Afrique de l’Ouest / Alimentation

Le Sahel en situation d’insécurité alimentaire

Le PAM à Gorgadji - Distribution de vivres au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Gorgadji, au Burkina Faso.
Le PAM à Gorgadji - Distribution de vivres au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Gorgadji, au Burkina Faso. (Photo : Sayouba Traoré/RFI)

Lors d’une conférence de presse organisée ce jeudi 8 décembre 2011 à Dakar, le Programme alimentaire mondial (PAM) estime entre cinq et sept millions le nombre de personnes en « situation d’insécurité alimentaire » et qui ont besoin d’assistance. Le Niger, la Mauritanie, le Mali et le Tchad sont les quatre pays les plus touchés. Selon le PAM, la crise est déjà là et il faut maintenant agir pour atténuer son impact.

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Selon les dernières évaluations sur l’état des cultures, des millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire dans certaines régions du Sahel à cause des précipitations irrégulières, des prix élevés du riz et du blé importés ainsi que du contexte général de malnutrition et d’insécurité alimentaire chronique. Une grave crise alimentaire menace dorénavant la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad mais d’autres pays du Sahel, tels que le Sénégal, la Gambie ou le Burkina Faso où les baisses de récolte sont beaucoup plus localisées, font aussi l’objet de préoccupations.

Etat de fragilité extrême des populations

« La crise est déjà là. Tout ce qu’on peut faire, c’est d’essayer d’atténuer son impact sur les populations, notamment celles qui sont les plus affectées ou les plus démunies », a déclaré Thomas Yanga, chef du bureau régional du PAM pour l’Afrique de l’Ouest, lors de la conférence de presse dans la capitale sénégalaise.

Même préoccupation pour l’ONG Action contre la faim pour qui il existe un facteur encore plus inquiétant que celui d’une saison de pluies médiocres : l’état de fragilité extrême des populations.

La région connaît en effet régulièrement des périodes de sécheresse, en moyenne tous les 4 à 5 ans, mais la situation actuelle est particulièrement préoccupante car depuis la grande sécheresse de 2005 - celle-ci avait affecté 10 millions de personnes - il n’y a pas eu deux années consécutives de très bonnes récoltes. Une situation qui a fait que beaucoup de familles ont épuisé leurs réserves.

D’autres facteurs sont venus s’ajouter et contribuer à cet état de fragilité des populations : les crises libyenne et ivoirienne qui ont provoqué le retour au pays de nombreux émigrés. Une situation qui a engendré une perte conséquente de revenus financiers et qui a affecté la capacité des communautés à se nourrir. Au Tchad, par exemple, avec le retour de 90 000 personnes en provenance de Libye, ce sont autant de bouches en plus à nourrir et un manque de transferts monétaires.

Et à cela, il faut bien sûr ajouter l’impact de la hausse générale des prix de l’alimentation sur les marchés ; une hausse dans toute la zone sahélienne même s’il existe certaines disparités régionales.

Le « coup de gueule pour le Sahel » d’ACF

Pour le chef de la mission d’Action contre la faim au Tchad, Pierre-François Grange, la « période de soudure » où les greniers sont vides en attendant la récolte suivante, devrait intervenir beaucoup plus tôt que d’habitude, vers février. Il précise également que dans la partie du grand Kanen, dans l’ouest du Tchad, où travaille ACF et où vivent 40 000 personnes, 60% des villages n’ont pas de récoltes et 40% des stocks suffisants pour un mois. « Fin janvier, 100% des villages n’auront plus rien », a-t-il prévenu.

De son côté, l’ONU a averti que plus de la moitié des villages du Niger sont exposés à une crise alimentaire.

Au Mali, et selon les autorités maliennes, ce sont 1,7 million de personnes qui sont menacées. Fin octobre 2011, le PAM avait déjà précisé qu’un million de personnes avaient un besoin urgent de nourriture suite aux mauvaises récoltes. En Mauritanie, environ 700 000 personnes sont en proie à une insécurité alimentaire sévère et au Burkina Faso, plus du tiers des communes ont d’ores et déjà été déclarées en « insécurité alimentaire » par le gouvernement.

L’organisation ACF a lancé ce jeudi 8 décembre 2011 un « coup de gueule pour le Sahel ». La région est menacée par une grave crise alimentaire et il faut « organiser dès maintenant la riposte ». ACF précise qu’aujourd’hui « on sait anticiper » et que maintenant « il faut des décisions fortes des acteurs nationaux et internationaux ».

Le Niger, le Mali et le Burkina ont appelé à l’aide extérieure

Les présidents du Niger, du Mali et du Burkina Faso, réunis en sommet le 24 novembre 2011 à Niamey, au Niger, ont appelé la communauté internationale à l’aide face à la crise alimentaire qui touche leurs pays. Préoccupés par la situation, ils « ont appelé la communauté internationale à accompagner les Etats dans leurs efforts pour juguler la crise alimentaire ».

Les autorités maliennes ont déjà commencé à chercher à acquérir près de 46 000 tonnes de céréales pour pouvoir nourrir gratuitement 1,7 million de personnes menacées qui sont réparties dans 104 communes du Mali. Il faudrait 45 886 tonnes de céréales, selon Yahaya Nouhoum Tamboura, commissaire à la sécurité alimentaire au Mali.

Pour Action contre la faim, il s’agit donc d’intervenir avant la « soudure » - moment où les greniers sont totalement à vide avant les prochaines récoltes – afin d’atténuer l’impact de cette situation sur la nutrition des adultes mais aussi des jeunes enfants dans les semaines et mois à venir. « Il faut des soutiens financiers aux ménages les plus vulnérables et des distributions alimentaires à destination des enfants », précise ACF qui conclut, selon sa représentante pour l’Afrique de l’Ouest Patricia Hoorelbeke, « C’est ce qui est entrepris aujourd’hui qui déterminera si une nouvelle crise alimentaire d’ampleur aura lieu au Sahel ou si elle peut être évitée ».

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