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Les travailleurs étrangers continuent à fuir la Libye et les rapatriements s'organisent

Ousmane Sow, réfugié de la Guinée Conakry qui a fui la Libye et se désespère dans le camp de transit près de Ras Jdir, le 5 mars 2011.
Ousmane Sow, réfugié de la Guinée Conakry qui a fui la Libye et se désespère dans le camp de transit près de Ras Jdir, le 5 mars 2011. Mediapart/Thomas Cantaloube

A la frontière tunisienne la situation semble se stabiliser et les évacuations, par nationalités, s’organisent peu à peu dans le camp de transit près de Ras Jdir. Après les Egyptiens –quelque 130 d’entre eux sont arrivés dans la nuit de samedi à dimanche au Caire à bord d’avions de l’armée américaine-, les discussions sont en cours pour évacuer les Bangladais qui sont entre 10 et 12 000. Samedi 5 mars 2011, ce sont 138 Sénégalais qui ont pu rentrer à Dakar.

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En tout, Dakar souhaite évacuer ses 485 ressortissants, ainsi que des citoyens des pays limitrophes, à raison d’un vol par jour.

Reportage à Dakar,

Emmitouflé dans une petite doudoune et une valisette à la main, Amadou Baldé est comme soulagé de rentrer à Dakar. Comme plusieurs compatriotes installés en Libye, il s’est réfugié près d’une semaine à l’ambassade du Sénégal à Tripoli. Pour fuir l’arbitraire mais aussi les violences : «Ce sont les militaires qui nous ont sauvés : des gens sont venus à la maison pour nous agresser mais les militaires sont venus après».

Parmi cette centaine de personnes, figurent des étudiants, des pères de familles et quelques enfants. Quasiment tous relativisent la situation, comme Awa, une mère de quatre enfants qui travaille en Libye depuis une vingtaine d’années. Elle y gagnait bien sa vie. Son retour, elle le voit comme une manière de rassurer sa famille horrifiée par les images de violences véhiculées par la télévision : «on allait chaque jour au travail et il n'y avait aucun problème... (je suis rentrée) parce ma famille a peur... »

Dès l’aéroport, ces rapatriés sont pris en main par les autorités sénégalaises et subissent un examen médical avant de retrouver leurs familles. D’autres rapatriements sont prévus dans les jours à venir. Selon le ministère des Transports aériens, 172 Gambiens et 26 Bissau-Guinéens devraient aussi être évacués.
 

Ceux qui restent

reportage à Ras Jdir ,

Parmi les réfugiés qui n'ont pas encore pu quitter les camps de fortune dressés aux postes frontières, Ousmane Sow, un Guinéen. Agé de 37 ans, il est le seul Guinéen sur le camp de transit de Ras Jdir. Il ne sort pas de sa tente car il est souffrant et cela fait sept jours qu’il a déjà passé le poste frontière. Il demande de l'aide : «Chaque jour on me dit d'attendre, d'attendre... tous mes bagages et tous mes documents sont restés à Tripoli, je suis complètement découragé...»

Samedi, toujours dans le camp de Ras Jdir, des Nigérians et des Soudanais, excédés, ont manifesté pour qu’on ne les oublie pas.

Des réfugiés nigérians exaspérés d'être bloqués dans le camp de transit de Ras Jdir en Tunisie, le 5 mars 2011.
Des réfugiés nigérians exaspérés d'être bloqués dans le camp de transit de Ras Jdir en Tunisie, le 5 mars 2011. Marie-Pierre Olphand/RFI

« On veut rentrer à la maison »,  crient ces Nigérians devant les militaires du camp de transit qui observent la scène avec curiosité…. Ils sont une vingtaine à parler au nom de leurs 200 compatriote désespérés : «Vous savez, ça fait longtemps qu’on est là. On est là depuis 7 jours. Et on en a marre... On n’a pas d’argent, on n’a plus rien… Depuis qu’on est là, on n’a vu aucun officiel. Ils nous disent chaque jour 'soyez patient, soyez patient' ». Un autre renchérit, exaspéré : « Plus de 50 000 Egyptiens sont rentrés dans leur pays. Et nous les Nigérians nous sommes 200 et personne n’a encore pris l’avion. On veut aller dans notre pays, pas en Europe ! »

Une heure plus tard, au poste frontière de Ras Jdir, c’est au tour des Soudanais de manifester leur imaptience. Ils en appellent à leur président, sur le thème «Bechir on veut être évacués !», un cri du cœur, après quatre jours d’attente…. « Nous sommes des Soudanais Bechir !! On veut que tu soutiennes le peuple soudanais. Si on était un pays pauvre, on comprendrait. Mais ce n’est pas le cas !». «Il faut que Bechir prenne conscience qu’il doit s’occuper de nous, sinon il y aura de grandes manifestations au soudan ! »

Tous ou presque disent vouloir rentrer dans leur pays, d’origine, auprès de leur famille.

Le flux de réfugiés semble se tarir

Samedi, la journée a été calme à la frontière tuniso-libyenne. Il n'y passait « que » 2000 personnes en moyenne contre 10 000 ou 15 000 en début de semaine. Mais selon Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l'Organisation internationale des migrations (OMI), il faut rester vigilant : « On sait par exemple avec certitude que de nombreux ressortissants africains restent terrés chez eux, à Tripoli notamment... Ces gens-là n'osent pas sortir de chez eux... La situation militaire sur la terrain pourrait aussi être peu propice aux mouvements de migration. Evitons de penser que l'on est sorti de la crise car les flux pourraient reprendre d'un moment à l'autre !»

Des Ghanéens franchissant le poste frontière de Ras Jdir, le 5 mars 2011.
Des Ghanéens franchissant le poste frontière de Ras Jdir, le 5 mars 2011. Marie Pierre Olphand / RFI

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