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Ethiopie

L’Ethiopie expulse des milliers de villageois pour louer leurs terres

Le nouveau village de Bildak, dans la région de Gambela en Ethiopie.
Le nouveau village de Bildak, dans la région de Gambela en Ethiopie. Human Rights Watch (2011)
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Les autorités éthiopiennes ont expulsé des milliers de villageois de leurs terres pour faire place au développement de projets agricoles, provoquant leur appauvrissement et menaçant leur sécurité alimentaire, a déclaré mardi 17 janvier 2012 l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW).

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Selon le rapport de HRW, au moins 3,6 millions d'hectares, soit plus que la superficie des Pays-Bas, ont été loués à des sociétés étrangères ou appartenant à l'Etat éthiopien. Les forces de sécurité ont utilisé la violence pour obliger les habitants, environ 70 000, à abandonner leurs terres, notamment dans la partie ouest de la région de Gambela, vers des localités où, selon le rapport, ces populations « manquent de nourriture adéquate, de terres arables, de soins de santé et d’installations scolaires ».

Dans une interview accordée à RFI, Jean-Marie Fardeau, directeur du bureau de HRW à Paris, a révélé que l’enquête de son organisation « repose sur plus d’une centaine d’entretiens avec des Ethiopiens qui sont réfugiés à Dadaab, au nord du Kenya, près de l’Ethiopie, mais également à Nairobi. Toutes ces personnes ont confirmé que les déplacements de populations dans la région de Gambela n’étaient absolument pas volontaires et que les populations qui étaient déplacées se retrouvaient dans une situation extrêmement précaire, sans pouvoir réellement survivre ».

De leur côté, les autorités d’Addis-Abeba affirment qu’elles fournissent les ressources et les infrastructures nécessaires pour ces villageois déplacés, ce que conteste Jean-Marie Fardeau : « Malheureusement la réalité ne correspond pas à ce que les autorités éthiopiennes disent. C'est-à-dire que les populations se plaignent de n’avoir finalement pas accès à des terres fertiles, de ne pas avoir assez d’eau ». Le directeur du bureau de HRW à Paris a souligné qu’il est « extrêmement touchant et émouvant de voir que tous les témoignages se résument en une phrase : ‘ Nous attendons la mort ’. C’est dire qu’ils ne voient pas comment survivre sur ces terres. Ils craignent une famine sur ces terres qui leur auront nouvellement été attribuées, alors que des terres fertiles ont été apparemment louées en grande quantité à des investisseurs étrangers ».

Jean-Marie Fardeau espère que ce rapport obligera les autorités éthiopiennes à respecter leur Constitution, mais également leurs engagements internationaux qui interdisent les déplacements forcés et en particulier ceux des populations autochtones : « Nous ne sommes pas contre les déplacements, mais il faut qu’ils soient volontaires, bien accompagnés, dans un cadre juridique clair ». Le directeur du bureau de Human Rights Watch à Paris s’est déclaré préoccupé par l’absence de réactions de la communauté internationale, dont les Nations unies, « mais surtout les bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale, les Etats-Unis et l’Union européenne qui sont très impliqués avec les autorités éthiopiennes sur de nombreux programmes et en particulier le fait que ces bailleurs ont estimé que les déplacements étaient volontaires, alors que tout prouve que ces déplacements ne le sont pas. Il y a pour l’instant 70 000 personnes déplacées. Il pourrait y en avoir bien plus encore dans les mois et années qui viennent ». 

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