Côte d'Ivoire

Côte d’Ivoire : à Duékoué, une semaine après l'attaque, des zones d'ombre persistent

Le camp de Nahibly après l'attaque. Duékoué, le 20 avril 2012.
Le camp de Nahibly après l'attaque. Duékoué, le 20 avril 2012. REUTERS/Stringer

Le calme est revenu à Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Mais l'insécurité et la peur n'ont pas disparu. Des habitants avaient lancé le 20 juillet dernier une attaque contre un camp de déplacés. Des représailles à la mort de cinq personnes dans un quartier de Duékoué. Le bilan serait de 11 morts, mais ce point ne fait pas consensus. Une semaine après la tragédie, quel est le climat à Duékoué, et quelles sont les zones d'ombre qu'il reste à clarifier ?

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Alors que des centaines de familles de déplacés pleurent encore leurs morts, et que d’autres sont dans le désespoir de retrouver la trace des disparus, un climat de peur règne chez les jeunes des quartiers guéré. Une peur entretenue par la rumeur. Cette réalité a rattrapé ce jeudi 25 juillet une mission de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), conduite par le conseiller du président de la CDVR chargé de la jeunesse.

Au cours d’une rencontre à huis clos, entre les responsables des jeunes des principales ethnies de Duékoué et d’autres jeunes originaires de la région venus d’Abidjan, la rumeur d’un départ imminent des jeunes Guéré du quartier Carrefour, le plus meurtri lors de la crise postélectorale, a écourté le huis clos.

Tout ce monde s’est rendu au quartier Carrefour pour rassurer les jeunes, mais la peur persiste. Un jeune rencontré sur place témoigne de sa volonté de quitter son quartier et sa ville.

Les messages d’apaisement lancés par différentes autorités ne semblent pas encore rassurer… Pour le préfet de Duékoué, Benjamin Effoli, il faut briser le cycle qui s’installe depuis plus d’un an, qui fait que chaque fois qu’un crime est commis, on en fait porter la responsabilité à la communauté de son auteur supposé.

Zones d'ombre

Il reste des zones d'ombre, d’abord sur les raisons de la descente des jeunes Dioula sur le camp de déplacés de Nahibly vendredi dernier. S’agissait-il d’une réaction spontanée au braquage meurtrier la nuit précédente dans le quartier de Kokoma ? Visiblement non, selon plusieurs témoignages recueillis auprès des rescapés du camp. Pour eux, l’attaque était préméditée.

Tous les témoins racontent la même chose. L’arrivée des Dozos et des jeunes Dioula, tôt vendredi. Ils auraient ensuite encerclé le camp et la tentative des casques bleus marocains de l’Onuci et du corps préfectoral lui-même arrivé sur place pour calmer les jeunes Dioula, ne les a pas empêchés d’envahir le camp et de commencer à brûler les abris des déplacés.

L’autre zone d’ombre, c’est le bilan de ces violences : six morts dans le camp et cinq lors du braquage dans le quartier de Kokoma, selon le gouvernement. Un bilan en deçà de la réalité, selon plusieurs témoignages mais qui ne peuvent pas donner d’estimations.

Mais le chef du canton de Duékoué donne le chiffre de 13 morts dans le camp de Nahibly, des corps qu’il a personnellement vus, tient-il à préciser.

Il reste, enfin, plusieurs personnes disparues. Des dizaines de jeunes ont été emmenés dans des pick-up des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Les familles de certains d’entre eux ne savent toujours pas où ils sont.


Après sa rencontre avec le chef de l'Etat français François Hollande à Paris, Alassane Ouattara est revenu sur les violences à Duékoué. Il a promis la justice, et a assuré qu'il œuvrerait en faveur de la réconciliation.

J'ai mis en place une commission d'enquête. J'attends les résultats. Tous ceux qui seront reconnus comme ayant contribué à ces actes seront transférés devant la justice...

Alassane Ouattara

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