officielle. Le prestigieux Etalon d’or de Yennenga, doté de 10 millions de francs CFA, sera décerné à l’une des dix-huit fictions en compétition officielle. Entretien avec le scénariste, acteur, écrivain et grand historien congolais Elikia M'Bokolo, qui a été le président d’honneur de cette édition placée sous le thème Cinéma africain et marchés.

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 RFI à la 22e édition du  FESPACO

A ne pas rater ce vendredi 4 et samedi 5 mars :
L’émission spéciale Fespaco de « Culture vive » de ce matin, à la veille du palmarès, avec les envoyés spéciaux de RFI, Catherine Ruelle et José Marinho.

Le prochain rendez-vous en direct de Ouagadougou : l’émission « Cinéma d’aujourd’hui, cinéma sans frontières », samedi 5 mars à 20 h de Ouagadougou avec le Palmarès et le grand prix du Fespaco, l’Etalon d’or de Yennenga.

RFI : Elikia M’bokolo, vous connaissez le Fespaco depuis une trentaine d’années. Il y a beaucoup de choses en même temps, beaucoup de sélections, des panoramas, des rencontres… Et tout cela en à peine une semaine, avec des lieux extrêmement éloignés les uns des autres et des salles de cinéma qui n’existaient pas à l’époque.

E.M. : Non, il y a beaucoup de salles où on n’allait pas, qui existent aujourd’hui et qui donnent donc une offre très intéressante. Comme, parallèlement, il y a des jeunes réalisateurs, qui essaient de profiter du festival pour se lancer dans des créations, il faut courir parfois dans des maisons particulières. J’ai assisté à un petit tournage avec des jeunes de dix-huit, vingt ans, au fin fond d’Ouaga. Cela pose un problème de distance. Mais tout ça se fait quand même dans une ambiance festive. Et je trouve que cette ambiance-là, est restée certains des acquis du Fespaco.

RFI : Tous ces jeunes, cela prouve aussi que le cinéma est bien vivant.

E.M. : Ah, le cinéma est plus que vivant ! Je suis vraiment étonné par la passion des jeunes pour le cinéma. Surtout quand on sait que ce n’est pas un métier de fonctionnaire avec un salaire tous les mois. Il y a les écoles de cinéma qui sont nombreuses, à l’échelle de la sous-région. Ces jeunes travaillent avec le numérique. Dans peu de temps, nous aurons une autre qualité de film, peut-être aussi d’autres thématiques qui vont apparaître. Et la liberté dans la prise de parole, dans le positionnement, et même la connaissance que les gens ont du cinéma, c’est quelque chose d’assez unique. Je ne suis pas sûr que dans d’autres pays on retrouve l’équivalent. Et ça, je pense que l’exemple va porter vers des pays qui hélas jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas de cinéma. Je pense notamment à tous les pays d’Afrique Centrale.
 
RFI : En tout cas la fiction, parce qu’ils ont amené quand même des documentaires.
 
E.M. : Des documentaires, nous en avons, oui.
 
RFI : Puisqu’on parle de fictions et de documentaires, il me semble que le genre de documentaires a acquis ses lettres de noblesse.
 
E.M. : Oui, aujourd’hui nous avons des documentaires de très bonne qualité. Nous en avons vu quelques uns, et je pense que le prix du documentaire va commencer à entrer en rivalité avec le prix des films de fiction.

RFI : Vous avez sorti une série entière pour la télévision et pour le DVD, l’édition numérique, sur l’histoire de l’Afrique, et que là, en voyant ces documentaires, je suppose que ça vous donne envie, peut-être, de faire une suite.

E.M. : Eh bien oui, on se dit qu’il y a des idées, des documentaires… Peut-être aussi sur des figures d’hommes ou de femmes. Parce que j’ai l’impression qu’il y a une sorte de manque par rapport à ça. La jeunesse africaine est un peu orpheline de ces grands noms d’autrefois, des figures pas nécessairement tragiques. Cela peut être aussi des figures de réussite exceptionnelle. Je préférais d’ailleurs des figures de réussite plutôt que des tragédies. L’une des choses étonnantes, c’est que les héros, si l’on peut utiliser ce mot, sont vraiment des gens ordinaires. Un petit marchand du coin, une bonne femme mère de famille, et un monsieur dont le terrain a été squatté par d’autres.

RFI : Des gens ordinaires avec des histoires extraordinaires.
 
E.M. : Comme quoi les histoires extraordinaires peuvent arriver à tout le monde. Et donc, la vie quotidienne peut comporter aussi une dimension, ou fantastique ou héroïsante. Je crois que c’est l’une des vocations du cinéma, que de faire rêver et de montrer qu’il y a ce type de possibilités au coin de la rue pour tout le monde.
 
RFI : Autre vocation du cinéma, en tout cas très forte ici dans les œuvres, c’est le devoir de mémoire.

E.M. : Oui. Je dirais, c’est un peu normal parce qu’on est cinquante ans après les Indépendances. C’est surtout par l’image qu’on peut accéder, d’une manière à la fois agréable dans ces condensés dans le temps, à des moments très significatifs de l’histoire du continent.
 
RFI : Souvent, ces films sont les seuls témoignages de ce qui a pu se passer depuis le soleil des Indépendances.

E.M. : Mais au point où nous en sommes, c’est surtout le film qui est le témoignage, à la fois vrai, poignant, agréable, et qui touche chacun dans sa sensibilité. Aujourd’hui, tous les phénomènes que certains romanciers ont décrit, de les voir sur l’écran… Evidemment, c’est important de penser que ce qu’on croyait être de la pure fiction sous la plume du romancier, notamment tout ce qui a trait aux élections controversées, truquées, etc.… Eh bien, on se rend compte que ce n’est pas de la fiction. Que c’est arrivé dans certains endroits. Cela peut arriver encore. Donc, c’est très bien que le cinéma soit en écho avec le roman, et en quelque sorte en anticipation par rapport à ce qui peut arriver dans la quasi-totalité des pays du continent.

RFI : Alors donc, bilan globalement positif ?

E.M. : Je suis très content du bilan. Je trouve qu’on voit vraiment beaucoup de choses, on rencontre beaucoup de gens. Il y a en plus des projets qui se mettent en place et des dynamiques qui laissent vraiment augurer de manière positive l’avenir du cinéma en Afrique.

Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou 2011

 

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