Guinée-Bissau

Guinée-Bissau : les héritiers se disputent le pouvoir

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Guinée-Bissau Carte : RFI/D. Alpoge

Après le décès du président bissau-guinéen Malam Bacai Sanha, Raimundo Pereira, le président de l'Assemblée nationale, a été nommé président par intérim en vertu de la constitution. Une nomination contestée par un collectif de partis d'opposition qui craignent que le président par intérim ne mette fin aux fonctions du procureur général qui enquête actuellement sur l'assassinat de plusieurs personalités politiques dont le président Vieira assassiné en 2009. Au-delà de cette bataille, c'est bien une guerre de succession qui s'enclenche à Bissau.

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Malama Bacai Sanha n'a pas encore rejoint sa dernière demeure que ses héritiers se disputent déjà l'empire. L'opposition vient d'envoyer un signal clair : elle n'entend pas laisser le duo Raimundo Pereira-Carlos Gomes contrôler les institutions jusqu'à l'élection présidentielle sans rien dire.

Le président par intérim et le Premier ministre sont alliés. Le second a construit depuis un an une stratégie visant à renforcer son influence au sein de l'appareil d'Etat. Il s'est entouré d'anciens militaires respectés, il dispose de soutiens internationaux et notamment de la puissance de feu de l'Angola qui a envoyé 200 soldats à Bissau.

Carlos Gomes Junior a clairement l'ambition de succéder à Malam Bacai Sanha. Mais il a face à lui l'opposition du Parti pour la rénovation sociale (PRS), le parti de Kumba Yala, très influent au sein des forces armées et qui agite la menace d'un démantèlement de l'armée par Carlos Gomes. Ce dernier est en effet le principal artisan d'une réforme souhaitée par les bailleurs de fonds, mais peu populaire au sein de la troupe.

Au chapitre des coups bas, Carlos Gomes et Raimundo Pereira s'attendent à des attaques venues de leur propre parti le PAIGC (Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert). Le parti est loin d'être homogène et l'aile favorable à Malam Bacai Sanha est en guerre ouverte avec Carlos Gomes accusé d'être trop proche de l'ancienne puissance coloniale, le Portugal.

Bref, l'avenir s'annonce complexe. Certains observateurs redoutent que la lutte politique n'entraîne une destabilisation interne. destabilisation qui profiterait à l'armée.

La dépouille du président bissau-guinéen, décédé ce 9 janvier 2012 à Paris, sera ramené ce samedi à Bissau, avant son enterrement.  Le gouvernement souhaite que le défunt chef d'État soit enterré au cimetière des Martyrs, où repose Amilcar Cabral, fondateur du PAIGC et héros de la libération mais la famille de Malam Bacai Sanha veut qu'il soit inhumé dans son village natal, à Kam, dans le sud du pays.

L'opposition conteste la nomination de Raimundo Pereira en rappelant qu'il avait déjà violé la Constitution lors de son passage à la tête du pays en 2009, après l'assassinat du président João Bernardo Vieira. Plusieurs personnalités politiques proches du chef de l'État avaient été tués par des militaires lors de l'intérim de Pereira dont un candidat à la présidentielle. L'élection, selon Amnesty International, s'était déroulée en juin 2009 dans un climat de peur et de censure.

 

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