Niger / Interview

Mahamadou Issoufou : «Pas besoin de s'aligner sur le CNT ou sur Kadhafi»

Le président nigérien Issoufou à Deauville le 27 mai 2011.
Le président nigérien Issoufou à Deauville le 27 mai 2011. RFI

Invité à Deauville au sommet du G8, le président nigérien Mahamadou Issoufou a accordé un long entretien à RFI, dans lequel il s'exprime notamment sur la situation en Libye, pays frontalier du Niger, et sur sa position face aux rebelles et au colonel Kadhafi. Le président Issoufou a également évoqué l'intervention française à Abidjan et la capture de Laurent Gbagbo.

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Mahamadou Issoufou : « Notre position est très claire. Elle a même été confirmée au sommet extraordinaire de l’Union africaine. Il s’agit d’aller vers un cessez-le-feu. Il s’agit d’engager des négociations et de définir une transition vers la démocratie en Libye. »

RFI : En Libye vous prônez un cessez-le-feu. C’est ce que demande également le colonel Kadhafi et c’est au contraire, ce dont ne veulent pas les rebelles du CNT de Benghazi. Monsieur le président vous êtes un démocrate ! Est-ce qu’il n’est pas normal que les Libyens se battent contre une dictature comme celle du colonel Kadhafi, qui est là, depuis 42 ans, et qui veut encore s’accrocher au pouvoir ?

Mahamadou Issoufou : « Je n’apprécie pas. Ce que je souhaite, c’est que partout en Afrique la démocratie s’installe, la liberté s’installe, les droits de l’homme s’approfondissent. »

RFI : La semaine dernière, le président Wade a reçu deux délégués du CNT de Benghazi à Dakar, est-ce que vous seriez prêt à faire le même geste à Niamey ?

Mahamadou Issoufou : « Le président Wade a ses positions. J’ai les miennes. »

RFI : Donc, vous restez quand même plus proche des positions du colonel Kadhafi que de celles du CNT de Benghazi ?

Mahamadou Issoufou : « Non, j’ai des positions totalement indépendantes. Moi, je suis un démocrate. Je n’ai pas besoin de m’aligner sur le CNT ou bien sur Kadhafi. J’ai des intérêts aussi à défendre, les intérêts de mon pays, les intérêts du Niger. Que cette région-là soit sécurisée, que cette région-là soit en paix et que la démocratie s’installe et se consolide dans toute la région africaine. »


Le président Issoufou en compagnie de Christophe Boisbouvier (RFI) et Alain Foka (RFI), le 27 mai 2011 à Deauville.
Le président Issoufou en compagnie de Christophe Boisbouvier (RFI) et Alain Foka (RFI), le 27 mai 2011 à Deauville. RFI

A propos de la crise ivoirienne

Le président Issoufou dit avoir été choqué par les images de l'arrestation de Laurent Gbagbo. Il parle d'un sentiment de gâchis, estimant que l'ancien président ivoirien aurait pu sortir par la grande porte.

« Pour vous dire la vérité, ça m’a choqué. Le sentiment que j’ai eu,en regardant cette image [de Laurent Gbagbo arrêté, NDLR], c’est le sentiment que beaucoup de choses ont été gâchées en Côte d’Ivoire. Le président Laurent Gbagbo aurait pu avoir une autre sortie, une sortie plus belle. Il aurait pu sortir par la grande porte. C’est ce que j’ai souhaité pour lui…

En revanche, Mahamadou Issoufou n'est pas choqué par l'intervention française, sous mandat de l'ONU, rappelle-t-il :

« Non, je ne dis pas que le rôle de la France m’a choqué, parce que la France a agi dans le cadre d’un mandat qui a été donné par la communauté internationale, par les Nations unies. J’insiste encore pour dire – pour finir avec la situation en Côte d’Ivoire – que je regrette que la crise se soit conclue de cette manière-là, surtout pour le président Laurent Gbagbo, qui comme vous le savez, est un camarade. Son parti est le mien. Nous sommes membres de l’Internationale socialiste. On aurait souhaité un autre dénouement. »

Ecoutez l'interview intégrale du président Issoufou

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