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« La nuit oubliée – le 17 octobre 1961 », une plateforme documentaire

Olivier Lambert et Thomas Selva, co-réalisateurs du webdocumentaire "La nuit oubliée – le 17 octobre 1961".
Olivier Lambert et Thomas Selva, co-réalisateurs du webdocumentaire "La nuit oubliée – le 17 octobre 1961". DR
6 mn

Le 17 octobre 1961 se déroule à Paris une manifestation pacifique à l'appel de la Fédération de France du FLN. Plus de 30 000 Français musulmans d'Algérie manifestent contre un couvre-feu qui leur est imposé par le préfet de police Maurice Papon. La répression par les forces de l'ordre tourne au massacre... Entretien avec Olivier Lambert, journaliste, co-réalisateur avec Thomas Salva du webdocumentaire La nuit oubliée – le 17 octobre 1961.

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RFI : C’est un événement qui a été passé sous silence. Un événement tabou, comme d’ailleurs beaucoup d’événements liés à la guerre d’Algérie. Est-ce que vous sentez également cette chape de plomb aujourd’hui ?

Olivier Lambert : On ne peut plus parler de chape de plomb vraiment, car depuis une vingtaine d’année on commémore l’événement chaque année, grâce notamment à des associations ou des gens qui ont œuvré pour faire en sorte que le 17 octobre 1961 soit commémoré. La chape de plomb concerne toujours le bilan, donc l’accès aux archives de la préfecture de police ou de l’Institut médico-légal. La chape de plomb elle réside principalement sur le mensonge d’Etat, c'est-à-dire pendant plusieurs d’années, l’Etat français n’a pas reconnu sa responsabilité directe et n’a pas reconnu par exemple que Maurice Papon avait certainement dépassé les limites qui lui avaient été imposées par l’Etat français et par le général de Gaulle qui était président de la République à l’époque.

RFI : Vous avez cherché à interroger ce côté-là, le côté de l’Etat. Vous avez cherché à interviewer les responsables.
 
O.L. : Nous avons eu la chance d’obtenir l’interview de Constantin Melnik, chargé des questions de sécurité au cabinet du Premier ministre Michel Debré à l’époque. Constantin Melnik est quelqu’un qui a dès 1988 indiqué qu’il y a eu une répression le soir du 17 octobre 1961. Il a accepté de témoigner et il explique clairement qu’à l’époque, le gouvernement avait un problème avec les Algériens et avec le FLN (Front de libération nationale) et que la mission de Maurice Papon a été purement et tout simplement de liquider le FLN sur Paris, quitte à employer des moyens illégaux. On a également interviewé Pierre de Roujoux qui a été commandant du second de la force de police auxiliaire, qu’on a surnommé les « harkis de Paris » ou les « calots bleus ». Pierre de Roujoux a une position de militaire alors qu’il était employé comme « policier ». Lui, il dit clairement qu’il était employé pour faire la guerre dans Paris, la guerre contre les cellules spéciales du FLN.

RFI : Au-delà de ces deux personnages, en gros on vous répond que c’est une histoire du passé, qu’elle doit rester dans le passé.
 
O.L. : En 2001, une plaque commémorative a été posée sur le pont Saint-Michel à Paris, par le Maire de Paris, Bertrand Delanoë. Cette plaque constitue une reconnaissance de l’Etat d’une certaine façon. Et maintenant pour beaucoup de personnes c’est de l’histoire ancienne, les années ont passé… La question du bilan ou la question du crime contre l’humanité qui est parfois soulevée, est finalement assez peu importante.

RFI : Vous avez choisi le format du webdocumentaire pour en parler. Pourquoi ?
 
O.L. : Pour nous, ce qui était important de créer avec Thomas Salva avec qui je travaille depuis deux ans, c’était avant tout de faire une plateforme documentaire. On a utilisé les moyens disponibles aujourd’hui, c’est-à-dire le multimédia et l’internet pour exposer à la fois le 17 octobre 1961, c’est-à-dire ce qui s’est passé ce jour-là, avec des témoins directs, des témoignages vidéo…

RFI : Des témoignages où on peut se déplacer sur la carte de Paris et à chaque fois savoir exactement à chaque endroit etavoir un témoin qui parle de ce qui s’est passé à cet endroit-là.
 
O.L. : Oui, on a cette option de carte qui nous permet de repérer et de situer les lieux de la nuit et on avait envie de prendre un peu plus de recul avec des témoignages, notamment Constantin Melnik ou Michel Rocard qui a été à l’époque membre du Parti socialiste unifié (PSU) pour comprendre aussi le contexte de l’époque et comment cet événement a pu avoir lieu. Et comment cet événement a pu aussi tomber dans l’oubli. On parle de la censure. L’idée de plateforme documentaire est vraiment de démultiplier les témoignages, mais aussi les documents. Il y a beaucoup de vidéos, photos, documents d’archives qu’on a réussi à recueillir et finalement on exploite les possibilités d’internet pour raconter une histoire sous différents angles. L’intérêt pour nous a été beaucoup plus fort que de faire un documentaire pour la télévision par exemple qui est un format beaucoup plus lourd, plus rigide et qui demande plus de moyens. On voulait proposer un endroit où les internautes puissent aller pour consulter les témoignages selon leurs envies et puis avoir un lieu qui reste à terme, c’est à-dire qu’il est consultable tous les jours, en France, mais aussi par exemple en Algérie.

La nuit oubliée – le 17 octobre 1961, de Olivier Lambert et Thomas Salva.

Voir aussi :
Cinéma d'aujourd'hui, Cinéma sans frontières avec Jean-Luc Enaudi, journaliste, auteur de nombreux ouvrages consacrés au 17 octobre 1961 et proche de Jacques Panigel.

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