ZIMBABWE

Le long chemin du Zimbabwe vers des élections transparentes

Clôture des votes au Zimbabwe (29 mars 2008), 4 scrutins étaient en jeu, dont celui pour la présidence.
Clôture des votes au Zimbabwe (29 mars 2008), 4 scrutins étaient en jeu, dont celui pour la présidence. (Photo: Reuters)
Texte par : Ursula Soares
6 mn

Réunis en sommet à Johannesburg samedi 11 et dimanche 12 juin 2011, les quinze pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) n’ont pas adopté la « feuille de route » devant conduire le Zimbabwe à l’adoption d’une nouvelle Constitution et à de nouvelles élections.

Publicité

Les réformes démocratiques dans le pays se font toujours attendre. Le sujet sera à nouveau sur la table lors du prochain sommet de la SADC, en août prochain, à Luanda.

Robert Mugabe, âgé de 87 ans, est au pouvoir depuis l’indépendance de son pays en 1980. Il a néanmoins été obligé de partager le pouvoir en février 2009, avec son principal rival, Morgan Tsvangirai, pour éviter la guerre civile. De graves violences ont effectivement endeuillé le scrutin de 2008. Une alliance contre nature s’est alors créée, au sein d’un fragile gouvernement d’unité nationale, qui toutefois, se voulait temporaire, le temps d’adopter une nouvelle Constitution.

Violences politiques et intimidations se sont poursuivies

La rédaction ainsi que l’adoption d’une nouvelle Constitution n’ont toujours pas abouti, essentiellement à cause de troubles fomentés par la Zanu-PF, le mouvement de Robert Mugabe. La « troïka », l’organe de sécurité de la SADC, avait précisément appelé, fin mars, à Livingstone, en Zambie, à mettre fin aux violences politiques qui ont accompagné ce processus de rédaction de la Constitution ; à renoncer à toute intimidation et à respecter les libertés fondamentales.

Cette fois-ci, et lors du sommet de Johannesburg des 11 et 12 juin, la SADC s’est contentée de « prendre note » de la déclaration de Livingstone, tout en « encourageant » les deux camps « à aller plus vite dans la mise en œuvre de l’Accord politique global » de 2009 – un accord qui prévoit notamment la rédaction d’une nouvelle Constitution garantissant les libertés publiques devant conduire, par la suite, à de nouvelles élections au Zimbabwe – et « créer un environnement favorable à la tenue d’élections qui soient libres et justes, dans les conditions d’un terrain politique stable ».

Pas d’élections sans réformes démocratiques préalables

Le président Robert Mugabe, qui a déjà annoncé qu’il sera candidat, réclame la tenue d’élections avant la fin de cette année. Son parti, la Zanu-PF, insiste de son côté, notamment dans le journal zimbabwéen (pro-Mugabe) The Herald que « si le programme de la feuille de route peut être rempli en 2011, les élections doivent avoir lieu cette année ».

Le camp de Morgan Tsvangirai estime quant à lui, que les élections ne pourront être organisées avant l’année prochaine, le temps notamment d’adopter la Constitution et de remettre à jour les listes électorales, dont un tiers des inscrits actuels seraient morts.

Une position à laquelle se sont ralliés d’éminents dirigeants du parti de Robert Mugabe qui se sont publiquement interrogés sur la pertinence d’élections rapides. C’est le cas du ministre de la Justice Patrick Chinamasa et du gouverneur de la Banque centrale Gideon Gono, une prise de distance d’autant plus remarquée que les voix discordantes sont rares au sein de la Zanu-PF.

Le Premier ministre Morgan Tsvangirai accuse le président Mugabe de bloquer les réformes indispensables à la mise en place de l’Accord politique global et de prendre des mesures unilatérales contre l’esprit-même de l’accord.

De son côté, le président Mugabe accuse l’Union européenne et les Etats-Unis qu’il tient pour responsables de la crise du pays suite aux sanctions qu’ils ont imposées au Zimbabwe.

Le président angolais « pré-disponible » pour pousser Mugabe à tenir ses engagements

Lors de ce sommet de Johannesburg, les dirigeants de la SADC n’ont pas adopté comme prévu la feuille de route. Le secrétaire exécutif de la SADC, Tomaz Salomao, a indiqué que le texte était encore « un brouillon » et qu’il espérait, lors du prochain sommet de la SADC, en août, à Luanda, que le document sera prêt.

En avril dernier, Morgan Tsvangirai s’est rendu dans la capitale angolaise où il s’est entretenu avec le président José Eduardo Dos Santos. Celui-ci lui a assuré qu’il était « pré-disponible » pour sensibiliser son homologue zimbabwéen Robert Mugabe à maintenir les engagements qu’il s’est dit prêt à assumer pour la tenue d’un scrutin libre et équitable.

Les problèmes qui persistent toujours seront-ils dépassés, d’ici le prochain sommet ? C’est l’espoir affiché par le Premier ministre zimbabwéen qui craint que le pays ne retombe dans des violences comme celles qui avaient endeuillé le scrutin de 2008.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail