RWANDA / Contraception

Au Rwanda, la vasectomie comme moyen de contrôle des naissances

Selon une étude, en 2005, le taux de fertilité au Rwanda était de cinq enfants par femme. A ce rythme, la population de 11 millions d’habitants aura doublé d’ici 2035.
Selon une étude, en 2005, le taux de fertilité au Rwanda était de cinq enfants par femme. A ce rythme, la population de 11 millions d’habitants aura doublé d’ici 2035. (Photo : Céline Grassin Delyle / RFI)

Centre de santé de Kinihira, petite localité perchée sur l’une des mille collines du Rwanda, à 75 km de la capitale Kigali. Dans une petite salle sombre, une quarantaine d’hommes et de femmes patientent en silence sur des bancs. Entrent les infirmiers Faustin Gaferege et Jean de Dieu Mudacumura. Drapés dans leur blouse blanche, ils profitent de ce jour de consultation prénatale pour parler de la vasectomie, une opération de stérilisation masculine promue par l’Etat pour contrôler les naissances.

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Après leur courte introduction, les bénéficiaires de la chirurgie livrent leur expérience. Toujours avec pudeur, souvent avec humour. « Ma femme a eu des effets secondaires avec les contraceptifs, et comme je ne voulais plus d’enfants, j’ai décidé de l’aider en faisant la vasectomie », raconte Cyprien, 61 ans, père de cinq enfants. « Pour le moment, ma femme est bien portante ! », ajoute-il, espiègle, pour signifier que son épouse n’est plus tombée enceinte.

« J’ai choisi la vasectomie quand j’ai vu que je n’aurais pas les moyens de soutenir plus d’enfants, car j’ai juste un petit champ à exploiter, avec sept enfants à nourrir, renchérit Anastase, 48 ans, président d’une petite association d’hommes stérilisés. Comme en plus ma femme avait fait deux avortements successifs spontanés, j’ai décidé de ne pas la fatiguer, et d’en rester à sept enfants qu’on peut bien soigner et protéger. »

Selon l’étude nationale de démographie et de santé de 2005, le taux de fertilité est de cinq enfants par femme, et à ce rythme, la population de 11 millions d’habitants aura doublé d’ici 2035. « Cela nous obligerait à diviser les acquis que nous avons à présent avec trop de personnes, ce qui aurait un impact négatif grave sur l’accès à des soins de santé et à une éducation de qualité, et finirait par huiler le cercle vicieux de la pauvreté », écrit sur son blog la ministre de la Santé Agnès Binagwaho.

Pour freiner la reproduction, les autorités proposent une gamme de méthodes de contraception : comptage des jours du cycle menstruel, abstinence pendant les périodes fertiles, préservatifs féminin et masculin, injection, pilule, stérilet, implant. Parmi les solutions de longue durée, la vasectomie, moins lourde que la ligature des trompes des femmes, imposait une hospitalisation. Mais depuis 2009, une nouvelle technique « sans scalpel » permet une sortie le jour même.

Célestin, 48 ans et cinq enfants, confirme. « La vasectomie va vite et dure longtemps. Je n’ai pas eu d’effet secondaire, et ça marche : je ne peux plus avoir d’enfants », témoigne-t-il. Puis, fièrement, il sort de la poche de sa chemise un certificat prouvant son opération. Une salve de rires raisonne dans la salle… Il rit aussi, puis s’explique. « Je me balade avec pour montrer aux gens que ce que je dis, c’est bien la vérité », lance-t-il, sourire aux lèvres.

Célestin ne se contente pas de « montrer ». Lui aussi sensibilise. « J’ai deux de mes amis qui ont accepté de faire bientôt l’opération car ils ont vu que je n’ai pas eu de problème après l’acte. » Un autre Célestin, 33 ans et trois enfants, se dit également prêt. « J’avais peur mais ce n’est plus le cas avec les témoignages. Je suis d’accord pour faire l’opération quand j’aurai plus d’enfants, et je vais mobiliser mes voisins », promet-il.

Outre les ambassadeurs de la vasectomie, des radios et des agents de santé communautaires tentent de convaincre les couples. Bilan : depuis 2009, à Kinihira - qui compte 18 500 habitants - une trentaine d’hommes a été opérée. Entre 2008 et 2011, dans tout le pays, 2 080 volontaires ont été stérilisés, dont près des deux tiers en 2010-2011, selon le Dr Léonard Kagabo, coordonnateur national du programme.

Plusieurs centaines d’autres sont sur liste d’attente, faute d’assez de praticiens. La preuve d’un engouement ? Alors que l’opération, gratuite, a éveillé la curiosité des Etats sénégalais, malgache, burkinabè, ivoirien, ougandais ou burundais, sa promotion reste difficile au Rwanda. « Ce qui bloque, c’est la peur de cette méthode permanente, de ne pas savoir comment cette intervention va se passer, des répercussions car on touche au sexe. Ils ont peur de devenir impuissant », résume le Dr Fidèle Ngabo, directeur de la santé maternelle et infantile au ministère de la Santé.

Sans compter la stigmatisation qui frappe des bénéficiaires, encore souvent considérés comme des sous-hommes. « Quand les opérations ont commencé, certains ont été discriminés, on disait qu’il fallait les marginaliser, que l’acte qu’ils avaient fait n’était pas bon, confie timidement une femme voilée. Mais après de nombreuses explications sur la méthode et son importance, ça va bien mieux. »

Autre obstacle dans ce pays majoritairement chrétien : l’Eglise privilégie la contraception non chimique et non chirurgicale. Mais les avis divergent. « La Bible dit : "Soyez féconds et multipliez-vous", lance un pasteur venu assister à la sensibilisation. Adam et Eve n’étaient que deux, mais aujourd’hui le monde est déjà bien rempli… Je pense qu’il vaut mieux avoir peu d’enfants avec peu de souffrance, que beaucoup d’enfants avec beaucoup de souffrance ! »

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