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CAP-VERT

Cap-Vert : les enfants à l’école de la nutrition

Pour pallier la production insuffisante des jardins scolaires et municipaux, l'archipel sahélien se prépare à impliquer les producteurs locaux : agriculteurs, pêcheurs, éleveurs.
Pour pallier la production insuffisante des jardins scolaires et municipaux, l'archipel sahélien se prépare à impliquer les producteurs locaux : agriculteurs, pêcheurs, éleveurs. RFI/Habibou Bangré
Texte par : Habibou Bangré
4 mn

Après l’ouverture de cantines il y a trente ans, l’archipel ouest-africain encourage la création de jardins pour inculquer l’importance de bien manger et, depuis peu, pour diversifier le repas scolaire.

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Une grande pauvreté et une insécurité alimentaire forte. L’archipel sahélien du Cap-Vert affrontait ces deux fléaux quand il a créé des cantines scolaires avec le Programme alimentaire mondial (PAM), dans les années soixante-dix. La priorité était alors de remplir les ventres, d’apporter une aide aux familles pauvres. Deux décennies et un net recul de l’indigence plus tard, l’ancienne colonie portugaise a pris une nouvelle orientation : s’appuyer sur les cantines pour combattre l’abandon scolaire.

Aujourd’hui, 98% des enfants de moins de 6 ans sont dans le circuit éducatif. « Les cantines scolaires ont été lancées pour offrir un repas chaud à l’école et lutter contre la malnutrition, mais aussi pour garantir l’égalité des chances, explique la ministre de la Santé Cristina Fontes Lima. L’inégalité dans une société commence à l’école, alors si on peut manger un bifteck et avoir effectivement des résultats plus positifs que celui qui arrive le ventre vide à l’école, c’est quelque chose d’important. »

Simple métaphore, car le bifteck ne figure pas au menu de base. « Jusqu’à relativement récemment, les rations étaient essentiellement conçues pour répondre aux besoins énergétiques des enfants. C’était essentiellement une céréale (riz, maïs, farine, haricots ou pâtes) avec de l’huile, du sucre, un petit peu de sel », commente Charlotte Dufour, chargée de sécurité alimentaire, nutrition et moyens d’existence à l’Organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).

Le Cap-Vert nourrit en cantine 100 000 enfants par an pour 6 millions d’euros, malgré le retrait du PAM en 2010. A la rentrée de septembre, il se prépare à diversifier le repas pour mieux affronter les malnutritions aigüe et chronique – à 2,6% et 9,7% chez les enfants de moins de 5 ans, très inférieur à la moyenne ouest-africaine et aux seuils d’alerte de l’ONU – et surtout faire reculer l’anémie, qui touche 52,4% des petits de la même tranche d’âge. Un mal que la supplémentation en fer des écoles ne suffit pas seule à résorber.

Comment diversifier ?

Déjà, en donnant l’envie de consommer des fruits et légumes. Les enseignants s’attèlent à la tâche en prêchant les aliments bons pour la santé. Et pour faciliter l’apprentissage, le rendre ludique, des concours scolaires sur la nutrition sont organisés et des jardins aménagés dans de nombreux établissements. Quant à ceux qui manquent d’espace, les élèves visitent les potagers des autres écoles ou de leur municipalité, s’il existe.

Reste que, de plus en plus, on comble le manque de terre par des techniques hydroponiques, qui n’exigent pas de terre et peu d’eau – une alternative pour ces îles où la pluviométrie est faible. D’autant qu’elle se révèle écologique : on récupère par exemple des bouteilles usagées comme jardinière pour y faire pousser des tomates ou des haricots. Autre forme de recyclage, celui des vieux pneus.

La récolte est consommée par les élèves, et garde toutes ses propriétés nutritives : les cuisiniers sont formés à préparer la nourriture de façon optimale. Problème, la production est bien souvent insuffisante, rares sont les écoles qui peuvent partager le fruit de leur labeur et les potagers municipaux sont eux aussi limités. Les autorités consultent donc des agriculteurs, ainsi que des pêcheurs et des éleveurs, pour trouver le meilleur moyen – et le moins cher – d’enrichir les repas.

Une phase pilote commencera dans 25 écoles à la rentrée. Pas pour déplaire aux enfants, qui pour certains transmettent à leurs parents les vertus d’une bonne nutrition. « Les écoles contribuent de façon indirecte à la nutrition dans la toute petite enfance car les jeunes femmes, notamment, sont des futures mères, souligne Charlotte Dufour. Le mieux elles sont nourries dans leur enfance et leur adolescence – par exemple si elles font moins d’anémie, ont un meilleur statut nutritionnel – le mieux elles seront à même de donner naissance à un enfant sain. » Et de lui transmettre une bonne éducation nutritionnelle.

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