Somalie

Somalie : Mogadiscio renaît peu à peu au milieu des ruines

L'ancien Parlement, dans le vieux Mogadiscio.
L'ancien Parlement, dans le vieux Mogadiscio. RFI/Stéphanie Braquehais

Depuis que les shebabs ont été chassés de la capitale somalienne il y a un an, la vie reprend son cours. Les forces de l’Union africaine ont repoussé la ligne de front bien au-delà de la ville, vers Balaad et Afgoye. Les bâtiments sont en reconstruction, des hommes d’affaires de la diaspora somalienne reviennent pour investir, mais la menace terroriste reste encore bien présente.

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Au carrefour kilomètre quatre, des policiers en uniforme blanc, képi sur la tête, soufflent énergiquement dans leur sifflet et agitent les bras dans tous les sens. De temps à autre, ils arrêtent un véhicule dépourvu de plaque d’immatriculation. 

A Mogadiscio, un semblant de loi refait lentement surface. Même si de temps à autre, des coups de feu retentissent, ils sont isolés et bien moins fréquents qu’avant. Sur le rond point, le socle sur lequel reposait une représentation de Mohamed Gurey dit « le Gaucher » a été repeinte en bleu clair. Signe des temps, le héros nationaliste, qui a lancé la guerre sainte contre l’Ethiopie chrétienne au XVIe siècle et dont la statue équestre a été détruite pendant la guerre civile, a été remplacé par une inscription en arabe, « Allah ». 

Les habitants fréquentent désormais à nouveau la plage du Lido, vaste étendue de sable blanc sur lequel viennent se briser les vagues de la mer bleu turquoise. C’était autrefois le lieu de prédilection des touristes. Il y a encore quelques mois, la ligne de front était située non loin de là. « Lorsque le gouvernement a rouvert la plage, le premier jour, il y avait encore des cadavres et des os humains, raconte Mohamed Ibrahim, venu jouer au football. J’ai pris des photos. Maintenant, ça va, il n’y a plus rien ». Tout le long du front de mer, des ruines ont remplacé les élégantes villas autrefois habitées par les Italiens et les Somaliens aisés. 

Dans toute la ville, des bâtiments sont repeints, des immeubles poussent, mais ils sont entourés de milliers de tentes de fortune éparpillées. Les déplacés et les squatters sont encore des dizaines de milliers à Mogadiscio. 

Somaliens de la diaspora 

Le marché de Bakara a changé de visage en l’espace de quelques mois. L’ancien bastion des shebabs s’est peu à peu repeuplé de ses hommes d’affaires et les grandes sociétés de communication ou de transfert d’argent s’y sont réinstallées.   

De nombreux Somaliens de la diaspora reviennent dans une capitale qu’ils ont très peu connue pour tenter d’investir. Ahmed Jama Mohamed possède trois restaurants dont un situé dans le quartier Hodan, qui est devenu le rendez-vous de nombreux officiels du gouvernement. Jama a gardé un restaurant à Londres, où il a habité pendant des années, mais songe à le revendre, car « Mogadiscio offre désormais plus d’opportunités commerciales qu’une Europe en crise », assure-t-il. Cependant, la réalité de la Somalie s’est rappelée à lui brutalement début avril. Il se trouvait au théâtre national lorsqu’une kamikaze s’est faite exploser, tuant une dizaine de personnes. Il a toujours une cicatrice au front, lui rappelant qu’il a eu beaucoup de chance de ne pas mourir ce jour-là.  

Pour certains, la paix à Mogadiscio, si elle est indéniable, est en partie factice. « Je crains qu’une attaque terroriste de grande ampleur ne soit en préparation », déclare un habitant. En effet, de nombreux shebabs se dissimulent parmi la population, notamment dans le marché de Bakara, où la situation reste volatile. La police a procédé à des centaines d’arrestations et les services de renseignement s’appuient sur les shebabs qui ont fait défection pour repérer leurs anciens collègues. Mais rien ne peut assurer que la Somalie a tourné la page. 

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