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Un document de la FAO encadre l’achat des terres dans les pays pauvres

Deux agricultrices récoltent du manioc dans un champ.
Deux agricultrices récoltent du manioc dans un champ. DR

Le Comité de sécurité alimentaire (CSA) mondiale de la FAO a adopté, ce vendredi 11 mai, un document visant à encadrer l’achat de terres à travers le monde. Le document intitulé « Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts » a été élaboré après plusieurs mois de négociations entre les Etats, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé. Pour le président en exercice du CSA de la FAO, le Nigérian Yaya Olaniran, il s’agit d’un « moment historique ».

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L’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) espère faire de ce texte, « un document de référence ». Ce document, d’une quarantaine de pages, définit les principes et pratiques souhaitables en matière de gouvernance foncière et d’accès à la terre. Ce sont des directives volontaires et « c’est aux Etats qu’il incombe de les mettre en œuvre » rappelle le texte, bien qu’elles n’aient pas de caractère obligatoire.

A la FAO, on se réjouit car ce document « extrêmement important » est aussi « le premier consacré à la gouvernance sur la propriété des terres » a déclaré le directeur général de l’organisation onusienne, José Graziano da Silva. La reconnaissance de la propriété informelle de la terre est un point « fondamental pour des millions d’agriculteurs, producteurs et artisans pêcheurs » s’est-t-il réjoui.

Partant du constat que « des droits fonciers inadaptés et non sécurisés augmentent la vulnérabilité, la faim et la pauvreté », ces directives volontaires devraient attirer l’attention des Etats sur les risques que les transactions à grande échelle, portant sur les droits fonciers, sont susceptibles de présenter.

Le principal message de ce document indique qu’il est possible d’avoir une gouvernance de la terre beaucoup plus juste...

Eve Crowley

Selon la FAO, combattre la faim et la pauvreté passe par le droit accordé aux communautés locales qui doivent être consultées et informées en toute transparence dans le cas des achats et locations des terres agricoles à grande échelle. Les intérêts des habitants seraient ainsi mieux préservés. Parmi les directives préconisées, figure aussi l’égalité des sexes. Ce dernier point est également crucial. En Afrique, par exemple, à peine moins de 10% des propriétaires des terres sont des femmes.

Les ONG - qui dénoncent, depuis plusieurs années, l'impact négatif de cette course à la terre dans les pays pauvres - se réjouissent de l'adoption de ce document mais elles regrettent que le texte ne soit pas contraignant. C’est le cas de l’ONG Oxfam.

Nous regrettons que le texte n’ait pas valeur de loi...

Clara Jamart

 
Les achats et locations de terres à grande échelle ne profitent pas aux pays pauvres

Le phénomène des achats et locations de terres agricoles à grande échelle date de la fin des années 2000 et suscite depuis, des débats passionnés. Des études ont montré que les investissements se concentrent dans les pays pauvres où la propriété foncière est mal garantie et qu’ils ne profitent pas aux pays-cibles.
Les chercheurs estiment que plus de 200 millions d’hectares de terres ont été vendus entre 2000 et 2010, souvent au détriment des populations locales.

Selon les données publiées par Land Matrix - projet qui rassemble cinq partenaires dont, pour la France, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) - le phénomène d’accaparement des terres a pris de l’ampleur avec la hausse des prix alimentaires et touche surtout l’Afrique, avec 62% des transactions.

Les auteurs de ces données relèvent également que la production est destinée, en grande partie, à l’exportation et que les principales transactions se font par des entreprises privées. Ils constatent également qu’un quart des terres acquises concerne des cultures destinées à produire des biocarburants.

Autre phénomène : près de la moitié des terres achetées ou louées « concernent des zones déjà cultivées » contrariant ainsi l’idée que ces investissements permettraient d’exploiter des terres en friche. De plus, tous ces projets nécessitent beaucoup d’eau, diminuant ainsi les ressources des pays en question.

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