Maroc

Réactions marocaines au discours du roi Mohammed VI

Casablanca, le 29 mai 2011. Manifestion en faveur de la démocratie organisée par le mouvement du 20 février. Avant la charge de police qui fera plusieurs dizaines de blessés, selon les organisateurs.
Casablanca, le 29 mai 2011. Manifestion en faveur de la démocratie organisée par le mouvement du 20 février. Avant la charge de police qui fera plusieurs dizaines de blessés, selon les organisateurs. © Reuters/Macao
Texte par : RFI Suivre
12 mn

Le Mouvement du 20 février, qui revendique des changements politiques profonds dans la société marocaine, appelle à manifester ce dimanche pour protester contre le projet de réforme constitutionnelle. Dans son discours télévisé du 17 juin, le roi Mohammed VI a demandé aux Marocains d’approuver une nouvelle constitution démocratique qui renforce les pouvoirs du Premier ministre, officialise la langue amazigh (le berbère) et octroie plus d'indépendance à la justice. Les réformes annoncées ont été accueillies de manière hétérogène.

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D’un côté, les jeunes du 20 février et une partie de la société civile se disent déçus de voir que les pouvoirs du roi restent quasiment inchangés. Les manifestants voulaient un roi qui règne mais qui ne gouverne pas. C’est raté : le monarque reste le chef de l’Etat, chef de l’armée et de la sphère religieuse. Il préside toujours les conseils des magistrats. « Le projet tel qu'il a été proposé par le roi ne répond pas à nos revendications pour une véritable séparation des pouvoirs. Nous protesterons pacifiquement dimanche contre ce projet », annonce ce samedi 18 juin, le mouvement contestaire du 20 février.« Nous sommes en train de rater un autre rendez-vous avec l'Histoire », appuie un blogueur du mouvement.

On est toujours dans un système d'une personne qui gère tout et la démocratie, c'est complètement le contraire.

Reportage dans un café du centre ville de Casablanca après l'annonce faite par le roi du Maroc des réformes prévues

Pour le Forum citoyen pour le changement démocratique, un mouvement créé le 8 avril dernier, ce texte « présente des avancées (...) qui peuvent être exploitées pour assurer le changement auquel aspirent les Marocains dans le sens d'une plus grande présence du citoyen comme légitimité de décision des politiques et aussi comme contrôle en termes de gouvernance », explique Bachir Rachdi.

Cette avancée est pleine de verrous

Bachir Rachdi, du Forum citoyen pour le changement démocratique

Du côté des partis politiques, c’est un tout autre discours avec en tête le parti islamique pour la justice et le développement qui qualifie le discours de positif, il se réjouit de la nouvelle répartition des pouvoirs.

« J'aurais voulu que la prérogative de faire partir un ministre du gouvernement n'ai pas de relation avec le roi (...) ils ont donné au Premier ministre le droit dissoudre le Parlement, c'est une question que je ne comprends pas bien (...) Il y a aussi la parité homme-femme qui est contraire à la justice puisque l'on doit juger sur les compétences mais grosso modo, on évolue positivement », se satisfait Abdelilah Benkirane.

Nous avançons, peut-être pas assez, mais nous avançons

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti de la justice et du développement (PJD)

En réalité, le PJD est surtout satisfait de voir qu’il l’a emporté sur le front religieux. Dans le nouveau texte, la liberté d’exercer sa religion est préservée, mais pas la possibilité de la choisir librement comme le stipulait une première bouture de cette réforme à laquelle le parti s’était opposé avec force.

Le Mouvement populaire, le parti amazigh, est bien sûr très satisfait. La langue des Berbères est enfin devenue officielle au même titre que l’arabe. C’était l’une des revendications de ce mouvement.

L'Union socialiste des forces populaires, parti historique, a appelé à voter en faveur de la nouvelle constitution, lors du référendum du 1er juillet : « Le projet de nouvelle constitution est le fruit de la raison et de la sagesse marocaine ainsi que du consensu national, ce qui consolidera la stabilité au Royaume ».

Cette constitution ouvre des voies intangibles vers la construction d'un Maroc démocratique

Ali Bouabid, membre du bureau politique de l'UFSP

Même approbation de l'Istiqlal (le parti de l’indépendance) qui s'est réuni ce samedi 18 juin. Ces deux derniers partis avaient participé au comité de réforme de la Constitution.

Le parti socialiste unifié (PSU), qui appuie le mouvement du 20 février, juge quant à lui, insuffisantes les réformes annoncées.

Nous sommes encore très loin d'une monarchie parlementaire

Najib Akesbi, membre du bureau politique du parti socialiste unifié (PSU)

En France, le président Nicolas Sarkozy a qualifié les réformes proposées par le roi Mohammed VI, d'« avancées capitales », notamment pour les « libertés publiques » et les « droits individuels »

Carte interactive

« À travers cette démarche résolue et attentive aux aspirations de son peuple, le roi Mohammed VI montre la voie d'une transformation profonde pacifique et moderne des institutions et de la société marocaines ».
Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a salué le discours du roi en le qualifiant d'« historique, visionnaire et courageux ».
 

 

Pour en savoir plus :

-La page Facebook du mouvement du 20 février au Maroc
-Le site participatif reforme.ma qui permet aux internautes de donner leur avis sur chaque article de la Constitution
-Le compte twitter du blogueur marocain Omar El Hyani

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