Accéder au contenu principal
Mali / Violences

Mali : exécutions sommaires à Aguelhoc, selon Paris et Bamako

© RFI
Texte par : Ursula Soares
10 mn

Dans un entretien accordé ce lundi 13 février 2012 à RFI, Henri de Raincourt, ministre français de la Coopération, a dénoncé le massacre de près d’une centaine de militaires lors de l’offensive des rebelles touaregs contre Aguelhoc, dans le nord-est du Mali, le 24 janvier dernier. Suite à ces déclarations de Paris, l’armée malienne a confirmé que des exécutions sommaires de soldats mais également de civils ont effectivement été commises.

Publicité

Il y a eu deux attaques à Aguelhoc, le mercredi 18 janvier et le mardi 24 janvier. Dans les jours qui ont suivi cette deuxième attaque, Bamako a annoncé que des rebelles du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) avaient combattu aux côtés des jihadistes d’Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique) mais n’a pas, à ce moment-là, parlé de massacre ou d’exécutions sommaires.

A l’époque, seules des photos ont circulé sur internet. Des photos de corps d’hommes habillés en tenue militaire mais pas de déclarations officielles. Ce n’est qu’aujourd’hui finalement que Paris assure avoir été informé, la semaine dernière, de ces violences qu’il qualifie d’atroces et d’inadmissibles. Paris a fait état d’une centaine de personnes égorgées ou abattues à Aguelhoc, fin janvier.

Joint par RFI, le colonel Idrissa Traoré, chef de la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa) du Mali, a confirmé les exécutions sommaires de militaires mais également de civils. Il ne précise pas le nombre exact de morts. Selon diverses sources contactées par RFI, il y aurait eu entre une soixantaine et une centaine de personnes exécutées. Une commission composée de militaires, policiers et magistrats enquête actuellement sur ce qui s’est passé à Aguelhoc. Elle devrait rendre prochainement son rapport.
   

Il y a eu des exactions lors des deux attaques, des exécutions sommaires. Il y a des photos et des preuves que la commission livrera.

Idrissa Traoré, chef de la Direction de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa) du Mali

Qui aurait commis ces exactions ?

Bamako pointe du doigt « les gens d'al-Qaïda au Maghreb islamique » sans qu’aucun responsable ne soit désigné nommément. Le colonel Idrissa Traoré parle de « jihadistes d’Aqmi en alliance avec les rebelles touaregs ». Paris, de son côté, parle simplement de méthodes proches de celles d’al-Qaïda.

Les deux attaques d’Aguelhoc ont été revendiquées par les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Ceux-ci ont reconnu, à demi-mot, qu’il y avait, à leurs côtés, des hommes de la mouvance de l’ex-chef de la rébellion touarègue des années 1990, comme Lyad Ag Ghali, devenu salafiste. Cependant, le MNLA dément tout lien avec Aqmi. Il reconnaît par ailleurs qu’il y a eu de nombreux morts dans les combats qui ont été violents à Aguelhoc mais assure qu’il n’y a pas eu d’exactions. Le porte-parole des rebelles touaregs à Paris, Hama Ag Sid Ahmed assure, depuis que les photos circulent, qu’elles sont en fait de vieux clichés qui n’ont pas été authentifiés.

Joint par RFI, Hama Ag Sid Ahmed donne sa version des faits et dénonce les agissements de l’armée malienne.         

Nous n'avons égorgé personne ; il n’y avait pas de salafistes au moment des opérations d’Aguelhoc.

Hama ag Sid’ahmed, porte-parole des rebelles touaregs à Paris.

 

Plusieurs groupes opèrent au nord du Mali

On dénombre quatre groupes : deux ont fait allégeance à Bamako ; le troisième s'est déclaré neutre mais n'a pas rendu ses armes et enfin le quatrième groupe, installé à Zakak, a, dès son arrivée, affiché des intentions belliqueuses. C'est le colonel Najim qui est à sa tête et est devenu chef militaire du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad), après avoir fait jonction avec les fondateurs du MNA .(Mouvement National de l'Azawad), mouvement créé en octobre 2010. Najim a combattu dans la brigade de Khamis Kadhafi, l'un des fils du colonel Kadhafi, mort au combat.

Depuis le début des hostilités, le MNLA a été rejoint par des déserteurs de l'armée malienne comme Assalat Ag Abi, haut fonctionnaire au ministère de la Défense, et par le commandant Ba Ag Moussa qui était chef des unités spéciales.

Plusieurs autres petits groupes restés au Mali participent aux combats : celui de Yad Ag Ali, un historique de la rébellion touarègue de 90. Rentré dans le rang rapidement, il a servi comme agent consulaire du Mali en Arabie Saoudite et joué les interfaces dans les affaires de prise d'otages. Conseiller municipal du parti Adéma, il s'est aujourd'hui radicalisé en devenant salafiste. Son groupe, qui recrute également chez les Touaregs rentrés de Libye, aurait des contacts irréguliers avec Aqmi.

Autre salafiste : Abdelkrim - de son vrai nom Amada Ag Mama - lieutenant d'Aqmi, il est impliqué dans le trafic de drogue et dans les prises d'otages. C'est lui qui détiendrait les deux Français enlevés à Homburi. Appartenant à un des clans des Iforas, on le dit cousin de Yad. Ses hommes auraient pu commettre les exécutions d'Aguelhok.
Le MNLA entretient des liens avec ces groupes qui mènent des opérations seuls ou en commun contre l'armée malienne.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.