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France / Libye

France : droite et gauche autorisent la poursuite de la guerre en Libye

Munitions d'un rebelle libyen.
Munitions d'un rebelle libyen. © Reuters / Esam al-Fetori
6 mn

Le résultat du vote effectué hier 12 juillet sur la prolongation de l'intervention militaire en Libye est sans appel. A l'Assemblée nationale, 482 députés ont voté pour, et seulement 27 contre. Au Sénat, 314 élus ont voté pour, 24 contre. Cette consultation au Parlement a été rendue obligatoire par les modifications constitutionnelles adoptées en 2008.

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Il n'y avait pas vraiment de suspense autour de ce vote puisque le Parti socialiste a clairement approuvé, depuis le début, la participation de la France à cette intervention militaire, menée sous l'égide de l'ONU. Mais pour le député PS de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, le débat du 12 juillet 2011 avait une importance particulière : il devait montrer la détermination de la France aux yeux du monde. 

« S’il devait y avoir un arrêt de cette intervention en Libye aujourd’hui, ce serait un magnifique signal pour tous les tortionnaires, pour tous les chefs d’Etat qui sont très éloignés de la démocratie, je pense notamment en Syrie. S’il devait y avoir un arrêt de l’engagement international en Libye, c’est en Syrie que l’on en ressentirait humainement et au niveau des droits de l’homme, le pire des résultats. »

Ce point de vue est partagé par le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, pour lequel la poursuite de l'intervention militaire est une nécessité, même s'il reconnaît qu'elle a un coût financier important et que cette question ne doit pas être négligée.

« La France n’a pas les moyens de tout faire ni de tout faire partout. On sait très bien que si l’on consacre tout l’argent à cette opération et si on doit intervenir dans d’autres opérations extérieures, on n’en sera plus capable. Donc il faut, à un moment, savoir conclure mais conclure à l’heure qui convient. Et aujourd’hui, l’heure n’est pas complètement arrivée parce que le départ de Kadhafi est une nécessité pour que les conditions d’une négociation politique soient réunies. »

Le PS prend ses responsabilités

Le Parti socialiste veut agir en parti responsable et c'est bien ce que lui reprochent les communistes, seul groupe à avoir voté contre la prolongation de l'intervention. Le député des Hauts-de-Seine Roland Muzeau s'en explique.

« Je crois que le Parti socialiste a décidé de prendre une posture dont il pense que c’est la meilleure pour avoir une crédibilité présidentiable, au nom d’une forme de réalisme. Mais je crois que c’est probablement la pire des attitudes parce que, au nom de ce même réalisme, combien de pays faudrait-il bombarder aujourd’hui, combien de dictatures existantes faudrait-il rayer de la carte par les armes ? »

Sans aller jusqu'à  se désolidariser de la position officielle du Parti socialiste et à voter contre la prolongation du mandat des forces françaises, le socialiste Jean-Marie Le Guen a tout de même, lui aussi, fait part des ses interrogations sur l'intervention militaire en Libye et s'est abstenu de participer au vote.

« Autant j’ai approuvé l’idée d’une intervention militaire avec un but humanitaire précis, autant je trouve qu’aujourd’hui nous nous enlisons, nous nous laissons déborder d’un certain point de vue par cette guerre : il y a du matériel qui est parachuté on ne sait où, au profit d’on ne sait qui. On ne voit pas d’issue politique pour la Libye, on ne voit pas d’issue politique pour la région. »

Trouver une solution politique

C'est bien là en effet, la question principale posée à l'occasion de ce débat parlementaire en France. Après quatre mois de frappes, les troupes du colonel Kadhafi continuent de résister et les insurgés n'ont pas réussi à prendre le pouvoir. Et une intervention terrestre n'étant pas à l'ordre du jour, le Premier ministre l'a rappelé lors du débat, une solution militaire ne paraît pas envisageable. La recherche d'une solution politique est donc la prochaine étape. Axel Poniatowski, le président UMP de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, en convient.

« Il est vrai qu’il faut savoir sortir de cette situation, de ces opérations militaires. Et la bonne sortie, c’est un accompagnement fort, important, délibéré, d’une action politique et diplomatique. Les opérations et les frappes aériennes seules ne suffiront pas. »

La "bonne sortie", Nicolas Dupont-Aignan, député non inscrit ex-UMP, ne la voit pas venir. Pour lui, l'intervention militaire est d'ores et déjà un échec et les choses ne peuvent qu'empirer.

« C’est un engrenage et comme toujours, on n’a pas su s’arrêter à temps dans cet engrenage. Alors on va voir le résultat. Et même si le colonel Kadhafi part, quel va être le résultat ? Quel chaos ? Un million de personnes déplacées, des rebelles sur lesquels on ne peut pas compter ! C’est une guerre électoraliste. Le président veut une victoire avant le 14-Juillet. Mais tout cela est grotesque. »

Cette position est évidemment minoritaire. Et François Fillon qui a défendu l'intervention militaire de la France devant les parlementaires a répondu aux attaques sur le risque d'enlisement en déclarant : « Kadhafi est acculé. Il se dit lui-même dos au mur. Certes, le point de rupture n'a pas encore été atteint. Mais c'est maintenant qu'il faut être plus ferme que jamais. Et c'est maintenant que la communauté internationale doit se montrer inflexible. » Un message adressé aux Français qui douteraient. Car le débat avait aussi pour objectif de faire de la pédagogie.

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