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GAMBIE

Gambie : derrière la façade constitutionnelle, le pouvoir d’un seul

De acordo com dados provisórios, o Presidente Gambiano Yahya Jammeh foi reeleito
De acordo com dados provisórios, o Presidente Gambiano Yahya Jammeh foi reeleito AFP PHOTO / SEYLLOU

Les électeurs gambiens étaient appelés aux urnes ce jeudi 24 novembre 2011 pour choisir un président. Sur les rangs, deux opposants : Ousainou Darboe et Hamath Ba face au sortant, Yaya Jammeh. Jammeh est le grand favori de ce scrutin, en grande partie parce qu’il tient le pays d’une main de fer depuis 1994.

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De notre correspondant dans la sous-région,

22 juillet 1994. Il se passe quelque chose d’anormal à Banjul et dans la banlieue de la capitale gambienne. Les militaires de la Gambia National Army sont dans les rues armés de fusils-mitrailleurs AK97 et de lance-roquettes RPG. Ils fouillent les véhicules et limitent le trafic vers la capitale gambienne « pour des raisons de sécurité ». Des coups de feu se font entendre à la mi-journée dans les garnisons de Bakau et Yundum. En début de soirée, la Gambia National Army annonce finalement qu’elle a mis fin au règne du PPP, le People’s Progressive Party. Dawda Jawara, qui avait dirigé le pays depuis l’indépendance en 1965, perd le pouvoir en quelques heures et sans grande résistance. (1)

Le lendemain, le 23 juillet, l’identité des membres de l’AFPRC, l’Armed Forces Provisional Ruling Council est rendue publique. Tous sont jeunes. Un nom émerge rapidement : celui du Lieutenant Yaya Jammeh.

Deux ans après le coup, en septembre 1996, Jammeh est « élu » président de la République à l’issue d’un scrutin dont la régularité a laissé sceptiques de nombreux observateurs. Il sera réélu en 2001 et en 2006.

Sous Jammeh, les espaces de liberté et de contestation sont réduits au minimum en Gambie. D’après le chercheur Ebrima Jogomai Ceesay, qui vit en exil en Grande-Bretagne, derrière des institutions de carton-pâte, on voit immédiatement surgir un pouvoir concentré entre les mains d’un seul : « Il y a une sorte de façade constitutionnelle, explique-t-il, des élections ont lieu tous les cinq ans, il y a un Parlement, une justice… mais en réalité… de manière concrète, il n’y a pas de démocratie en Gambie. »

« Si vous prenez la justice par exemple, poursuit Ebrima Jogomai Ceesay, les juges gambiens ne sont pas indépendants. Ils sont nommés par le président et si l’un d’entre eux rend un jugement défavorable à l’Etat, son contrat s’achèvera. J’ai eu connaissance aussi de cas de personnes torturées pendant leur détention. »

Pour ce chercheur, le pouvoir -en réalité- repose à la présidence… et l’autorité du président Jammeh est « absolue ». Selon Ceesay, les liens que Jammeh a maintenus avec l’armée sont tellement forts que le régime gambien peut être défini comme « quasi militaire ».

Un régime qui refuse toute parole contradictoire

Les voix dissonantes ont de grandes difficultés à se faire entendre. L’organisation Reporters sans frontières attire régulièrement l’attention sur des atteintes aux droits de la presse… et dans le pire des cas des disparitions de journalistes. « La situation de la presse dans ce pays est absolument catastrophique, c’est l’une des pires d’Afrique de l’Ouest, estime Ambroise Pierre le responsable du bureau Afrique de RSF. En réalité, dans ce pays, pour les journalistes, c’est le règne de la peur, de l’impunité et de l’autocensure ».

La peur, car Yayah Jammeh menace lui-même les journalistes. L’impunité, car après l’assassinat en 2004 de Deyda Haidarra, le correspondant de l’AFP (Agence France Presse), la lumière n’a jamais été faite. L’autocensure, car en Gambie, les lois sur la diffamation et la publication de fausses nouvelles sont draconiennes et obligent les journalistes à se limiter.

Cette difficulté à faire entendre en Gambie une parole contraire à celle du président Jammeh s’est illustrée de manière caricaturale au sujet de la lutte contre le Sida. Yayah Jammeh a prétendu ces dernières années qu’il pouvait guérir le Sida en utilisant des pouvoirs mystiques et des plantes. Et, bien que les spécialistes du virus n’apportent aucun crédit au « traitement miracle », émettre des doutes sur son efficacité n’est pas toléré. En 2007, la doctoresse Fadzai Gwaradzimba, coordinatrice résidente du système des Nations unies en Gambie a été déclarée persona non grata après avoir émis des réserves sur ce traitement.

Critères d’une élection libre non remplis

Dans un tel contexte de fermeture, les résultats des élections du 22 novembre sont sans grand suspense. La réélection de Yayah Jammeh pour un quatrième mandat fait peu de doute. La Cédéao, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest a d’ailleurs indiqué la veille du scrutin qu'elle n'enverrait pas d'observateur, car selon elle, les critères d'un scrutin libre et transparent ne sont pas remplis.

Les rapports que l’organisation régionale a reçus parlent d’intimidation, d’un niveau inacceptable de contrôle de la presse électronique, de manque de neutralité des institutions étatiques et para étatiques… d’une opposition et d’un électorat, enfin, effrayés par la répression.

En dépit de cette fermeture du régime, de cette privation de droits politiques, Yayah Jammeh bénéficie pourtant, selon Ebrima Jogomai Ceesay d’une certaine popularité dans le pays. Popularité au sein de sa communauté, les Diolas tout d’abord, mais popularité également chez les jeunes, chez les femmes. Il peut enfin afficher la réalisation de certains de projets de développement. Tout cela, selon le chercheur, va contribuer à son score lors de la présidentielle.

(1) Le coup d’Etat du 22 juillet 94 est raconté par Ebrima Jogomai Ceesay dans « The military and ‘democratisation‘ in the Gambia : 1994-2003 » Trafford Publishing, 2006

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