RDC / Elections

Campagne électorale sous tension en RDC

AFP

Depuis l’ouverture de la campagne électorale, le 28 octobre 2011, la violence s’y est invitée sous plusieurs formes. Propos incitant à la violence, échauffourées entre partisans des formations adverses et heurts avec la police ont suscité l’inquiétude. La France, les Etats-Unis et l’ONU, préoccupés, « appellent à des élections crédibles et pacifiques » mais ce scrutin du 28 novembre 2011 s’avère d’ores et déjà à hauts risques.

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La tension s’est exacerbée le samedi 5 novembre 2011 à Lubumbashi, deuxième ville du pays, où des heurts ont opposé des militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de l’opposant Etienne Tshisekedi et ceux de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unacef) de Kyungu Wa Kumuanza, parti favorable au chef de l’Etat Joseph Kabila. Ces échauffourées ont provoqué une vingtaine de blessés dont huit grièvement et d’importants dégâts matériels. L’UDPS a par la suite déploré le décès d’un des siens, suite à ces violences de samedi.

A Goma, dans le Nord-Kivu, des manifestations de colère de jeunes de la ville ont suivi l’enlèvement, vendredi 4 novembre 2011, du chanteur Fabrice Muupfiritsa, qualifié de proche de l’opposition. Sa réapparition, le lundi 7 novembre, dans un piteux état physique, n’a pas pour autant mis fin au climat de suspicion.

Lundi 7 novembre 2011, des heurts ont de nouveau éclaté à Lubumbashi entre partisans de l’UDPS et ceux du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) - parti au pouvoir - chaque camp accusant l’autre d’attiser la violence.

Pour le secrétaire exécutif du PPRD au Katanga, Louis Nthole, « la provocation vient de l’opposition ». Dans l’opposition, on dénonce les inégalités de moyens pour cette campagne électorale et l’on déplore aussi une forme de pensée unique politique qui exclut toute opposition au discours majoritaire. Pour Fabien Mutomb, vice-président de l’UDPS Katanga, « c’est ce sentiment qui favorise la violence », a-t-il expliqué sur RFI.

La journée de l’ouverture de la campagne électorale, le 28 octobre 2011 avait elle aussi été marquée par des affrontements entre les militants de l’UDPS et ceux du PPRD qui ont causé la mort d’une fillette de 8 ans et plusieurs blessés. Cela s’est passé dans la localité de Mbuji-Mayi, capitale de la province du Kasaï-Oriental, fief de l’opposant historique Etienne Tshisekedi.

Le même jour, un collectif de 41 ONG congolaises et internationales avait appelé au renforcement de la sécurité pour « prévenir la violence électorale ».

« Vous pouvez me considérer comme le président de la République »

Ce dernier week-end a été également marqué par les propos tenus par l’opposant Etienne Tshisekedi qui sont venus semer encore plus de trouble dans cette campagne et qui ont provoqué des réactions bien au-delà des frontières de la République démocratique du Congo.

Dimanche soir, le 6 novembre 2011, Tshisekedi intervenait au téléphone, depuis l’Afrique du Sud où il séjournait à ce moment-là, dans une émission de Radio Lisanga Télévision (RLTV) – une chaîne de télévision qui lui est favorable, à Kinshasa. En s’adressant à ses militants, il leur a dit « vous savez que la majorité de ce pays est avec nous, vous pouvez me considérer comme le président de la République ». Il a ensuite appelé ses militants à intensifier la lutte pour la libération des prisonniers arrêtés lors des précédentes manifestations de l’UDPS.

Cette phrase « vous pouvez me considérer comme le président de la République », a immédiatement suscité la réaction du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) qui l’a considérée comme une auto-proclamation.

Autres conséquences immédiates : la chaîne a vu son signal coupé pour 7 jours et un avertissement du CSAC a été adressé à Etienne Tshisekedi contre ce que l’organisme considère comme un dérapage susceptible de troubler l’ordre public et la paix sociale. Dans l’entourage de Tshisekedi, on récuse toute auto-proclamation et selon un de ses conseillers, « c’est une formule sortie de son contexte ».

La Belgique, l’Union européenne, la France, la Grande-Bretagne et l’ONU ont exprimé leur inquiétude ce mardi 8 novembre 2011. Ils appellent tous les acteurs politiques en RDC à « s’engager sans réserve sur un processus électoral apaisé, respectueux de tous et permettant des élections libres, transparentes et crédibles ».

Tout comme la communauté internationale, Kengo Wa Dondo, président du Sénat et lui aussi en course à la présidentielle, a également invité la classe politique à plus de prudence.

J’invite les candidats à l’élection présidentielle à peser tous les mots qu’ils prononcent.

Kengo Wa Dondo, président du Sénat en RDC.

Les défis logistiques du scrutin

Dans ces conditions, la question est de savoir si le scrutin pourra se dérouler sans violence. Mais là n’est pas le seul défi car pour que le scrutin se déroule dans de bonnes conditions, il faut également dépasser les énormes difficultés d’organisation et de logistique.

La RDC est un immense pays, avec de nombreux territoires enclavés, faute d’infrastructures routières, et la logistique représente le premier défi des élections. Il faudra s’assurer que les 32 millions d’électeurs sont bien enregistrés, puis veiller au transport du matériel électoral dans les 62 000 bureaux de vote et il faudra enfin contrôler le scrutin.

Le 28 novembre prochain, les électeurs voteront donc pour une élection présidentielle mais aussi pour des législatives. Onze candidats, dont le chef de l’Etat sortant Joseph Kabila, se présentent à la magistrature suprême et 18 855 candidats vont se disputer les 500 sièges de députés. Ce nombre très élevé de candidats crée un autre défi pour l’impression et la distribution des bulletins de vote.

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