Soudan du Sud

Soudan du Sud : le président Salva Kiir dénonce la corruption dans son pays

Pour redresser les finances du Soudan du Sud, le président Salva Kiir semble compter sur le civisme des responsables à qui il demande de «rendre les fonds volés» en échange d’une amnistie.
Pour redresser les finances du Soudan du Sud, le président Salva Kiir semble compter sur le civisme des responsables à qui il demande de «rendre les fonds volés» en échange d’une amnistie. Reuters/Thomas Mukoya
Texte par : Ursula Soares
6 mn

Le président Salva Kiir demande à ses ministres, ses ex-ministres et autres responsables du pays de rendre 4 milliards de dollars qu’ils ont détournés des caisses de l’Etat. C’est ce qu’affirme le président du Soudan du Sud dans une lettre ouverte adressée aux « responsables corrompus » de son pays.

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« Environ 4 milliards de dollars ont disparu ou, pour le dire simplement, ont été volés par des responsables, d’anciens responsables et des individus corrompus ayant des liens étroits avec des responsables gouvernementaux ». C’est le président lui-même qui l’écrit dans un document rendu public, le lundi 4 juin, par son service de presse.

La lettre a été adressée à 75 ministres ou ex-ministres accusés d’être les auteurs de ces détournements. Il est également précisé que « la plupart des fonds ont été sortis du pays et déposés sur des comptes étrangers ». Les sommes en question correspondent à un tiers des aides internationales versées depuis 2005, date de la signature du traité de paix qui devait mettre fin à vingt ans de guerre civile et ouvrir la voie à l’indépendance du Soudan du Sud, en juillet dernier.

Le président appelle au civisme des responsables

Les finances du pays sont au plus mal depuis l’arrêt des exportations de pétrole, en janvier dernier, en attendant un accord entre les deux Soudans sur le partage des ressources. Celles-ci représentent 98% du budget du pays.  Pour redresser les finances, le président semble compter sur le civisme des responsables à qui il demande de « rendre les fonds volés » en échange d’une amnistie. En prévision d’éventuels retours d’argent, un compte a même été ouvert au Kenya. « Je vous écris pour vous encourager à rendre, sur ce compte, ces fonds volés », a dit Salva Kiir. Son ministre de l'Information s’est entre temps félicité que 60 millions de dollars aient déjà été recouvrés, mais c'est moins de 2% des 4 milliards envolés.

Cette brusque déclaration du président du Soudan du Sud met en évidence l’impact de cette corruption sur les finances qui sont désormais menacées. Le Soudan du Sud est l’un des pays les plus pauvres au monde où l’immense majorité de sa population vit sous le seuil de pauvreté, sans accès aux soins ou à l’éducation.  Après les espoirs soulevés par l’indépendance du pays, le désenchantement est total et la colère gronde.

C’est ce que reconnaît le président lorsqu’il écrit : « Nous nous sommes battus pour la liberté, la justice et l’égalité. Nombre de nos frères sont morts pour ces objectifs. Cependant, une fois au pouvoir, nous avons oublié ce pourquoi nous avons combattu et avons commencé à nous enrichir aux dépens du peuple».

De nombreux scandales

Les entreprises connues pour leurs pratiques frauduleuses à Juba sont aussi nombreuses que les scandales. Le plus connu reste celui de Dura, en 2008. Plusieurs milliards de dollars dépensés pour des céréales qui, en grande partie, n’ont jamais été distribuées.

Nhial Bol, rédacteur en chef du journal Le Citoyen à Juba, a travaillé sur de nombreuses affaires de corruption comme celle de Dura. Joint par RFI, il n’est pas du tout étonné par ces détournements de fonds.

C’est un héritage de la culture de guerre.

Nhial Bol, rédacteur en chef du journal « Le Citoyen »

 
De son côté, l'ONG Global Witness appelle, au plus vite, à la mise en place des mécanismes nécessaires à une gestion transparente des ressources du pétrole pour le Soudan du Sud.
Jointe par RFI, Dana Wilkins, chercheuse de l’organisation Global Witness sur la gestion des ressources pétrolières dans les deux Soudans, insiste sur la construction des institutions qui géreront ces ressources pétrolières.

Depuis l’indépendance, il y a eu malheureusement très peu de transparence dans le secteur du pétrole au Soudan du Sud.

Dana Wilkins, chercheuse de l’organisation Global Witness

 

 

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