Economie africaine

Alerte sur le chômage des jeunes en Afrique lors de l’assemblée annuelle de la BAD

Construction d'une ligne de chemin de fer à 200 km de Luanda (2007)
Construction d'une ligne de chemin de fer à 200 km de Luanda (2007) Getty images/Per-Anders Pettersson
Texte par : Ursula Soares
7 mn

L’assemblée annuelle de la Banque africaine de développement (BAD) se tient à Lisbonne, au Portugal, ce jeudi 9 juin, jusqu’à demain vendredi. Hommes d’affaires, représentants gouvernementaux de 77 pays et d’autres institutions internationales y participent.

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En marge de l’assemblée, plusieurs spécialistes réunis à Lisbonne, ont insisté sur le manque de stratégies à long terme en Afrique et sur l’absence des Africains des secteurs productifs – deux points cruciaux qui entravent la lutte contre la pauvreté et le chômage. Les questions autour de l’emploi des jeunes en Afrique ont également été le thème central d’un séminaire.

Tous s’accordent pour mettre en avant la mise en place de systèmes d’éducation incluant une bonne formation technique pour les jeunes qui ont une incontestable capacité d’innovation.

La vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Obiageli Ezekwesili a précisément insisté sur le fait que les gouvernements qui excluent les jeunes dans la recherche de solutions pour le continent africain commettent « une erreur ». Elle affirme également qu’en procédant de la sorte, ils courent le risque de la payer en voyant s’installer dans leur pays l’instabilité sociale et la violence politique.

« Lorsque les gens s’apercevront que les gouvernements sont sérieusement impliqués à résoudre les problèmes et qu’ils associent les jeunes et les poussent à participer, ils verront que ces mêmes jeunes voudront s’engager parce que sont des personnes responsables. L’erreur est de ne pas les impliquer. », a-t-elle déclaré.

Le problème croissant du chômage des jeunes en Afrique

Il faut anticiper et parier sur la prévention : tel pourrait être le mot d’ordre des spécialistes réunis à Lisbonne. Nous sommes tous conscients que si rien n’est fait, le problème croissant du chômage des jeunes en Afrique provoquera, un jour au l’autre, des conflits dans plusieurs pays du continent africain. Enrayer ce fléau, ne pas attendre que cela se produise pour agir et faire les pas nécessaires, c’est le bon sens même.

Selon les chiffres avancés par Obiageli Ezekwesili, chaque année en Afrique, entre 7 et 10 millions de jeunes intègrent le marché du travail. 10% d’entre eux, à peine, trouvent un emploi qui correspond à leurs capacités.

La vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, lance une alerte : « Lorsqu’il y a une élite qui est confortablement installée grâce aux bénéfices qu’elle reçoit du pétrole, du platine, ou de l’or, elle peut facilement se détourner du reste de la société, tant qu’on ne lui montre pas quelles peuvent en être les conséquences. Pour cette élite là, leur motivation à résoudre les problèmes ne se fait sentir que lorsque la situation dans leurs pays commence à ressembler à celle de la Tunisie ou de l’Egypte.». Une référence aux révolutions qui ont aboutit aux changements de pouvoir dans ces pays.

L’implication des gouvernements dans les secteurs productifs de l’économie

La solution des problèmes de la pauvreté et du chômage passe aussi, selon le point de vue défendu par beaucoup d’économistes et autres spécialistes, par une collaboration du secteur public, du secteur privé et de la société ainsi que par l’implication des gouvernements dans les secteurs productifs de l’économie.

Paulo Gomes, économiste de la Guinée Bissau, a lui aussi défendu ce point de vue : « Le secteur des ressources est exploité par des étrangers. Nous ne pouvons pas continuer avec ce système qui consiste à recevoir des droits d’exploitation et des taxes. Nous devons nous impliquer dans le secteur productif, et avec le secteur privé, voir comment nous pouvons employer des personnes. »

Luanda, capitale angolaise, considérée comme « une bombe à retardement » par la vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique

La pauvreté et la surpopulation à Luanda sont une vraie « bombe à retardement », considère la vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique. Dans une interview à l’agence de presse portugaise Lusa, ce jeudi 9 juin 2011, Obiageli Ezekwesili conseille au gouvernement angolais d’inclure les citoyens dans la discussion sur le futur du pays.

« J’espère que les Angolais comprennent l’urgence qu’il y a à résoudre ce problème (de la pauvreté). L’Angola s’est urbanisée très rapidement et lorsque nous regardons la capitale, Luanda, on voit une concentration massive de personnes et des signes quotidiens de pauvreté urbaine que le gouvernement a besoin de combattre parce que c’est une bombe à retardement », a-t-elle dit en marge de la réunion annuelle de la BAD, à Lisbonne.

La vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique appelle à une solution qui passe par une considération des macro et des micro politiques comme un tout et par une gestion prudente des ressources qui proviennent des mines ou du pétrole, en les dirigeant vers l’éducation. « Quand on transfère ce capital vers le capital humain, on parie sur un capital plus pérenne. », a-t-elle affirmé.

Obiageli Ezekwesili a aussi souligné la nécessite de résoudre le problème des infrastructures, liant les zones rurales aux zones urbaines, en considérant que de cette façon, il est possible de créer les conditions nécessaires pour attirer le secteur privé et créer des emplois.

 

 

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